Note de lecture : Le capitalisme sans capital (J. Haksel et S. Westlake)

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Ce livre écrit en 2018 est probablement le meilleur livre d’économie contemporaine que j’ai lu ces cinq dernières années, au moins depuis Le commerce des promesses de Pierre-Noël Giraud (dont j’avais fait plusieurs chroniques sur ce blog).

Le titre explicite fort bien l’ambition de l’ouvrage : dans la première partie, il s’agit de décrire le capitalisme contemporain, basé sur des actifs intangibles, tandis que la seconde partie (beaucoup plus intéressante) est consacrée à analyser les conséquences de ce type de capitalisme sur tous un tas de phénomène connus : augmentation des inégalités, stagnation séculaire, défis du financement, infrastructures et politiques publiques.

Sans être hyper accessible aux néophytes en économie, le livre est clair, très riche de références, fourmille d’exemples pertinents, et surtout fonctionne comme un vrai ouvrage scientifique : il ouvre des pistes et des réflexions sans forcément les trancher, en sachant reconnaître ce qui paraît établi et ce qui doit faire l’objet de davantage de recherches, tout en nuances et sans imposer un point de vue qui aurait la force de l’évidence. Les graphiques, les tableaux de données et appendices sont suffisamment nombreux pour satisfaire le scientifique à la recherche de preuves, et suffisamment rares pour satisfaire le lecteur amateur simplement curieux de comprendre le capitalisme moderne.

1. Qu’est-ce que le capitalisme sans capital ?

Le capitalisme né de la Révolution industrielle était essentiellement basé sur des actifs tangibles, c’est-à-dire physiques : un investisseur réunit des fonds, il achète du capital (des machines, des bâtiments, des infrastructures) et embauche des travailleurs qui lui permettent de mettre en œuvre une activité de production qui, si elle réussit, lui procure un bénéfice avec lequel il pourra investir à nouveau, et ainsi de suite. Ce capitalisme a été résumé par la fameuse formule de Kalecki, toujours d’actualité malgré son ancienneté : l’ouvrier dépense ce qu’il gagne, le capitaliste gagne ce qu’il dépense.

Cette forme de capitalisme existe bien sûr toujours : nous disposons d’usines, de machines, robots, tracteurs, camions, bureaux, d’infrastructures de circulation et de communication, et c’est l’une des causes essentielles qui différencie les pays riches (qui disposent d’un abondant stock de capital productif) des pays pauvres. C’est aussi l’une des causes des gains de productivité colossaux dans les pays industrialisés ces 50 dernières années et donc de la progression de la richesse nationale : en remplaçant du travail peu qualifié par du capital, on produit davantage et pour beaucoup moins cher dans les secteurs où des gains de productivité massifs sont possibles, ce qui augmente le pouvoir d’achat, entraine des phénomènes de déplacement de la main d’œuvre (tertiarisation), etc. On peut prendre l’exemple de l’informatique (à qualité égale, elle est de moins en moins coûteuse), de l’agriculture (la productivité agricole a explosé) ou de toutes sortes de produits industriels comme les vitres : le temps de travail nécessaire pour réaliser une vitre d’un m² est de quelques heures aujourd’hui contre plusieurs milliers il y a quelques siècles : seuls les plus riches pouvaient alors équiper leurs demeures de vitres, alors qu’elle est accessible à tous aujourd’hui.

Par rapport à ce vieux capitalisme traditionnel, le capitalisme contemporain a bien changé. Il repose en grande partie sur des actifs immatériels, intangibles : lignes de codes dans un ordinateur, algorithmes, image de marque, formation et connaissances dans la tête des salariés, logiciels, etc. C’est évident pour des multinationales comme les GAFA : leur valeur ne repose pas d’abord sur des ordinateurs et des bureaux (ils sont nécessaires, bien sûr) mais sur leur image de marque, leurs logiciels et leurs algorithmes, le travail de leur designers et de leurs programmeurs. C’est aussi vrai de n’importe quelle entreprise, comme une banale salle de sport (exemple qui se trouve dans le livre) : un observateur extérieur qui regardait une salle de sport d’aujourd’hui par rapport à il y a cinquante ou soixante ans ne verrait pas de différences flagrantes : il y a toujours du capital tangible (les appareils, le bâtiment) et des employés. Mais la valeur de la salle de sport dépend beaucoup plus qu’avant d’actifs intangibles tels que logiciels (de gestion, de planning, de clientèle, de procédures) ou image de marque : la plupart des salles proposent aujourd’hui des activités qui sont des marques déposées et dont la valeur est entretenue par des campagnes publicitaires sophistiquées : zumba®, bodypump®, etc.

Au début du livre, les auteurs estiment que l’investissement immatériel représente environ un tiers de l’investissement total dans la plupart des pays développés aujourd’hui (davantage aux Etats-Unis), mais pourraient représenter dans moins de dix ans les deux-tiers des investissements.

2. En quoi ce type de capitalisme diffère-t-il du capitalisme classique ?

Les auteurs examinent quatre spécificités des actifs intangibles, qu’ils résument par les quatre “-ables”. Les intangibles sont :

Scalables, c’est-à-dire qu’on peut les reproduire à grande échelle plus facilement que les actifs physiques. Construire une nouvelle usine et acheter de nouvelles machines prend du temps ; mais une fois qu’on a créé un premier album de musique, une première version d’un logiciel ou un film, le reproduire des millions de fois ne coûte quasiment rien (il s’agit de simples copies numériques). De même, Starbuck ou Coca-Cola peuvent reproduire très facilement leur procédés de fabrication une fois l’investissement de départ réalisé : la valeur repose sur l’image de marque (qu’il faut certes entretenir par la publicité) ou la recette secrète, pas sur des actifs tangibles. En langage économique, on dit que le coût marginal de production est très faible.

Irrécupérables, c’est-à-dire qu’une fois l’investissement réalisé, il est difficile à revendre, l’argent est perdu. Une maison, une machine, un bureau, une usine peuvent voire leur valeur fortement baisser en cas de crise ; mais comme il s’agit d’actifs tangibles, cette valeur n’atteindra jamais zéro, car il y a toujours quelque chose de concret à revendre (ne serait-ce que la valeur du métal dans une machine ou du cuivre dans les câbles électriques d’un bâtiment). De plus, les actifs tangibles sont relativement standardisés, il y aura donc toujours un marché d’occasion où l’on peut les revendre.

A l’inverse, les investissements immatériels ont des valeurs très difficiles à estimer, ils sont difficiles à revendre : leur coût est donc souvent irrécupérable. Pourquoi ? beaucoup d’investissements immatériels sont spécifiques à une entreprise et n’ont de valeur que dans le cadre de cette entreprise : les banques utilisent souvent des logiciels “maison” qui sont améliorés-bricolés décennies après décennies : peut-on revendre ces actifs ? Probablement pas, car en dehors de la banque dans laquelle ils sont utilisés, leur valeur est quasi-nulle, de même que la base de données de Facebook a une valeur beaucoup plus faible en dehors des algorithmes, des procédures et des logiciels propres à Facebook : il est difficile de d’extraire la base de données de l’entreprise pour la revendre comme on revend une camionnette d’occasion. Ou encore, les procédures spécifiques qui ont fait le succès de la chaine Starbucks sont des connaissances dans la tête des employés : elles ne sont pas aussi faciles à revendre que les caisses enregistreuses ou les machines à café.

Une image de marque est revendable dans la mesure où elle est adossée à une propriété intellectuelle ou à des brevets (pensons à Star Wars), mais celle-ci peut être contestée (elles le sont fréquemment) et le propriétaire doit dépenser beaucoup de frais juridiques pour défendre sa propriété. Comme le soulignent les auteurs, l’humanité réfléchit aux lois pour défendre la propriété des actifs tangibles depuis plus de 3000 ans : on sait donc comment faire. Par contre, la propriété des actifs intangibles n’est pas toujours clairement établie, les conflits sont fréquents et il est parfois difficile d’évaluer la valeur des actifs.

Diffusables : comme les intangibles sont souvent des idées ou des connaissances, ils sont très faciles à diffuser. C’est un classique de l’économie immatérielle : si je vous vends mon ordinateur, je ne l’ai plus ; si je vous vends une idée ou une recette, je l’ai toujours. On retrouve là une vieille idée de Schumpeter : l’entrepreneur-innovateur aura toujours des imitateurs : pensons à l’iPhone qui a lancé le marché du smartphone, ou à la colère de Steve Jobs quand Google a commencé à développer Android (il estimait que c’était copié sur iOS). Combiné à la scalabilité, la conséquence de la diffusion est un principe du type “winner takes all” : entre la première entreprise sur le marché et la seconde, les profits peuvent être radicalement différents. Si l’algorithme de Google est supérieur, pourquoi utiliser Yahoo ? La valeur de Facebook repose sur la quantité d’utilisateurs (externalités de réseaux) : les réseaux sociaux n’ont d’intérêt que si beaucoup de monde les utilise. Ainsi, tout le monde a intérêt a aller sur le plus grand réseau, qui devient de plus en plus gros, etc. On peut ainsi s’attendre à ce que les entreprises soient de plus en plus grosses et les profits de plus en plus inégalement répartis entre les entreprises.

Synergisables : cela veut dire que les entreprises qui sont les plus à mêmes de combiner entre elles différentes idées s’en sortiront probablement mieux que celles qui ne se reposent que sur une seule idée jalousement protégée par un brevet : Westlake et Haksel donnent l’exemple du micro-onde, combinaison d’idées venues du monde du design électroménager et d’innovation fondamentales sur le magnétron, ou encore de l’iPhone, combinaison d’un grand nombre d’innovations fondamentales souvent réalisées par l’Etat (en l’espèce le département de la défense américain) : internet, processeur, écran tactile, mais aussi de la spécificité d’Apple : le design et la facilité d’utilisation. L’innovation vient parfois de là où on ne l’attend pas et peut être imprévisible.

Ces quatre spécificités ne sont pas fixées une fois pour toutes, mais peuvent évoluer. Par exemple, l’irrécupérabilité peut être atténuée si on améliore les marchés d’achat et de vente de propriété intellectuelle.

3. Comment se comporte une économie riche en actifs intangibles ?

La seconde partie de l’ouvrage répond à cette question.

La stagnation séculaire

Les auteurs évoquent d’abord le cas de la stagnation séculaire, c’est-à-dire du ralentissement de la croissance et des gains de productivité constaté dans un grand nombre de vieux pays industrialisés depuis quelques années (le débat a été lancé par l’économiste américain Robert Gordon en 2012). De nombreuses causes ont été explorées : échec de la politique monétaire et absence de politique budgétaire suffisante, ralentissement du progrès technique, coût de la dette, augmentation des coûts environnementaux et rendement décroissants de l’éducation sont les principales.

Les auteurs ne contestent pas ces explications mais estiment que la plus connue, le ralentissement du progrès technique, reste difficile à mesurer. Selon eux, les actifs intangibles sont une explication complémentaire à la stagnation séculaire : en effet, l’investissement dans les intangibles est très difficile à mesurer par les comptables nationaux et seule une partie est incluse dans le PIB. Quand une entreprise achète une machine puis la revend, c’est facile à mesurer. Mais comment mesurer la valeur des connaissances, de logiciels, d’idées ? Aujourd’hui, l’investissement en R&D, les logiciels ou la valeur des bases de données sont partiellement incluses dans la comptabilité nationale, mais pas les dépenses en formation, les études de marché ou le design. Ainsi, l’une des causes de la stagnation séculaire serait un problème de mesure : l’innovation contemporaine, qui repose beaucoup sur les intangibles, serait difficile à mesurer, de même que l’amélioration de la qualité des produits. Il en résulte une sous-estimation de la productivité et une surestimation de l’inflation. De plus, le caractère scalable et diffusable des intangibles accentuerait les écarts de productivité entre les entreprises leaders et celles à la traîne.

Les inégalités

Il n’est pas nécessaire ici de revenir en détail sur un phénomène bien connu des vingt-trente dernières années : la hausse des inégalités.

On peut en revanche facilement comprendre en quoi une économie riche en intangible peut être plus inégalitaire qu’une économie plus classique : la capacité à créer des synergies et à diffuser les idées va reposer sur un petit nombre de salariés très qualifiés (designers, ingénieurs, consultants financiers et marketing, armée d’avocats pour défendre les brevets…) qui vont s’enrichir énormément tandis que les autres vont voir leur revenu stagner. La diffusion des ordinateurs et des logiciels va étirer le marché du travail (cf. Vertugo, 2017) car les logiciels remplacent des travailleurs aux revenus et aux fonctions intermédiaires : répondre à des questions simples au téléphone ou rédiger un planning sont des tâches qui peuvent être faites par une intelligence artificielle, mais pas servir un repas ou faire la toilette d’une personne âgée. Les personnes très qualifiées étant quant à elles plutôt complémentaires de l’IA.

Ce qui est vrai au niveau individuel est peut être encore plus vrai au niveau des organisations : puisque le “vainqueur prend tout”, quelques GAFA vont devenir des géants et voir leurs profits s’envoler tandis que les autres vont péricliter. Etre riche en intangible permet aussi à une entreprise de déplacer bien plus facilement ses actifs d’un pays à l’autre pour profiter de l’optimisation fiscale : déplacer les usines Renault est long et coûteux, déplacer une marque ou une adresse IP ne demande qu’un léger travail juridique.

Ces explications se combinent donc avec l’effet sur les inégalités de la mondialisation et renforcent le phénomène de concentration urbaine de la richesse (étudié par l’économie géographique). Certaines personnes vont profiter de la formidable diffusion permise par les canaux modernes de communication pour devenir des superstars extrêmement bien payées : stars du football ou de la chanson par exemple, dont la valeur repose sur l’image de marque. Seule J.K. Rowling pourrait écrire de nouveaux Harry Potter : ce qui fait sa richesse, c’est la valeur de son nom et de l’image de marque qu’elle a créée.

Les infrastructures, le financement

Je passerai rapidement sur le court chapitre consacré aux infrastructures et au financement de l’innovation dans une économie riche en intangible.

Une économie riche en intangible a bien sûr besoin d’infrastructures matérielles : câbles de fibre optique sous la mer, réseaux d’ordinateurs et leur centrale de refroidissement, antennes de communication, etc. Tout cela alimenté par l’énergie électrique. Néanmoins, elle repose beaucoup plus qu’une économie industrielle classique sur un réseaux de normes et de procédures, pas seulement des normes techniques typiques du capitalisme industriel (largeur des rails ou normes de voltage des maisons) mais aussi des normes sociales et juridiques (notamment sur la propriété intellectuelle).

Quant au financement, il suffit de revenir aux remarques précédentes sur les coûts irrécupérables pour comprendre pourquoi le financement bancaire ne peut être que mal adapté à une économie riche en intangible : comme l’actif apporté en garantie est souvent difficile à évaluer et à revendre, les banques seront beaucoup plus frileuses qu’avec des prêts classiques hypothéqués, et ne prendront que rarement le risque de financer des starts-up dans ces domaines. Pour le dire très rapidement, la raison pour laquelle il n’y a pas de GAFA européen est que le financement en Europe est encore largement dominé par des mastodontes bancaires, alors que le monde anglo-saxon a beaucoup plus développé le financement non bancaire : actionnariat salarié et capital-risque principalement. Le capital-risque est particulièrement adapté aux aventures incertaines mais potentiellement très rentables : il permet aux entreprises d’investir sans emprunter, sans se soumettre immédiatement aux aléas et au risque de prise de contrôle du marché boursier, en misant sur la progression croissante de valeur pour l’investisseur, avec un risque significatif mais aussi un gain en capital potentiellement énorme : pensez qu’entre octobre 2004 (entrée en Bourse) et aujourd’hui, l’action Google a été multipliée par…25. Le financement par action ou par capital-risque est un bien meilleur moyen de financement des entreprises ayant peu d’actifs tangibles que l’endettement bancaire.

Contrairement au mythe récurrent, il n’y a pas de “dictature des marchés financiers” et il est même discutable qu’en moyenne, les marchés soient myopes et aveugles au long-terme. Pour ne prendre que ces exemples emblématiques, Facebook n’a commencé à faire réellement des profits qu’en 2014, Twitter seulement en 2018, soit près de dix ans après leur création respectives. Cela ne les a pas empêchées d’être financées. En revanche, il est très probable qu’un capitalisme plus financier est plus instable, plus sujet à des crises qu’un capitalisme traditionnel financé par des banques. Des entreprises financées par action ou capital-risque seront plus sujettes aux paniques boursières, aux prophéties autoréalisatrices, aux bulles spéculatives. L’actualité des dix dernières années est bien sûr remplie d’optimisme excessif suivi de défiance excessive. Et comme la valeur des intangibles est par nature plus difficile à estimer, que les investissements sont souvent irrécupérables, ces problèmes ne peuvent qu’aller en augmentant. Pour citer les auteurs :

Quand Peter Thiel procéda au premier investissement externe de 500 000$ dans Facebook en 2004, le sort de l’entreprise était nettement plus incertain que quand Microsoft y investit 240 million en 2007.

Ainsi, le capitalisme financier est plus à même de financer l’innovation dans des économies riches en intangibles, donc de générer de la croissance, mais aussi plus sujet à des crises et des désastres financiers.

4. Quelles politiques publiques dans un monde riche en intangibles ?

De nombreuses questions doivent être approfondies ou repensées dans une économie riche en intangibles. Comme le disent les auteurs, “ce n’est pas une liste d’idées géniales ou de solutions faciles. Au contraire, c’est une collection de dilemmes et de questions ardues, sans réponse. Nous ne prétendons pas faciliter la tâche des auteurs de manifestes, mais nous pensons que ces problèmes auront un rôle de plus en plus central dans la vie politique des dix années à venir.” (p 280). Citons quelques éléments.

L’Etat et la recherche publique doit prendre en charge la recherche fondamentale, car il est peu probable d’attendre des investisseurs en intangibles qu’ils prennent en charge des recherches de très long terme, à résultat incertain et à fort coût fixe. Par contre, les pouvoirs publics ne semblent pas les plus à même de produire de la recherche appliquée ou de l’innovation ouverte, tant il est difficile de prévoir à l’avance ce qui marchera ou pas. Les petites structures dynamiques (typiquement des start-ups) conviennent mieux à cela que les grandes institutions bureaucratiques.

Une économie immatérielle devrait donc augmenter l’investissement publique dans les intangibles (notamment la recherche scientifique et le développement). A mesure que les intangibles deviennent plus essentiels pou l’ensemble de l’économie, une plus forte proportion de l’investissement sera sans doute financée par des fonds publics.

Les normes de la propriété intellectuelle doivent être repensées : les économistes peuvent dire que la tendance actuelle est à la surprotection de la propriété intellectuelle. J’en avais parlé rapidement dans une autre note de lecture, de Houzé : la Facture des idées reçues, le chapitre 1 proposant l’idée de supprimer les brevets. S’il est admis que sans propriété intellectuelle, il n’y a aucune incitation à innover dans les actifs intangibles (tout comme il n’y a aucune incitation à investir dans les actifs tangibles sans loi vous protégeant contre le vol de votre bien), il semble aussi clair qu’une surprotection des droits intellectuels empêche l’innovation ouverte, en donnant un trop grand avantage au leader qui peut se reposer sur ses lauriers en se contentant de faire de la gestion de ses droits. Pensons à Microsoft qui dominait de manière écrasante le marché des navigateurs au début des années 2000 (jusqu’à 96% de parts de marché pour Internet Explorer) et qui s’est tellement reposé sur ses lauriers qu’aucune nouvelle version de leur navigateur vedette n’est sortie sur la période 2001-2006 : cinq ans dans ce secteur, autant dire une éternité.

Autre secteur, autre exemple : le cas de Monsanto, qui a tellement dépensé pour défendre sa propriété intellectuelle à l’extrême que ses coûts juridiques ont explosé, l’entreprise est engagée dans un si grand nombre de procès à l’issue incertaine que certains spécialistes parlent de “très mauvaise affaire pour Bayer”. Beaucoup d’économistes pensent également que la protection des brevets dans le secteur du médicament doit être repensée, la législation actuelle finançant mal les nouveaux médicaments en surprotégeant les médicaments brevetés, alors que le problème de la résistance aux antibiotiques se fait de plus en plus pressant.

Une transformation législative devrait permettre d’encourager la diffusion des idées et la synergie des idées et de réduire l’importance des chasseurs de brevets. D’un autre côté, il faudrait mieux protéger la propriété intellectuelle dans certains pays (Chine…) pour encourager les investissements. Il serait aussi nécessaire de clarifier au niveau international ce qui peut faire l’objet d’un brevet et ce qui ne le peut pas (vaste complexité juridique !) pour éviter toutes sortes d’abus : Westlake et Haksel donnent l’exemple de l’entreprise de matériel agricole John Deer qui prétendit que sa propriété intellectuelle interdisait à ses clients agriculteurs de réparer eux-mêmes leur tracteur…

Les auteurs examinent également l’importance d’une politique urbaine efficace qui favorise les synergies créatives, proposent un crédit d’impôts pour le financement par action (pour le mettre à égalité avec le crédit d’impôts sur les intérêts bancaires), sans se nourrir d’illusions sur la faisabilité de ces programmes qui mettent en jeu de nombreux groupes d’intérêts. Ils donnent également quelques pistes pour mieux mesurer l’investissement immatériel et mesurer les intangibles dans la comptabilité nationale. Ils évoquent également rapidement la politique de la concurrence. Et le capital-risque ?

Si nous pouvons nous attendre à ce que le capital-risque se développe davantage dans une économie de plus en plus immatérielle, il n’est pas sûr que les gouvernements puissent ou doivent faire beaucoup plus pour l’encourager que ce n’est déjà le cas. Comme l’a montré Josh Lerner dans Boulevard of Broken Dreams, dès que les allègements fiscaux et les aides au capital-risque dépassent un certain niveau, ils tendent à encourager l’investissement bête (puisque le gain fiscal suffit à ce que les investisseurs soient bénéficiaires). (…) un énorme allègement fiscal est contre-productif. Pour qu’un pays développe son secteur capital-risque, le temps et les conditions juridiques favorables comptent plus que les subventions supplémentaires.

Enfin, des questions essentielles sont malheureusement traitées trop rapidement (mais le livre n’a pas la prétention de traiter autant de sujets complexes exhaustivement !). Par exemple, il paraît nécessaire de repenser la fiscalité au niveau international pour mieux taxer les multinationales riches en intangibles (ce qu’il faut faire est décrit ici ; ce n’est certainement pas la récente taxe GAFA à la française qui répond au problème). On peut aussi penser à l’éducation, mais il est très difficile de prévoir de quelles compétences nous aurons besoin dans vingt ans. Le temps économique et le temps éducatif n’est pas du tout le même. Comme le soulignent les auteurs, la formation continue aura beaucoup plus d’importance dans le monde à venir que la formation initiale. Les crises environnementales nous rappellent aussi que l’économie intangible nécessite de l’énergie, extraites de ressources environnementales tout à fait tangibles.

Etat social : le grand paradoxe

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Policiers « à bout », pompiers « en colère », hôpital « au bord du gouffre », étudiants précaires, cheminots mobilisés, malaise enseignant…l’actualité donne l’image d’un pays en ruine, au bord de l’explosion sociale, par faute d’un Etat absent et inefficace.

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Or, la France a les dépenses publiques les plus élevées au monde (56% du PIB), une Sécurité sociale universelle et extensive que le monde nous envie, le tout financé par des prélèvements obligatoires les plus lourds de l’OCDE (45% du PIB). La domination du « néolibéralisme » ou « l’Etat ultralibéral » est une aimable plaisanterie : l’ultralibéralisme décrit peut être la situation aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne mais certainement pas en France. Il faut être resté nostalgique des grandes heures de l’URSS pour qualifier de « néolibéral » un pays où la richesse est socialisée à près de 60%. De plus, l’idée d’un retour en force du néolibéralisme depuis les années 1980 a certainement un fondement idéologique au niveau international, mais elle ne s’est nullement traduit par une réduction des prélèvements obligatoires ou de la dépenses publique en France : au mieux, on observe depuis quelques années un ralentissement de la hausse et un relatif tassement du poids des cotisations ; mais comme celui-ci est reporté sur des impôts qui augmentent, le total reste le même. Et ce ne sont pas les mesurettes de Macron sur la taxe d’habitation qui y changent quoi que ce soit. Les Gilets Jaunes nous rappellent que la fiscalité en France est un problème, non seulement parce qu’elle est injuste mais aussi parce qu’elle est trop élevée.

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Pourtant la colère sociale et l’état catastrophique de certains services publics est une réalité, vécue subjectivement de façon très différente par les différents agents de l’Etat, certes, mais bien réelle. Comment expliquer ce grand paradoxe d’un Etat social aussi dépensier, et d’une crise sociale sans précédent ? Comment faire tenir ces deux réalités contraires ? A cela, plusieurs éléments de réponse.

La redistribution…redistribue

Tout d’abord, il faut prendre de la distance avec l’actualité et regarder froidement les chiffres : en France, la redistribution existe et elle fonctionne, Dieu merci. Les frais de gestion de la Sécurité sociale sont de l’ordre de 5%, ce qui est excellent (les frais de gestion des organismes complémentaires sont de l’ordre de 20% : contrairement à eux, la Sécurité sociale n’a pas à chercher de nouveaux clients) ; cela signifie que 95% des sommes collectées (d’un budget de 800 milliards, ce n’est pas une paille) sont redistribuées aux Français. Les libéraux qui utilisent le chiffre des 57% pour dénoncer le poids des dépenses publiques évitent généralement de préciser que ce chiffre est à plus de 60% (62,8%) des dépenses in fine privées qui transitent par les administrations publiques (typiquement les retraites) : 57% est donc davantage une évaluation de la redistribution en France que du poids des dépenses strictement publiques comme les salaires des fonctionnaires. De ce point de vue, la Sécurité sociale fait son travail : elle redistribue.

Une moyenne, pas une réalité

Ensuite, il faut bien garder en tête que tous les chiffres globaux de prélèvements obligatoires ou de dépenses publiques sont des moyennes. Or une moyenne est très sensible aux valeurs extrêmes et ne reflète en aucune manière une réalité vécue. Le cas du pouvoir d’achat (qui, en moyenne, augmente) est bien connu. Dans mon domaine, l’éducation, c’est très clair. Prenez par exemple le salaire des enseignants. D’après l’OCDE il est dans le secondaire de 50 000$ par an (en parité de pouvoir d’achat) soit environ 3300€ par mois contre 45 000$ environ dans le reste de l’OCDE. On peut donc dire que le salaire effectivement touché en moyenne par les enseignants français est, au moins dans le secondaire, dans la moyenne haute de l’OCDE. Mais en réalité, fort peu d’enseignants touchent 3300€ : cette moyenne est tirée vers le haut par les agrégés des classes préparatoires, avec beaucoup d’ancienneté et qui font beaucoup d’heures supplémentaires. Un enseignant certifié débutant touche à peine plus de 1700€ par mois : il peut à bon droit estimé être mal payé pour un bac+5. Ne parlons pas des remplaçants qui, pour une exigence de diplôme équivalente, sont payés à peine plus que le SMIC. Ainsi, la moyenne de 3300€ net par mois ne reflète pas la réalité vécue par l’immense majorité des enseignants.

La même logique de moyenne biaisée peut s’appliquer à tout un tas de sujets, comme par exemple le nombre d’élèves par classe. Divisez le nombre d’enseignants par le nombre d’élèves, vous obtenez un enseignant pour 14,2 élèves. Evidemment, ce chiffre ferait rêver n’importe quel prof quand on sait que le seuil administratif à partir duquel le rectorat ouvre une seconde classe est de 37 élèves ! Là encore, problème de moyenne : tous les enseignants embauchés ne sont pas en activité devant élèves pour des causes très diverses (arrêts maladies, congé formation, temps partiel, décharge syndicale). De plus, la moyenne cache des disparités très grandes : il y a beaucoup plus d’élèves par classe en lycée général que professionnel, dans le second cycle que dans le premier, dans le secondaire que dans le primaire, etc.

Etat-social, Etat-gaspillage

A ces questions de déformation statistique s’ajoute un gaspillage budgétaire. Que les pouvoirs publics prélèvent chaque année près de la moitié de la richesse produite dans divers impôts et cotisations ne dit rien de l’usage, efficace ou non, de ces prélèvements. Impossible d’imaginer une dépense de plus de 1200 milliards d’euros par an sans trouver ici ou là des gaspillages. C’est vrai de toute grande organisation, publique ou privée. Evidemment dans un pays de 67 millions d’habitants, cela prend des proportions gigantesques. Sans tomber dans l’anecdote (le médecin breton payé à vie sans rien faire, le bâtiment public à prix faramineux mais vide, le rond-point refait trois fois pour plusieurs millions d’euros, etc.), il est normal de s’inquiéter d’un Etat-gaspilleur quand on est un tant soi peu attaché à l’Etat-providence. La mauvaise gestion budgétaire est une explication centrale qui rend compatible dépenses élevées et crise sociale.

Notons au passage que ce sujet n’est ni particulièrement de droite, ni particulièrement de gauche. A gauche, on peut insister sur l’abondance de niches fiscales, le coût faramineux du CICE (pour un gain en termes d’emploi quasi-nul) et celui moins élevé mais tout de même conséquent de la suppression de l’ISF ou encore le problème (quoique souvent exagéré) de la fraude fiscale. A droite, on peut soutenir des arguments sur l’improductivité particulière des services publics car si la France ne dépense pas plus que ses voisins à fonction comparable, elle utilise beaucoup plus souvent le statut de fonctionnaire embauchés et payés à vie (source). Ce qui explique le paradoxe de la France, avec à la fois beaucoup de fonctionnaires par habitant mais pas plus de médecins ou d’enseignants.

Le privé est-il structurellement plus efficace que le public ? Tout dépend des secteurs. J’en avais déjà parlé ici : une commune n’a besoin que d’une mission ponctuelle, elle sait qu’elle pourra facilement trouver une personne sur le marché du travail qui dispose des qualifications nécessaires et elle ne peut que mal contrôler le travail effectué : elle a alors tout intérêt à faire appel à une entreprise privée qui se chargera des espaces verts plutôt que d’embaucher un cantonnier payé même en l’absence de travail, qui pourra avoir une productivité faible, n’ayant aucun risque de perdre son emploi quelle que soit la qualité de son travail (aléa moral) puisque le secteur non marchand n’est par définition pas soumis à l’exigence de rentabilité. Cela implique cependant de bien rédiger les contrats (coûts juridiques) car l’entreprise privée ne fera pas ce qui n’est pas prévu dans le contrat.

Il est de toute façon toujours difficile de réduire les dépenses publiques, car il est difficile d’identifier l’improductivité où elle existe dans des organisations géantes et très complexes. Cela tient à la structure très hiérarchique de telles organisations et à l’absence de bonne diffusion de l’information. On ne touche pas à certains salariés, mêmes incompétents. Selon le principe de Peter, tout employé compétent est promu au niveau hiérarchique supérieur jusqu’au point où il atteint son seuil d’incompétence ; les employés incompétents n’étant jamais rétrogradés et rarement virés, un ministre qui voudrait « réduire les dépenses » a toutes les chances de ne pas réduire les bonnes. Au final, le bureaucrate garde son poste et l’infirmière trinque.

L’économie, mais surtout le social et le symbolique

Ces considérations budgétaires sont loin de faire le tour, je pense, de la crise actuelle. Tout ne se réduit pas à des gros chiffres et à vrai dire, la crise sociale que nous traversons me semble devoir beaucoup à des causes non directement économiques.

Prenez l’absence de reconnaissance symbolique. C’est largement vrai dans le monde du travail, et c’est lié à un management « à la française » complètement archaïque : flicage des salariés, faible autonomie, incapacité des supérieurs hiérarchiques à faire des compliments, faible promotion du télétravail, logique comptable sur les horaires (au lieu d’une logique de résultat : tu viens quand tu veux, tu pars quand tu veux du moment que le boulot est fait). Evidemment, c’est aggravé par des « petites phrases » condescendantes du président lui-même (même exagérées et raccourcies par les médias), comme « pour trouver un emploi tu n’as qu’à traverser la rue », « les Français sont des gaulois réfractaires au changement », « si tu veux te payer un costume à ce prix tu n’à qu’à travailler », etc. Le symbolique compte, et en la matière la posture de Macron et du gouvernement en général, voire, pour élargir, d’une certaine oligarchie parisienne (coucou Julie Graziani…) ne passe pas.

Dans les services publics, c’est pareil en pire, car les technocrates appliquent généralement avec dix ans de retard ce qui se fait de pire dans le privé : quand ailleurs on parle de bien-être au travail, d’épanouissement individuel et de home-office, le manageur moyen du public en est encore à recompter les coûts et les bénéfices. La santé souffre particulièrement de ce management brutal imposé à partir des années 1990 (le New Public Management) où des technocrates sans aucune connaissance du terrain font faire des trucs absurdes aux hospitaliers pour économiser quelques sous. La saine gestion budgétaire est une chose, mais on ne peut pas tout bien faire à la fois, réformer et économiser. Alexandre Delaigue avait très bien expliqué pourquoi à force de vouloir courir deux lièvres à la fois (réformer et faire des économies) on ne fait bien ni l’un, ni l’autre. Illustration avec la réforme des régions qui illustre à peu près tout ce qu’un décideur à courte vue peut mal faire : demandée par personne, décidée et mis en oeuvre par quelques technocrates sur un coin de table contre l’avis d’à peu près tout le monde, elle n’a, à part quelques économies dans les achats de gros, pas du tout produit les économies budgétaires attendues, bien au contraire. Par contre, le travail des fonctionnaires territoriaux s’est généralement dégradé.

Et au-dessus, la pression administrative

Il faut ajouter à tout ceci un contexte de pression administrative permanente : que dénonçait notamment la directrice d’école de Pantin qui s’est suicidé il y a quelques semaines ? Le poids des tâches administratives. Un empilement permanent de normes successives a rendu l’exercice de la moindre tâche insupportable. L’enseignement, encore : après chaque cours, je dois remplir le « cahier de textes numériques » qui décrit tout ce que j’ai fait avec les élèves ; chaque devoir doit être inscrit en ligne et chaque travail à faire à la maison doit avoir son temps indicatif ; pour les conseils de classe, il faut remplir de plus en plus de fiches administratives ; pour chaque sortie scolaire, faire un dossier pédagogique complet de plusieurs pages, remplir des “fiches-élèves” ou“fiches-parents” et renseigner en fin d’année le “bilan de fin de cycle” (sans parler des habituels bulletins et appréciations), et ainsi de suite. Résultat : on passe de moins en moins de temps à enseigner, et plus en plus de temps à faire des fiches que personne ne lit. Et c’est partout pareil. Demander aux enseignants d’avoir un boulot de cadre : pourquoi pas, mais alors il faudrait peut-être les payer comme des cadres. Sinon, c’est le retour du vieux « ils font semblant de me payer, je fais semblant de travailler ».

Revenons à la santé, sujet du jour. Les dépenses françaises en la matière sont dans la moyenne de l’OCDE (12% du PIB) : c’était 4% dans les années 1960. Pourquoi dépense-t-on autant alors que les soignants dénoncent une situation au bord du gouffre ? Cela tient à la hausse des coûts permanente liée elle-même à l’amélioration de la médecine. On vit plus longtemps, on soigne plus de choses, tant mieux, mais tout cela coûte fort cher. Les plus de 75 ans représenteront 16% de la population d’ici 2050 (INSEE) contre 10% aujourd’hui : cela veut dire que le groupe des plus de 75 ans va doubler et donc que les dépenses de santé ne sont pas près de ralentir.

Mais là encore, le montant total ou moyen ne dit rien de la réalité vécue. Pendant que le radiologue moyen du privé gagne 18 000€ par mois, l’infirmière craque. C’est la particularité des dépenses de santé : elles ne sont pas décidées par le consommateur mais par un professionnel de santé payé à l’acte, donc incité à prescrire plus. Les traitements médicaux sophistiqués augmentent les dépenses (voyez le coût d’un scanner) alors que leur rendement est décroissant : développer un antibiotique non-résistant coûte aujourd’hui bien plus cher que quand on les a découvert. Acheter une nouvelle machine à plusieurs millions d’euros qui va améliorer de quelques pourcents la netteté d’une imagerie médicale est un autre exemple.

Pendant ce temps, le temps moyen d’une consultation ou d’un soin est resté le même. C’est la loi de Baumol ou « maladie des coûts » : dans les services où il est difficile d’améliorer la productivité à long terme (il faut toujours le même nombre de personnes pour jouer une sonate de Bach qu’il y a 100 ans), les salaires doivent augmenter en permanence pour suivre l’amélioration de la productivité dans l’industrie (il faut beaucoup moins de main d’oeuvre pour produire un kilo de blé ou une voiture qu’il y a 100 ans). Ceci est une explication supplémentaire de la hausse des dépenses alors que le travail vécu est de plus en plus difficile. Le poids des tâches administratives augmente, et comme la médecine de ville est un échec, les Français vont aux urgences pour un oui ou pour un non, engorgeant des services déjà débordés.

Capitalisme, anticapitalisme

Définition (simple) du capitalisme

Le capitalisme est un système où la propriété des moyens de production est (au moins en partie) privée, avec un système concurrentiel donc un marché où les prix ont une signification marchande. L’investissement (donc l’initiative privée) y tient une place centrale : pas de capital-isme sans capital. Au centre du capitalisme, on trouve la relation épargne <> investissement (et donc la recherche du profit).

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Un certain Juif, Jésus (12/12)

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Le miracle du pain et du poisson, Giovanni Lanfranco, 1623

I. Intérêts et limites de la recherche sur Jésus de Nazareth (article numéro 1)
A. Deux limites de la recherche historique sur Jésus de Nazareth
B. Trois intérêts de la recherche historique sur Jésus de Nazareth (article numéro 2)
Conclusion : l’enjeu de la recherche historique
II. Les méthodes de la recherche : comment procèdent les biblistes ? (article numéro 3)
A. Les critères d’historicité
B. Les preuves archéologiques
C. La théorie des deux sources
III. La vie d’un certain Juif : que peut-on dire de fiable sur Jésus de Nazareth ? (article numéro 4)
A. Jésus a-t-il existé ?
B. Naissance et famille, grandes lignes du ministère (article numéro 5)
C. La question des frères et sœurs de Jésus
D. Le groupe de disciples de Jésus : Jésus a-t-il voulu fonder une Église ?
E. Les miracles de Jésus
IV. Le message de Jésus (article numéro 6)
A. Le royaume de Dieu
B. Le rapport de Jésus à la Loi juive
C. Les commandements d’amour de Jésus
Conclusion sur le message de Jésus

Un an plus tard…
V. Méthodologie (rappels) (article numéro 7)
A. La recherche historique n’est pas une démonstration de la foi chrétienne
B. La question de la fiabilité du Nouveau Testament
C. L’identité de Jésus : un problème méthodologique délicat, mais pas insurmontable
D. Ce que nous savons jusqu’à présent
E. A qui Jésus peut-il être comparé ?
VII. Précisions étymologiques (article numéro 8)
A. Le terme “Messie”
B. L’expression “Fils de Dieu”
C. L’expression “fils de l’homme”
D. Le terme “Seigneur”
E. Les Noms de Dieu dans l’Ancien Testament
VIII. La théologie chrétienne et ses développements (article numéro 9)
A. Que dit la doctrine chrétienne au sujet de Jésus ?
B. Objections et hérésies
IX. La foi de Paul (article numéro 10)
A. Les questions de date
B. La foi de Paul est-elle celle de l’Église primitive ?
C. De Jésus à Paul, une modification de l’objet de la foi
D. Le statut ontologique de Jésus dans la pensée paulinienne
X. Que disent les Actes des Apôtres ?
(article numéro 11)
XI. Ce qui est dit de Jésus dans les Évangiles
A. L’Évangile de Marc
B. Les autre synoptiques
C. Un mot sur Jean
XII. Conclusion : les titres de Jésus dans le Nouveau Testament
A. Résumé de la titulature de Jésus
B. Jésus et la foi chrétienne
C. Maintenir la tension
XIII. L’identité de Jésus : une certitude impossible (cet article)
A. Argument théologique
B. Argument historique
XIV. Cinq prétentions de Jésus
A. Réaliser des miracles
B. Corriger la loi de Moïse
C. Tout quitter pour le suivre
D. S’adresser à Dieu comme à son père
E. Pardonner les péchés
F. Et tout ça, sans la moindre légitimité
XV. La crucifixion et le moment de la foi
A. L’historicité de la crucifixion
B. Comment apparaissent les disciplines durant le ministère de Jésus ?
C. Et après la crucifixion ?
XVI. La foi des Actes

Le plan ci-dessus montre déjà une bonne part du chemin parcouru par cette série depuis que je l’ai commencé, en juillet 2015 (quatre ans déjà… alors que j’avais commencé à lire Meier en 2011, voilà près de dix ans !) : avec les indispensables réflexions de méthode, des question de fond qui traitent tous de l’identité de Jésus (directement ou indirectement). Pour l’instant, à part les miracles nous avions laissé de côté les actes de Jésus. Que disent-ils du prophète ? Confirment-ils ou infirment-ils la conclusion du titre XII ?

Cet article sera suivi d’une longue conclusion (probablement pas cette année).

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Vingt-quatre mois de macronisme

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J’avais publié il y a un an un article où je critiquais Macron sur des détails tout en le soutenant sur l’essentiel, en particulier sur les réformes économiques. 24 mois après l’élection, si je devais réécrire un article j’en accentuerais la tonalité critique. Être déçu de quelqu’un pour qui on a voté est un peu un marronnier de la démocratie, mais il faut bien reconnaître que l’année 2018 a été riche en déceptions.

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Note de lecture : Les Déshérités, de François-Xavier Bellamy

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Comme professeur de lycée, je suis intéressé depuis longtemps par les débats liés à l’école et aux questions pédagogiques. J’ai publié plusieurs articles sur le sujet, ici même, notamment sur la question du niveau des élèves (lien), des valeurs transmises à l’école (lien), du lien entre école et démocratie (lien) où je commentais notamment un texte de Laurent Lafforgue, de propositions pour l’école (lien) ou encore des réformes de l’université (lien).

J’ai donc lu avec intérêt le court essai de François-Xavier Bellamy, agrégé de philosophie (et désormais connu du grand public puisqu’il est tête de liste LR aux élections européennes) publié en 2014 : Les Déshérités ou l’urgence de transmettre. Le titre étant une référence assez évidente aux Héritiers (1964) de Bourdieu et Passeron (ou plutôt : contre Bourdieu et Passeron), il m’a interpellé. Très honnêtement, venant d’un esprit qui s’affirme conservateur, je m’attendais à une énième plainte un peu réactionnaire sur l’école qui ne transmet plus rien, la perte des valeurs, et les jeunes qui ne respectent plus leurs aînés et gnagnagna.

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