Pourquoi le programme économique de LFI ne fonctionne pas (et comment faire autrement)

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De mon point de vue, la France doit défendre et conserver le modèle d’Etat fort qui est le sien depuis des siècles. Notre histoire et notre culture n’est pas celle des États-Unis : il n’y a jamais eu beaucoup d’espace politique en France pour les libéraux qui veulent réduire fortement le poids de l’État. La France est ce pays où même la droite est interventionniste, parfois dans les paroles, toujours dans les faits, même si son interventionnisme ne porte évidemment pas sur les mêmes enjeux que celui de la gauche.

La situation actuelle ne manque d’ailleurs pas de justifications pour un État puissant, tant les pays développés sont face à un mur d’investissement public, mur qui n’est pas particulièrement partisan : que l’on soit de droite ou de gauche, tout le monde peut y aller de sa dizaine de milliards de dépenses nouvelles (l’unité de base pour la France, moins de 1% des dépenses publiques annuelles) : défense, justice, dépendance, IA, école, santé, transition énergétique, agriculture, industrie…

Evaluer correctement la situation

Le problème, c’est de parvenir à le faire en évaluant correctement la situation budgétaire et macroéconomique actuelle, qui est inédite. C’est tout l’objet de mon désaccord avec la gauche tendance LFI que je développe ici : pas tant sur les enjeux prioritaires que sur la manière d’y parvenir. Oui, l’essentiel se trouve dans les détails, les promesses politiques n’engagent que ceux qui les croient et ne valent rien si elles ne peuvent pas être mises en œuvre.

La France a un taux de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires (mesurés en pourcentage de la richesse nationale) jamais atteints dans son histoire, cumulée à une dette publique qui représente quatorze mois de PIB, équivalente aux moments les plus difficiles des deux derniers siècles : guerres napoléoniennes, première et seconde guerre mondiale. Inutile de détailler ici les chiffres qui sont parfaitement accessibles dans toutes les banques de données économiques en ligne.

Ce n’est pas la dette publique en soi qui est une menace, mais bien le cumul de difficultés : la dette publique + des taux de prélèvements déjà énormes + des dépenses publiques structurellement gigantesques (j’insiste sur le structurellement) + d’autres paramètres qu’on va voir et qui rendent la situation très tendue. De nombreux pays riches ont une dette publique élevée, mais très peu d’entre eux (et ce ne sont pas des comparaisons flatteuses) occupent également le podium des dépenses publiques et de l’imposition, en plus d’une crise politique qui paralyse le vote du budget et de taux d’intérêts nominaux largement supérieurs à la croissance.

Comment se débarrasser de la dette publique ?

Il faut comprendre que dans toute l’histoire économique, il n’y a pas 36 moyens de payer une dette que vous ne pouvez pas rembourser, où dont vous ne pouvez pas payer les intérêts, dans le cas des États. Il y en a (exactement) cinq, que je vais classer de la pire à la meilleure :

Premièrement, par la force. Vous expulsez tout bonnement vos créanciers, souvent Juifs au Moyen-âge puisque les autres professions leur étaient interdites : Edouard 1er en 1290, Philippe le Bel en 1306, pour ne citer que les plus emblématiques. Ou vous envahissez un pays pour étendre votre base fiscale : des conquêtes romaines aux guerres mongoles en passant par celles de Louis XIV, les exemples ne manquent pas.

Deuxièmement, par un défaut partiel ou total. Vous annoncez à vos créanciers, comme la Russie en 1917, que vous ne les rembourserez pas. Évidemment, ils cessent immédiatement de vous prêter, ce qui nous amènera au point quatre puisque vous n’avez plus accès à la dette pour financer votre budget : le déficit devient donc instantanément impossible.

Troisièmement, par une inflation massive. L’effondrement de la valeur de la monnaie vous permet de rembourser vos créanciers en monnaie de singe. La légalité est sauve, l’économie beaucoup moins puisque ce sont les consommateurs et les épargnants qui paient la facture. C’est ce qui s’est passé en France après 1918 : 20 à 30% d’inflation par an, des prix multipliés par quatre entre 1919 et 1926. Et encore la France saignait-elle le peuple allemand avec des réparations de guerre exorbitantes, qui ne suffisaient pas.

Nota bene pour les amateurs de technique monétaire : demander à la BCE de racheter pour ensuite annuler la dette publique française est un mélange entre les options 2 et 3 : soit la banque publique créé de la monnaie ad hoc pour le rachat, ce qui a un effet inflationniste (en commençant par les marchés financiers), soit elle fonctionne avec un bilan négatif, ce qui veut dire qu’elle fait défaut et doit être renflouée par les Etats membres de la zone euro, qui la contrôlent. A supposer que la BCE accepte, ce qui est complètement illusoire pour des raisons tant juridiques que politiques : si on empêche les gouvernements de se servir à leur guise dans la caisse monétaire, c’est pour une raison que les Allemands connaissent bien.

Quatrièmement, par une forte discipline budgétaire. Les impôts sont augmentés et/ou les dépenses publiques sont réduites, ce qui permet de dégager des marges de manœuvres pour rembourser les créanciers. La France adopte ainsi son premier impôt sur le revenu progressif en 1914, effectif en 1916, celui-là même que vous payez chaque année. Ce n’est évidemment pas un hasard que ce soit en pleine guerre. Remarquez que c’est souvent ce qui distingue droite et gauche quand elles mettent en œuvre des politiques de rigueur : la gauche privilégie les hausses d’impôts et la droite les baisses de dépenses. Politiquement, ce n’est pas pareil mais budgétairement, si.

Cinquièmement, par une forte croissance économique : la hausse du PIB augmente toutes les grandeurs nominales, particulièrement les salaires, les prix et les bénéfices. Comme ils sont taxés, les recettes affluent et la dette se stabilise, permettant même des hausses de dépenses publiques, puisque le taux de croissance est supérieur aux intérêts nominaux. C’est la solution la plus douce, qui ne fait que des gagnants (sauf l’environnement). C’est la France des Trente Glorieuses.

Mélangez les options quatre et cinq, secouez, et espérez

On aura compris qu’aucun parti politique ne défend officiellement les trois premières solutions, même si certains programmes conduisent de fait à la troisième, notamment celui de LFI, comme je vais le montrer. Les options quatre (rigueur) et cinq (croissance) sont souvent défendues par la droite ou la gauche modérée, les économistes insistant toujours sur la dernière, parce que c’est la plus facile politiquement : au prix de dégâts environnementaux souvent aggravés, la croissance économique permet de financer plus de pouvoir d’achat ET plus de dépenses publiques, le tout, sans augmenter la dette ! Solution magique qui est, on le répète, la France des Trente Glorieuses (5% de croissance réelle par an), cette fameuse France où tu doublais ton salaire durant les 20 premières années de ta carrière, voire avant, où le chômage était nul et l’immobilier très abordable, avec des taux d’intérêt certes très élevés : quelle importance puisque les salaires progressaient encore plus vite ?

Pour compliquer le raisonnement, notez bien qu’il est souvent nécessaire de faire l’option 4 et 5 en même temps : contrairement à la rigueur, la croissance ne se décrète pas, et même si elle se décrétait, elle augmente toujours trop lentement pour gérer une situation d’urgence budgétaire. Remember Grèce 2009 ? La rigueur pallie l’urgence tandis qu’on espère la croissance pour régler le problème souplement à moyen terme. Ce qu’a montré le cas grec −mais les économistes le savaient déjà avant− c’est qu’une rigueur est nécessaire dans un tel cas (déficits abyssaux maquillés, corruption endémique, endettement ingérable), mais que menée de façon trop brutale ou inadaptée (ici, en raison du cynisme de Merkel et de la soumission de Sarkozy), elle était contradictoire avec la recherche de la croissance. Résultat : 30% du pouvoir d’achat des Grecs fût sacrifié en 5 ans, ce qui effaça la totalité des progrès accomplis en une génération. Même si l’économie grecque est depuis repartie, le revenu national du pays est toujours inférieur à celui qu’il était…en 2006. Avis aux amateurs de décroissance.

Passons aux paramètres contextuels qui terminent de compliquer l’équation. La France de 2026 n’a rien à voir avec celle du congrès de Vienne ou de 1945. Membre de l’euro, elle ne peut pas dévaluer. Grand pays industriel fortement intégré dans la mondialisation, avec un déficit commercial conséquent au passage, elle est structurellement dépendante des autres pour ses besoins de base, à commencer par les énergies fossiles. C’était déjà vrai en 1918 et en 1945, mais pas du tout à la même échelle : la civilisation de la bagnole n’existait pas. Dois-je ajouter que la mondialisation financière était sans comparaison avec ce qu’elle est maintenant ? L’exil fiscal est bien plus facile en 2026 que sous Napoléon ou Poincaré et il n’y a pas une deuxième Église catholique à spolier.

Les contradictions du programme LFI

Face à tout ce que je viens de raconter, que propose la gauche LFI ? Oublions un instant les trois premières options. Officiellement, LFI est contre la discipline budgétaire (4) : c’est de l’austérité. Au contraire, le programme l’Avenir en commun prévoit d’aggraver nettement les déficits par des dépenses publiques massives dont je vous épargne la liste, disponible facilement sur internet. Bien sûr, les impôts seront augmentés pour les riches, mais comme c’est concentré sur une fraction de la population, ce n’est pas vraiment de l’austérité (du moins, pas pour 90% de la population). Cependant, les concepteurs du programme savent très bien, contrairement au militant de base vaguement crétin, que la France n’a pas assez de milliardaires à taxer pour financer le programme qu’ils prévoient. Même en prenant les hypothèses les plus généreuses, donc les plus farfelues (pas d’exil fiscal, le Conseil constitutionnel valide tout, la Commission européenne ne dit rien, les taux d’intérêt sur la dette ne bougent pas, la valeur des actions de LVMH reste stable…), on ne peut guère récupérer que quelques dizaines de milliards en taxant les riches, à moins que « riche » ne commence à 2000€/mois, auquel cas il ne leur restera plus beaucoup d’électeurs, mais ce n’est pas dans le projet : au contraire, Éric Coquerel explique partout que 4000€/mois pour un célibataire (environ le seuil du top 10%) est le chiffre en-deçà duquel les impôts baisseront.

Savoir si en taxant les « riches » on récupère 10, 20 ou 30 milliards à ce stade importe peu, tant qu’on a compris qu’on reste toujours très en-dessous de la centaine de milliards, quel que soit le degré de socialisme qu’on a dans les veines, que le programme de LFI prévoit de dépenser bien davantage, et ce, alors que les dépenses de retraite (qui frôlent désormais les 350 milliards chaque année) vont augmenter, sans parler des dépenses de santé ou militaires, et que 100 milliards est justement, à peu près, le chiffre du seul déficit annuel, j’ai bien dit annuel : quand tu auras dépouillé Bernard Arnault de toute sa fortune et réduit LVMH à la valeur d’un bar de village, tu auras le même trou à combler l’année suivante : c’est clair ? L’important est donc de reconnaître une chose que je me tue à répéter depuis des années (tiens, je vais même l’écrire en majuscule) : TAXER LES RICHES EST TRÈS BIEN MAIS NE SUFFIRA EN AUCUN CAS POUR FINANCER CE PROGRAMME. Je l’ai écrit et démontré ici un grand nombre de fois, la dernière en janvier (ici) ou sur la taxe Zucman en septembre 2025 (ici). Et non, il n’y a pas « 200 milliards d’aides aux entreprises » à récupérer : cette fake news est fatiguante.

Croitre ou décroitre, telle est la question

Ce qui nous amène à la croissance (option 5, la préférée des économistes) sur laquelle LFI n’est pas très claire. D’un côté, le parti propose un programme de relance très keynésien version tonton Mitterrand de 1981, qui avait échoué, alors que le contexte était beaucoup plus favorable, censé s’appuyer sur les « multiplicateurs » (qu’ils ne comprennent pas, mais passons), tout en ayant en interne un fort logiciel écologique hostile à la hausse du PIB : une des mesures de LFI prévoit ainsi de réduire le temps de travail et de produire moins. On comprend donc qu’il s’agit de gagner plus en travaillant moins, en faisant donc exploser les salaires horaires. Avec quel argent ? Apparemment celui des entreprises, qui disposent de marges brutes inépuisables, c’est bien connu, surtout quand on les aura essorés fiscalement et qu’on aura forcé la production à diminuer, tout en bloquant leurs prix. D’autre part, que vont faire des gens plus riches (puisque les salaires seront augmentés fortement, à commencer par le SMIC) avec plus de temps libre ? Apparemment pas consommer (c’est mal, ça détruit la planète), ni épargner (c’est mal, ça encourage la finance).

Au militant de base qui passerait par là : le salaire est le prix du travail. Décréter qu’on augmente les salaires et qu’on bloque les prix en même temps est une contradiction dans les termes. Un salaire est fait pour être dépensé, ce qui soutient la demande donc les prix : c’est un raisonnement accessible à un collégien. De la même façon, le prix n’est pas qu’une dépense pour le consommateur : c’est le revenu de l’entreprise… revenu qui lui permet notamment de payer les salaires. Bloquer les prix revient donc à bloquer (à terme) les salaires. LFI dispose pourtant d’intellectuels et même d’économistes, il me semble. La contradiction ne semble pas les effleurer.

Pour être honnête, la contradiction n’est pas spécialement propre à LFI même si le parti l’a poussé à son paroxysme, c’est un problème classique de la gauche aujourd’hui sensible à la question environnementale : critiquer (à juste titre) la croissance pour ses dégâts environnementaux tout en voulant augmenter le pouvoir d’achat sans emprunter davantage et sans faire s’effondrer le système productif, ce que seule la croissance permet ! C’est la quadrature du cercle. Le logiciel idéologique de LFI oscille donc constamment entre un programme qui prévoit officiellement une relance massive de la croissance économique par la dépense publique, et un discours qui considère l’objectif de la hausse du PIB comme dépassé, et qu’après tout il suffit de redistribuer ce qu’on a déjà. D’ailleurs, à ce sujet : le PIB est un flux et non un stock, ce discours n’a littéralement aucun sens.

Si on projette de n’envahir aucun pays, qu’on est critique sur la croissance, qu’on est contre la discipline budgétaire sauf pour une poignée de riches, que reste-t-il ? L’inflation ou le défaut.

Conclusion

Le programme de l’Avenir en Commun aboutit donc à une forte inflation (qu’on prétend empêcher), et très certainement en même temps un défaut partiel sur la dette (non assumé), ce qui ramène à l’austérité budgétaire pour tous (qu’on refuse), et ne peut se résoudre à la fin que par l’abandon de la plupart des mesures du programme ou la sortie de l’euro, c’est-à-dire l’inflation, en particulier des biens importés.

Il y aurait pourtant une autre solution. Si on veut conserver le modèle français sans s’aligner sur le néo-libéralisme américain ; si on pense que les dépenses fondamentales d’investissement public dans l’école, l’IA, le solaire, le nucléaire, les hôpitaux, la clim, les infrastructures publiques, la défense (rayez les mentions inutiles et ajoutez les vôtres) sont non seulement nécessaires mais doivent être renforcées, ce qui implique de résister à la tentation de l’austérité budgétaire ; si on préfère éviter 30% d’inflation annuelle (comme en 1918) ou d’écraser tous les Français d’impôts soviétiques ; si, enfin, on aimerait garder l’accès aux marchés financiers donc à la possibilité de s’endetter si besoin et qu’on sait, en outre, que la croissance économique, quoique nécessaire, ne se décrète pas et a ses propres limites, il reste une solution : la réorientation des dépenses publiques.

On peut très bien garder à peu près le même niveau de dépenses publiques et d’impôts (sauf pour les très riches, qu’on augmente, ce qui ne change pas les ordres de grandeur), en réorientant la dépense de la consommation vers l’investissement. Autrement dit, il faut investir plus d’argent public mais redistribuer moins. Moins d’argent public qui tombe sur ton compte chaque mois mais une compensation en nature : de meilleurs services publics, de meilleures infrastructures, un meilleur service rendu par l’État de manière générale. Un Etat qui se recentre sur ce pour quoi il a été créé : non pas pour organiser le transfert massif de 60% de la richesse nationale des uns vers les autres au prix d’une administration kafkaïenne et de règles absurdes (essayez de calculer une prime d’activité, pour voir) mais pour assurer avec efficacité ses missions régaliennes du présent tout en protégeant la population des crises futures.

Si l’université publique est bien dotée et efficace, si le bâti scolaire est entretenu et rénové, s’il n’y a pas 32 élèves par classe en moyenne au lycée, si l’armée française est à jour des dernières technologies qui assurent notre souveraineté, si tu n’attends pas 8h aux urgences, trois mois pour une place en crèche municipale et deux ans que ton procès ait lieu, si tes médicaments sont mieux remboursés, les enseignants de tes enfants mieux formés et payés, que l’Etat réduit ta dépendance énergétique et industrielle aux Américains ou aux pays du Golfe, que la police ne refuse pas tes plaintes, oui, tu peux avoir moins d’APL, moins de retraite, moins d’allocations familiales, et même beaucoup moins en vérité, tout en assurant un niveau de vie minimal aux plus pauvres, ça va de soi. Parce qu’en plus d’assurer l’avenir, l’Etat t’évite des dépenses privées inutiles que les Américains, avec leurs salaires doubles des nôtres, connaissent très bien.

Le vrai « Avenir en commun » ce n’est pas d’augmenter encore la redistribution dans le pays le plus socialiste au monde (enfin, parmi les pays développés, je mets de côté le Venezuela et la Corée du Nord) : c’est que l’Etat finance nos biens véritablement communs au lieu de cette gigantesque machine à prendre et redonner du cash qu’il est devenu.

France, 2025 : l’effarement.

J’ai rarement été aussi effaré d’un moment politique.

L’état socioéconomique du pays est préoccupant pour pratiquement tous les indicateurs qu’on peut mesurer. Dans l’OCDE, la France a la cinquième plus grosse dette publique, le premier taux de prélèvements obligatoires, le premier taux de dépenses publiques, et pourtant les services publics n’ont jamais semblé aussi peu dotés, les inégalités augmentent, le pouvoir d’achat est en berne, le taux de pauvreté a atteint en 2025 un niveau qu’on n’avait pas vu depuis 1996. L’Etat français dépense plus d’argent public que tout autre pays de l’OCDE mais ses institutrices gagnent toujours 20% de moins que ces mêmes pays.

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Lobbying : la peur et l’envie

The Impact of Lobbying on Resource Allocation — GEMINI GROUP

Dans un pays bloqué par l’absence de budget, plus encore en France où presque tout se décide à Paris, on remarque plus que d’ordinaire les groupes sociaux se mobiliser pour leurs intérêts, c’est-à-dire essentiellement éviter des coupes budgétaires défavorables ou obtenir des avantages fiscaux. Mais tous n’ont pas le même pouvoir de pression sur les décideurs politiques, et c’est assez intéressant de se demander pourquoi. Sans faire dans la grande théorie politique, je résumerai cela en deux mots : la peur et l’envie.

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A propos du vote RN

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Les marqueurs sociaux du vote RN

Les marqueurs prédictifs les plus forts du vote RN sont dans l’ordre:

1- L’absence de diplôme. Toutes les enquêtes montrent que le fait de ne pas avoir le bac augmente fortement la probabilité de voter RN et le fait d’avoir au moins un bac+3 la divise par deux. En 2022, Marine Le Pen faisait environ 10% chez les bac+3 et plus contre 35% chez les non-bacheliers (Ipsos). Ceci se vérifiait encore au second tour où selon un autre sondage, 80% des diplômés du supérieur votaient Macron contre seulement 55% des non diplômés. Le premier ressort du vote RN, c’est la relégation culturelle. Lire la suite

Cnews et l’extrême droite

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Apparemment, le ministre de l’Education nationale est au cœur d’une polémique pour avoir qualifiée “d’extrême droite” la chaine CNews. Absolument personne ne peut contester que sous le patronage de Bolloré, CNews est devenue en quelques années une chaine d’opinion bien ancrée à droite, que ce soit par les thématiques majoritairement abordées (immigration, islam, sécurité, sans parler d’inviter tranquillement Renaud Camus à parler « grand remplacement ») ou les chroniqueurs vedettes, du célèbre Zemmour à l’avocat Goldnadel en passant par Bock-Côté, Praud, d’Ornellas, Lévy, Bastié, sans oublier l’inénarrable Messiha invité pas moins de 140 fois l’année dernière. De droite, donc, mais d’extrême droite ?

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Note de lecture : Cours de philosophie politique, par Blandine Kriegel

Cours de philosophie politique - Poche - B. Kriegel - Achat Livre | fnac

Cours de philosophie politique promet ce que le titre annonce : il s’agit d’un excellent petit condensé sur les thème des démocraties, synthétisant dans une langue absolument limpide les enjeux et les débats de chaque point important : l’Etat de droit, les droits de l’homme, républiques et démocraties, Etats-nations et nationalismes, etc. S’agissant de la retranscription de séances de cours que l’autrice (une philosophe et politologue assez peu connue) a donné à l’Université de Moscou dans les années 1990, il s’agit d’une vraie réussite. Bien sûr, le texte n’a rien de très original et celui qui a déjà suivi quelques leçons en matière de droit constitutionnel ou de philosophie politique n’apprendra pas grand chose. Mais il a le grand mérite de la synthèse courte, claire et précise. Lire la suite

Le salaire des enseignants

Convention Banque de France – ministère de l'Éducation nationale | Citéco

Ceci est une version développée d’un article paru dans la revue Esprits, dont vous trouverez le lien ici

 

La question des salaires est une question socioéconomique cruciale. Elle est à la fois économique (qu’est-ce qui détermine les rémunérations du travail ?), sociale (pourquoi des inégalités salariales ?), éthique (quel travail, et donc quelle fonction dans la société, « mérite » quel salaire ?). Les économistes et les sociologues s’intéressent depuis longtemps à ces questions, mais nous allons ici nous centrer sur une profession en particulier, dont la rémunération a fait l’objet de nombreux débats durant la campagne présidentielle : celle des enseignants.

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Note de lecture : Mémoires vives, par Edward Snowden

Amazon.fr - Mémoires Vives - Edward Snowden - Livres

L’auteur

Est-il besoin de présenter le lanceur d’alerte le plus célèbre de la planète ? En 2013, Snowden a acquis une attention médiatique internationale en divulguant des documents classifiés sur la manière dont la NSA (National Security Agency) américaine espionnait le monde entier, y compris les Américains. Il faut reconnaître à l’auteur un courage phénoménal puisqu’il a sacrifié sa carrière, son salaire confortable, son pays, la plupart de ses relations familiales et amicales restées aux Etats-Unis pour pouvoir divulguer ce qu’il a divulgué : en 2021, poursuivi pour des crimes fédéraux aux Etats-Unis, il vit toujours en Russie où il a obtenu le droit d’asile avant de s’y marier. Lire la suite

Cinq commentaires sur les Gilets Jaunes

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Même quand on connaît la tradition de violence urbaine des Français, les images de Paris en feu impressionnent. On atteint une crise paroxystique qui s’installe dans la durée. J’ai le sentiment que la dernière fois qu’on avait connu une telle violence, c’était en 2005. Bien sûr ce n’est pas le premier mouvement social avec une dimension violente depuis 2005. Mais les précédents étaient très spécifiques, centrés sur le retrait d’une loi ou d’une mesure. Ils ne touchaient que les publics concernés, et la démobilisation était assez rapide une fois la mesure retirée (écotaxe en 2013) ou confirmée (loi travail, Parcourssup, mariage pour tous,…). La seule exception est peut être Nuit Debout mais le mouvement était trop parisiano-centré et idéologiquement marqué pour concerner les classes moyennes et populaires. Là, on a un mouvement vraiment populaire avec une conjonction de colères qui explosent. Lire la suite

Les grandes théories de la justice sociale (2/2)

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Axel Honneth

Nous traiteront maintenant des approches plus empiriques de la justice sociale. Ces approches sont plus récentes. Elles sont spécifiquement sociologiques et naissent à partir des années 1990. Le point de départ est la critique de la théorisation excessive des approches philosophiques, qu’elles soient marxistes, rawlsiennes, libertariennes. Ces approches sont critiquées soit parce qu’elles sont trop abstraites, soit pour leur prétention universaliste (il y aurait des principes universels de justice sociale). Il s’agit donc de redonner du poids à la parole des acteurs, à leurs valeurs, au contexte socioéconomique et culturel, éventuellement avec un regard critique.

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Les grandes théories de la justice sociale (1/2)

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John Rawls

Il y a deux grandes façons de réfléchir à la justice sociale. La première est issue de la philosophie politique. Elle consiste à traiter la notion de justice indépendamment de la réalité sociale, c’est-à-dire avec des principes abstraits. L’idée qui sous-tend ces démarches est qu’il est possible de trouver des principes universels de justice sociale. La seconde est plus empirique, davantage inspirée de la sociologie. Nous commencerons ici par les approches théoriques.

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Quelques remarques post-élection

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Quelques semaines plus tard, je voudrais livrer quelques réflexions éparses sur les enseignements du scrutin présidentiel. Ce qui étonnant, c’est la stabilité des phénomènes structurels alors que ce scrutin aura été inédit de part en part : une élection sous état d’urgence, où les deux grands partis présentent des candidats via une primaire, avec des affaires politiques en cascade, une gauche radicale à 20%, l’échec de la droite républicaine et l’effondrement du PS, le FN dépassant les 10 millions d’électeurs, puis l’arrivée au pouvoir du plus jeune président de la République depuis Bonaparte, président europhile et libéral assumé dans un contexte de raz de marée europhobe et antilibéral. Malgré des changements de cette ampleur, la validité des leçons classiques de la science politique est stupéfiante : Lire la suite

Politique : vive les promesses non tenues !

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Deux articles du Monde me font réagir aujourd’hui. Le premier, publié peu avant les élections régionales, le 03 décembre, livre le résultat d’un travail titanesque, “réalisé en partenariat avec neuf écoles de journalismes et le centre de documentation du Cevipof”. Il s’agissait de vérifier, région par région, le bilan des promesses des présidents de région. Plus de 1000 promesses de campagnes ont ainsi été retrouvées, synthétisées, étudiées, vérifiées, puis classées selon qu’elles ont été “tenues” (en vert), “inachevées” (orange), “invérifiables” (gris), ou non tenues (rouge). L’étude, qui vise à l’exhaustivité, classe ainsi les régions entre les “bons élèves” (bon pourcentage de promesses tenues) et les “mauvais élèves” (mauvais pourcentage de promesses tenues).

Quelques temps après, suite au premier tour des régionales, le même journal publie un article où sont interrogés les abstentionnistes, le but étant de comprendre le choix de ces vilains petits canard grâce à qui le FN gagne. Ce qui ressort des motivations de ces abstentionnistes “militants” est surtout l’absence de confiance dans une classe politique accusée de ne pas tenir ses promesses.

De la lecture de ces deux articles ressort l’idée de fond, largement partagée par la majorité des électeurs, qu’un politique qui tient ses promesses est un bon politique, tandis que celui qui ne les tient pas en serait un mauvais. Rien n’est moins évident ! Lire la suite