Pourquoi le programme économique de LFI ne fonctionne pas (et comment faire autrement)

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De mon point de vue, la France doit défendre et conserver le modèle d’Etat fort qui est le sien depuis des siècles. Notre histoire et notre culture n’est pas celle des États-Unis : il n’y a jamais eu beaucoup d’espace politique en France pour les libéraux qui veulent réduire fortement le poids de l’État. La France est ce pays où même la droite est interventionniste, parfois dans les paroles, toujours dans les faits, même si son interventionnisme ne porte évidemment pas sur les mêmes enjeux que celui de la gauche.

La situation actuelle ne manque d’ailleurs pas de justifications pour un État puissant, tant les pays développés sont face à un mur d’investissement public, mur qui n’est pas particulièrement partisan : que l’on soit de droite ou de gauche, tout le monde peut y aller de sa dizaine de milliards de dépenses nouvelles (l’unité de base pour la France, moins de 1% des dépenses publiques annuelles) : défense, dépendance, IA, école, santé, transition énergétique, agriculture, industrie…

Evaluer correctement la situation

Le problème, c’est de parvenir à le faire en évaluant correctement la situation budgétaire et macroéconomique actuelle, qui est inédite. C’est tout l’objet de mon désaccord avec la gauche tendance LFI que je développe ici : pas tant sur les enjeux prioritaires que sur la manière d’y parvenir. Oui, l’essentiel se trouve dans les détails, les promesses politiques n’engagent que ceux qui les croient et ne valent rien si elles ne peuvent pas être mises en œuvre.

La France a un taux de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires (mesurés en pourcentage de la richesse nationale) jamais atteints dans son histoire, cumulée à une dette publique qui représente quatorze mois de PIB, équivalente aux moments les plus difficiles des deux derniers siècles : guerres napoléoniennes, première et seconde guerre mondiale. Inutile de détailler ici les chiffres qui sont parfaitement accessibles dans toutes les banques de données économiques en ligne.

Ce n’est pas la dette publique en soi qui est une menace, mais bien le cumul de difficultés : la dette publique + des taux de prélèvements déjà énormes + des dépenses publiques structurellement gigantesques (j’insiste sur le structurellement) + d’autres paramètres qu’on va voir et qui rendent la situation très tendue. De nombreux pays riches ont une dette publique élevée, mais très peu d’entre eux (et ce ne sont pas des comparaisons flatteuses) occupent également le podium des dépenses publiques et de l’imposition, en plus d’une crise politique qui paralyse le vote du budget et de taux d’intérêts nominaux largement supérieurs à la croissance.

Comment se débarrasser de la dette publique ?

Il faut comprendre que dans toute l’histoire économique, il n’y a pas 36 moyens de payer une dette que vous ne pouvez pas rembourser, où dont vous ne pouvez pas payer les intérêts, dans le cas des États. Il y en a (exactement) cinq, que je vais classer de la pire à la meilleure :

Premièrement, par la force. Vous expulsez tout bonnement vos créanciers, souvent Juifs au Moyen-âge puisque les autres professions leur étaient interdites : Edouard 1er en 1290, Philippe le Bel en 1306, pour ne citer que les plus emblématiques. Ou vous envahissez un pays pour étendre votre base fiscale : des conquêtes romaines aux guerres mongoles en passant par celles de Louis XIV, les exemples ne manquent pas.

Deuxièmement, par un défaut partiel ou total. Vous annoncez à vos créanciers, comme la Russie en 1917, que vous ne les rembourserez pas. Évidemment, ils cessent immédiatement de vous prêter, ce qui nous amène au point quatre puisque vous n’avez plus accès à la dette pour financer votre budget : le déficit devient donc immédiatement impossible.

Troisièmement, par une inflation massive. L’effondrement de la valeur de la monnaie vous permet de rembourser vos créanciers en monnaie de singe. La légalité est sauve, l’économie beaucoup moins puisque ce sont les consommateurs et les épargnants qui paient la facture. C’est ce qui s’est passé en France après 1918 : 20 à 30% d’inflation par an, des prix multipliés par quatre entre 1919 et 1926. Et encore la France saignait-elle le peuple allemand avec des réparations de guerre exorbitantes, mais qui ne suffisaient pas.

Nota bene pour les amateurs de technique économique : demander à la BCE de racheter pour ensuite annuler la dette publique française est un mélange entre les options 2 et 3 puisque soit la banque publique créé de la monnaie ad hoc pour le rachat, ce qui a un effet inflationniste (en commençant par les obligations), soit elle fonctionne avec un bilan négatif, ce qui veut dire qu’elle fait défaut et doit être renflouée par les Etats membres de la zone euro, qui la contrôlent. A supposer que la BCE accepte, ce qui est complètement illusoire pour des raisons tant juridiques que politiques.

Quatrièmement, par une forte discipline budgétaire. Les impôts sont augmentés et/ou les dépenses publiques sont réduites, ce qui permet de dégager des marges de manœuvres pour rembourser les créanciers. La France adopte ainsi son premier impôt sur le revenu progressif en 1914, effectif en 1916 (celui-là même que vous payez chaque année). Ce n’est évidemment pas un hasard que ce soit en pleine guerre. Remarquez que c’est souvent ce qui distingue droite et gauche quand elles mettent en œuvre des politiques de rigueur : la gauche privilégie les hausses d’impôts et la droite les baisses de dépenses. Politiquement, ce n’est pas pareil mais budgétairement, si.

Cinquièmement, par une forte croissance économique : la hausse du PIB augmente toutes les grandeurs nominales, particulièrement les salaires, les prix et les bénéfices. Comme ils sont taxés, les recettes affluent et la dette se stabilise (puisque le taux de croissance est supérieur aux intérêts nominaux), permettant même des hausses de dépenses publiques. C’est la solution la plus douce, qui ne fait que des gagnants (sauf l’environnement). C’est la France des Trente Glorieuses.

Mélangez les options quatre et cinq, secouez, et espérez

On aura compris qu’aucun parti politique ne défend officiellement les trois premières solutions, même si certains programmes conduisent de fait à la troisième, notamment celui de LFI, comme je vais le montrer. Les options quatre (rigueur) et cinq (croissance) sont souvent défendues par la droite ou la gauche modérée, les économistes insistant toujours sur la dernière, parce que c’est la plus facile politiquement : au prix de dégâts environnementaux souvent (pas toujours) aggravés, la croissance économique permet de financer plus de pouvoir d’achat ET plus de dépenses publiques, le tout, sans forcément augmenter la dette ! Solution magique qui est, on le répète, la France des Trente Glorieuses (5% de croissance réelle par an), cette fameuse France où tu doublais ton salaire durant les 20 premières années de ta carrière, voire avant, où le chômage était nul et l’immobilier très abordable, avec des taux d’intérêt certes très élevés : quelle importance puisque les salaires progressaient encore plus vite ?

Pour compliquer le raisonnement, notez bien qu’il est souvent nécessaire de faire l’option 4 et 5 en même temps : contrairement à la rigueur, la croissance ne se décrète pas, et même si elle se décrétait, elle augmente toujours trop lentement pour gérer une situation d’urgence budgétaire. Remember Grèce 2009 ? La rigueur pallie l’urgence tandis qu’on espère la croissance pour régler le problème souplement à moyen terme. Ce qu’a montré le cas grec (mais les économistes le savaient déjà avant), c’est qu’une rigueur est nécessaire dans un tel cas (déficits abyssaux maquillés, corruption endémique, endettement ingérable), mais que menée de façon trop brutale ou inadaptée (ici, en raison du cynisme de Merkel et de la soumission de Sarkozy), elle était contradictoire avec la recherche de la croissance. Résultat : 30% du pouvoir d’achat des Grecs fût sacrifié en 5 ans, ce qui effaça la totalité des progrès accomplis en une génération. Même si depuis l’économie grecque est repartie, le revenu national du pays est actuellement inférieur à celui qu’il était…en 2006. Avis aux amateurs de décroissance.

Passons aux paramètres contextuels qui terminent de compliquer l’équation. La France de 2026 n’a rien à voir avec celle de 1818 ou de 1945. Membre de l’euro, elle ne peut pas dévaluer. Grand pays industriel fortement intégré dans la mondialisation, elle est structurellement dépendante des autres pour ses besoins de base, à commencer par les énergies fossiles. C’était déjà vrai en 1918 et en 1945, mais pas du tout à la même échelle : la civilisation de la bagnole n’existait pas. Dois-je ajouter que la mondialisation financière n’avait rien à voir avec ce qu’elle est maintenant ? L’exil fiscal est bien plus facile en 2026 que sous Napoléon ou Poincaré et il n’y a pas une deuxième Église catholique à spolier.

Les contradictions du programme LFI

Face à tout ce que je viens de raconter, que propose la gauche LFI ? Oublions un instant les trois premières options. Officiellement, LFI est contre la discipline budgétaire (4) : c’est de l’austérité. Au contraire, le programme l’Avenir en commun prévoit d’aggraver nettement les déficits par des dépenses publiques massives dont je vous épargne la liste, disponible facilement sur internet. Bien sûr, les impôts seront augmentés pour les riches, mais comme c’est concentré sur une fraction de la population, ce n’est pas vraiment de l’austérité (du moins, pas pour 99% de la population). Cependant, les concepteurs du programme savent très bien, contrairement au militant de base vaguement crétin, que la France n’a pas assez de milliardaires à taxer pour financer le programme qu’ils prévoient. Même en prenant les hypothèses les plus généreuses, donc les plus farfelues (pas d’exil fiscal, le Conseil constitutionnel valide tout, la Commission européenne ne dit rien, les taux d’intérêt sur la dette ne bougent pas, la valeur des actions de LVMH reste stable…), on ne peut guère récupérer que quelques dizaines de milliards en taxant les riches, à moins que « riche » ne commence à 2000€/mois, auquel cas il ne leur restera plus beaucoup d’électeurs, mais ce n’est pas dans le projet : au contraire, Éric Coquerel explique partout que 4000€/mois pour un célibataire (environ le seuil du top 10%) est le chiffre en-deçà duquel les impôts baisseront.

Savoir si en taxant les « riches » on récupère 10, 20 ou 30 milliards à ce stade importe peu, tant qu’on a compris qu’on reste toujours très en-dessous de l’ordre de la centaine de milliards, quel que soit le degré de soviétisme qu’on a dans les veines, que le programme de LFI prévoit de dépenser bien davantage, et ce, alors que les dépenses de retraite (qui frôlent désormais les 400 milliards chaque année) vont augmenter, sans parler des dépenses de santé ou militaires, et que 100 milliards est justement, à peu près, le chiffre du seul déficit annuel, j’ai bien dit annuel : quand tu auras dépouillé Bernard Arnault de toute sa fortune et réduit LVMH à la valeur d’un bar de village, tu auras le même trou l’année suivante : c’est clair ? L’important est donc de reconnaître une chose que je me tue à répéter depuis des années (tiens, je vais même l’écrire en majuscule) : TAXER LES RICHES EST TRÈS BIEN MAIS NE SUFFIRA EN AUCUN CAS POUR FINANCER CE PROGRAMME. Je l’ai écrit et démontré ici un grand nombre de fois, la dernière en janvier (ici) ou sur la taxe Zucman en septembre 2025 (ici).

Croitre ou décroitre, telle est la question

Ce qui nous amène à la croissance (option 5, la préférée des économistes) sur laquelle LFI n’est pas très claire. D’un côté, le parti propose un programme de relance très keynésien version tonton Mitterrand de 1981 (qui avait échoué, alors que le contexte était beaucoup plus favorable) censé s’appuyer sur les « multiplicateurs » (qu’ils ne comprennent pas, mais passons), tout en ayant en interne un fort logiciel écologique hostile à la hausse du PIB : une des mesures de LFI prévoit ainsi de réduire le temps de travail et de produire moins. On comprend donc qu’il s’agit de gagner plus en travaillant moins, en faisant donc exploser les salaires horaires. Avec quel argent ? Apparemment celui des entreprises, qui disposent de marges brutes inépuisables, c’est bien connu, surtout quand on les aura essorés fiscalement et qu’on aura forcé la production à diminuer, tout en bloquant leurs prix. D’autre part, que vont faire des gens plus riches (puisque les salaires seront augmentés fortement, à commencer par le SMIC) avec plus de temps libre ? Apparemment pas consommer (c’est mal, ça détruit la planète), ni épargner (c’est mal, ça encourage la finance).

Au militant de base qui passerait par là : le salaire est le prix du travail. Décréter qu’on augmente les salaires et qu’on bloque les prix en même temps est une contradiction dans les termes mêmes. Un salaire est fait pour être dépensé, ce qui soutient la demande donc les prix : c’est un raisonnement accessible à un collégien. De la même façon, le prix n’est pas qu’une dépense pour le consommateur : c’est le revenu de l’entreprise… revenu qui lui permet notamment de payer les salaires. Bloquer les prix revient donc à bloquer (à terme) les salaires. LFI dispose pourtant d’intellectuels et même d’économistes, il me semble. La contradiction ne semble pas les effleurer.

Pour être honnête, la contradiction n’est pas spécialement propre à LFI même si le parti l’a poussé à son paroxysme, c’est un problème classique de la gauche aujourd’hui sensible à la question environnementale : critiquer (à juste titre) la croissance pour ses dégâts environnementaux tout en voulant augmenter le pouvoir d’achat sans emprunter davantage et sans faire s’effondrer le système productif, ce que seule la croissance permet ! C’est la quadrature du cercle. Le logiciel idéologique de LFI oscille donc constamment entre un programme qui prévoit officiellement une relance massive de la croissance économique par la dépense publique, et un discours qui considère l’objectif de la hausse du PIB comme dépassé, et qu’après tout il suffit de redistribuer ce qu’on a déjà (à ce sujet : le PIB est un flux et non un stock, ce discours n’a littéralement aucun sens).

Si on projette de n’envahir aucun pays, qu’on est critique sur la croissance, qu’on est contre la discipline budgétaire sauf pour une poignée de riches, que reste-t-il ? L’inflation ou le défaut.

Conclusion

Le programme de l’Avenir en Commun aboutit donc à une forte inflation (qu’on prétend empêcher), et très certainement en même temps un défaut partiel sur la dette (non assumé), ce qui ramène à l’austérité budgétaire pour tous (qu’on refuse), et ne peut se résoudre à la fin que par l’abandon de la plupart des mesures du programme ou la sortie de l’euro (c’est-à-dire l’inflation).

Il y aurait pourtant une autre solution. Si on veut conserver le modèle français sans s’aligner sur le néo-libéralisme américain ; si on pense que les dépenses fondamentales d’investissement public dans l’école, l’IA, le solaire, le nucléaire, les hôpitaux, la clim, les infrastructures publiques, la défense (rayez les mentions inutiles et ajoutez les vôtres) sont non seulement nécessaires mais doivent être renforcées, ce qui implique de résister à la tentation de l’austérité budgétaire ; si on préfère éviter 30% d’inflation annuelle (comme en 1918) ou d’écraser tous les Français d’impôts soviétiques ; si, enfin, on aimerait garder l’accès aux marchés financiers donc à la possibilité de s’endetter si besoin et qu’on sait, en outre, que la croissance économique, quoique nécessaire, ne se décrète pas et a ses propres limites, il reste une solution : la réorientation des dépenses publiques.

On peut très bien garder à peu près le même niveau de dépenses publiques et d’impôts (sauf pour les très riches, qu’on augmente, ce qui ne change pas les ordres de grandeur), en réorientant la dépense de la consommation vers l’investissement. Autrement dit, il faut investir plus d’argent public mais redistribuer moins. Moins d’argent public qui tombe sur ton compte chaque mois mais une compensation en nature : de meilleurs services publics, de meilleures infrastructures, un meilleur service rendu par l’État de manière générale. Un Etat qui se recentre sur ce pour quoi il a été créé : non pas pour organiser le transfert massif de 60% de la richesse nationale des uns vers les autres au prix d’une administration kafkaïenne et de règles absurdes (essayez de calculer une prime d’activité, pour voir) mais pour assurer avec efficacité ses missions régaliennes du présent tout en protégeant la population des crises futures.

Si l’université publique est bien dotée et efficace, si le bâti scolaire est entretenu et développé, s’il n’y a pas 32 élèves par classe en moyenne au lycée, si l’armée française est à jour des dernières technologies qui assurent notre souveraineté, si tu n’attends pas 8h aux urgences ou trois mois pour une place en crèche municipale, si tes médicaments sont mieux remboursés, les enseignants de tes enfants mieux formés et payés, que l’Etat réduit ta dépendance énergétique et industrielle aux Américains ou aux pays du Golfe, que la police ne refuse pas tes plaintes, oui, tu peux avoir moins d’APL, moins de retraite, moins d’allocations familiales, et même beaucoup moins en vérité, tout en assurant un niveau de vie minimal aux plus pauvres, ça va de soi. Parce qu’en plus d’assurer l’avenir, l’Etat t’évite des dépenses privées inutiles que les Américains, avec leurs salaires doubles des nôtres, connaissent très bien.

Le vrai « Avenir en commun » ce n’est pas d’augmenter encore la redistribution dans le pays le plus socialiste au monde (enfin, parmi les pays développés, je mets de côté le Venezuela et la Corée du Nord) : c’est que l’Etat finance nos biens véritablement communs au lieu de cette gigantesque machine à prendre et redonner du cash qu’il est devenu.

Le contrôle des prix ne fonctionne (toujours) pas

En septembre 1793, la Convention décide de voter une loi qui bloque les prix de 39 articles de première nécessité. La loi est censée empêcher les pénuries et freiner l’inflation dans un contexte de crise économique sévère : guerres révolutionnaires en Europe, guerre civile en France (on est en pleine Terreur), explosion de la dette publique française, inflation colossale. D’après la loi, toute personne vendant ou achetant au-delà du maximum pouvait être frappée d’une amende et son nom inscrit sur la liste des suspects.

La loi n’atteignit aucun des objectifs annoncés, tant s’en faut : avec des prix maxima parfois en-deçà du seuil de rentabilité, les paysans préféraient cacher leurs grains ou limiter leur production plutôt que de vendre à perte. Le marché noir explosa, les conflits sociaux entre ville et campagne s’accentuèrent, l’inflation continua d’augmenter, la pénurie s’aggrava. La loi fut abandonnée un an après avec la chute de Robespierre et la victoire des Montagnards en décembre 1794.

C’est une leçon (quasi) éternelle de l’histoire économique : le plafonnement des prix est une fausse bonne idée. Nul besoin d’être un expert pour en comprendre la raison principale : bloquer les prix soigne le symptôme au lieu de traiter des causes. Pour paraphraser Friedman, l’inflation est toujours et partout un problème d’offre inférieure à la demande. Bloquer les prix ne peut être justifié que temporairement, de manière très ciblée, et dans un contexte grave. La plupart du temps, cela ne fonctionne pas du tout, tout en provoquant des effets secondaires souvent bien pires que le mal initial.

Essayons d’en établir une liste :

1) Quand on bloque les prix, on limite la rentabilité des producteurs.

Or, ils ne choisissent pas les prix de leurs fournisseurs, surtout s’ils importent l’essentiel : une loi de blocage des prix n’a aucun effet sur les prix des produits étrangers. Donc, leur rentabilité s’effondre rapidement au point de ne plus rien gagner du tout. C’est particulièrement vrai si l’entreprise est de petite taille (ce qui limite sa capacité à absorber longtemps une chute de sa marge) et si elle est dans un secteur très concurrentiel (car son taux de marge est déjà faible). Ainsi sur l’essence, les distributeurs gagnent en moyenne 1 à 2 centimes par litre −je parle ici du bénéfice net, le seul chiffre qui compte− un peu plus sur l’autoroute, mais c’est dérisoire. Ce qui fait le prix d’un litre, c’est essentiellement les taxes (60%) et le prix du pétrole raffiné lui-même (30-35%). Les distributeurs utilisent le carburant comme un produit d’appel sur lequel ils gagnent très peu : c’est logique puisque le marché est très concurrentiel. Si un commerçant s’avise de vendre plus cher que le marché un produit identique, il n’aura aucun client.

2) Les producteurs ont donc intérêt à réduire leur production

Pourquoi travailler gratuitement voire à perte, surtout quand c’est imposé par le gouvernement ? On se souvient qu’au début de la crise sanitaire, le gouvernement français avait tenter de plafonner les prix du gel hydroalcoolique : résultat, les pharmacies étaient légalement tenues de vendre 5€ des flacons qu’elles achetaient 7,5€. Résultat ? Ils restaient dans les cartons, provoquant une pénurie que la loi était censée éviter !

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3) Bloquer les prix soutient la demande, donc ralentit le retour à l’équilibre

Tout le monde sait très bien que des prix du carburant bloqués provoquent une ruée des automobilistes sur les stations pour en profiter avant qu’il soit trop tard, aggravant la pénurie. C’est déjà le cas pour les stations Total qui a décidé de puiser dans sa marge −contrairement aux distributeurs indépendants, Total est un raffineur en plus d’être une multinationale et peut donc se le permettre− pour offrir une ristourne aux automobilistes dans ses stations. Résultat : des heures de queue devant les stations Total.

On peut très facilement imaginer une situation où des clients achètent de grandes quantités de produits à prix bloqués pour les revendre plus cher : c’est ce qui se produit toujours lorsqu’une économie est sous prix administrés, et ça s’appelle le marché noir.

4) En soutenant la demande, le blocage des prix décourage les consommateurs de s’adapter à des prix plus élevés, c’est-à-dire de consommer un peu moins.

Dans le cas qui nous occupe en roulant moins, en prenant les transports en commun, en investissant dans une voiture électrique. Le blocage des prix de l’essence est non seulement une subvention à la pollution mais aussi retarde la transition énergétique. Donald Trump vient de relancer comme jamais l’intérêt pour les véhicules électriques, bloquer les prix provoquerait l’effet inverse.

5) Le blocage des prix a des effets inégalitaires

Agissant comme une subvention pour tous les consommateurs, même les riches, il n’est pas du tout ciblé. Dans le cas de l’essence, il favorise donc les gros rouleurs et ceux avec les véhicules les plus énergivores. Un cadre dans la finance qui roule en Porsche en bénéficie autant qu’une auxiliaire de vie au SMIC. S’il est financé par de l’argent public (lorsque l’Etat compense la perte aux distributeurs), cela revient donc à subventionner les émissions de CO2 des gros rouleurs.

6) L’essentiel du pétrole et du gaz étant importé…

Le plafonnement des prix revient à subventionner avec l’argent des contribuables les exportations du Qatar, de l’Arabie saoudite, de l’Algérie ou des Etats-Unis. Il me semble qu’il existe de meilleures utilisations de l’argent public.

Alors, que faire ?

Répétons que la hausse des prix est le symptôme d’un déséquilibre entre offre et demande. Le cas du logement, quoique différent du marché de l’énergie, peut s’analyser avec la même logique. Si les prix des loyers des grandes métropoles sont si élevés, c’est que l’offre y est restreinte pour des raisons réglementaires (construire est cher, car il faut respecter un nombre incalculable de réglementations), alors que la demande est toujours dynamique d’autant qu’elle est subventionnée par le système des APL. C’est particulièrement vrai à Paris où, en plus, la place disponible pour construire manque. Il existe une abondante littérature économique sur le thème du logement qui confirme que le blocage des prix ne traite que le symptôme avec une efficacité limitée, et tout un tas d’effets secondaires : baisse de la mobilité résidentielle (une fois installés dans un logement à loyer réglementé, les locataires n’ont aucune incitation à le quitter même s’ils l’utilisent peu, ce qui ralentit la rotation des logements et freine l’ajustement entre offre et demande), restriction de l’offre (les propriétaires sont incités à vendre leur logement ou à le louer en AirBnB), dégradation de la qualité des logements (la baisse de la rentabilité locative décourageant d’y investir).

Traiter le problème des prix élevés consiste avant tout à trouver un moyen d’augmenter l’offre ou de limiter la demande. Or, laisser les prix augmenter permet justement de favoriser cet objectif, même partiellement : la hausse des prix encourage les producteurs à produire davantage et les consommateurs à se limiter, ce qui limite les pénuries et favorise le retour à des prix plus bas.

Bien sûr l’ajustement peut être long et imparfait, surtout pour un produit aussi peu substituable que le pétrole : on n’achète pas une voiture électrique d’un claquement de doigt et le pétrole étant importé, l’offre est surtout dépendante du contexte géopolitique. Cela pousse alors pour des mesures de soutien ciblés plutôt qu’un plafonnement général, en particulier pour les transporteurs (comme le dit souvent Jancovici, « les marchandises n’ont pas de jambes ») ou les professionnels aux revenus modestes qui doivent constamment se déplacer. En revanche, je ne vois pas pourquoi il faudrait soutenir tous ceux qui sont dépendants de leur voiture pour les trajets domicile-travail : choisir de vivre loin de son lieu de travail et de tous les transports en commun et autres vélos électriques pour profiter d’un m2 moins cher, d’un jardin plus grand, d’une pièce en plus, se fait nécessairement au détriment des frais de transport. Le fisc français n’accepte d’ailleurs plus la déduction fiscale des frais réels pour le simple motif qu’on vit loin de son lieu de travail. On ne peut pas avoir le beurre (un logement plus grand au même prix), l’argent du beurre (des frais de transport faibles) et le sourire de la crémière (des subventions de l’Etat pour se déplacer).

Note de lecture : Pourquoi les nations échouent, par Acemoglu et Robinson

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Pourquoi les Nations échouent est un livre étonnant. Je commencerai immédiatement par le principal défaut, qui est sa longueur : plus de 650 pages dans l’édition de poche que j’ai lu, c’est bien trop pour un livre qui pouvait s’écrire en 300 ou moins. Je n’apprécie guère cette tendance à l’inflation des pages dans les essais : si on ne sait pas résumer rigoureusement une thèse dans un livre grand public en quelques centaines de pages, alors mieux vaut s’en tenir à la recherche.

Pour autant c’est un très bon livre, écrit par des économistes, donc profondément économique dans son approche tout en étant extrêmement historique. Il s’agit rien de moins que répondre à la question qui fait le titre : pourquoi certains pays sont riches et d’autres non, une question aussi vieille que l’économie, une question qui a fondé l’économie. D’une certaine façon, Pourquoi les nations échouent est une version actualisée du célèbre Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations (qui était lui-même très long).

Le paradoxe de l’ouvrage d’Acemoglu et Robinson se trouve dans une thèse centrale extrêmement simple à comprendre, même pour un néophyte, et un volume absolument abyssal de sources et d’archives mobilisées pour l’appuyer : plus de 50 pages de sources, 15 ans de recherches aux dires des auteurs. On passe donc en revue, liste non exhaustive, l’essor économique et le déclin de Venise, de l’empire romain, des cités incas et mayas, des royaumes éthiopiens, la colonisation comparée de l’Amérique du Sud par les Espagnols et du Nord par les Anglais, le rôle de la peste noire dans le basculement économique de l’Europe médiévale, les discussions sur le servage et l’esclavage, le rôle de la colonisation néerlandaise dans le retard économique de l’Asie pacifique, la révolution Meiji japonaise, le retard et le rattrapage chinois, les empires russes et autrichiens, le développement comparé des deux Corées et du Mexique, et des Etats-Unis, la Glorieuse révolution, j’en passe.

Tout cela pour venir appuyer une thèse fort simple : le développement économique ne peut être durable que s’il s’appuie sur des institutions économiques et politiques inclusives, entendu au sens de « qui favorise l’accès du plus grand nombre à l’économie de marché et protège les droits de propriété des citoyens », en un mot, qui accepte la destruction créatrice donc l’innovation susceptible de détruire les rentes. A l’inverse, les institutions sont dites « extractives » lorsque le pouvoir économique et politique est concentré entre les mains d’une petite élite, ce qui peut produire une croissance durant un certain temps, mais pas durablement, car il n’y a pas de destruction créatrice.

Le livre en profite pour réfuter point par point un certain nombre d’idées qui circulent encore parfois : les pays pauvres sont pauvres parce qu’ils ont un mauvais climat, ou parce que c’est dans leur culture, parce qu’ils sont réticents à l’innovation ou parce que leurs dirigeants sont ignorants des bonnes pratiques économiques.

Paradoxalement (ou peut être pas), tout en expliquant clairement les origines des différences de richesses dans un nombre incalculable de contextes, les auteurs sont (relativement) pessimistes et ne fournissent aucune solution clef en main : en effet, ils montrent que le passage d’une société extractive à une société inclusive est un processus lent qui peut prendre plusieurs siècles, qui se produit souvent par petites accumulations successives lors de « moments critiques », et plus déprimant, qui est parfaitement réversible.

Redresser les comptes publics — et vite.

Je termine de lire la (très longue) note technique de Guillaume Hazenno, l’un des meilleurs spécialistes des finances publiques en France. Je me permets d’en faire ici un commentaire détaillé.

1. Les faits sont connus

La France cumule une dette importante (cinquième de l’OCDE), des marges de manœuvres budgétaires faibles (premier taux de prélèvements obligatoires), des dépenses publiques structurellement élevées (encore la première place), et des déficits qui crèvent le plafond depuis quelques années.

2. Pourquoi réduire les déficits ?

Les économistes savent et répètent que l’Etat n’étant pas mortel, le stock de dette n’a pas une grande importance tant qu’il peut faire « rouler sa dette », c’est-à-dire emprunter pour payer ses emprunts. Il faut néanmoins payer les intérêts rubis sur l’ongle pour que les « marchés financiers » —entité abstraite en réalité composé de retraités, d’entreprises, de banques, de ménages du monde entier, France comprise— continuent de prêter, c’est-à-dire de placer leur épargne dans des obligations de l’Etat français, essentiellement des OAT à dix ans.

3. Or le coût de notre dette publique va bientôt s’envoler.

D’une part, parce que les OAT placés par l’agence de l’Etat France Trésor à des taux faibles (~1%) arrivent à échéance et vont être progressivement remplacés par des OAT aux taux actuels, autour de 3% fourchette basse. La charge de la dette dépassera bientôt les dépenses d’éducation pour devenir le premier poste budgétaire de l’Etat : Hannezo la chiffre à 75 milliards/an dès 2027 ! Le régime d’inflation faible entraîné pendant des années (2009-2022) par les politiques de « quantitative easing » de la BCE a aussi pris fin, ce qui augmente nettement le coût réel des dettes publiques.

4. Les marchés sanctionnent d’ailleurs déjà la France

…qui emprunte à des taux égaux à ceux de l’Italie et plus élevés que ceux de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne… pays que la planète finance qualifiait naguère de pays du « club Med » ! Quant à l’écart (spread) avec le pays de référence, l’Allemagne, il a doublé depuis que Macron a pris le pouvoir.

5. Entre le catastrophisme et le rassurisme, il y a une position équilibrée.

La France est un grand pays développé membre de l’euro, avec une administration fiscale centralisée, informatisée, très capable de collecter l’impôt, et un taux d’activité informel beaucoup plus bas que les pays du sud de l’Europe : il faudrait que la situation soit critique pour que tout s’emballe. N’allons pas pour autant imaginer que la BCE nous protègera de tout et surtout sans contreparties. Cela reviendrait à penser que les Européens sont des vaches à lait qui vont gentiment payer pour les dépenses sociales des Français sans rien exiger en échange. Même largement aidés, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, sans parler de la Grèce, ont dû faire de lourds sacrifices pour surmonter l’austérité des années 2010. Hannezo rappelle que dans le cas de la Grèce, 30% du pouvoir d’achat fût sacrifié en 5 ans, ce qui effaça la totalité des progrès accomplis en une génération. Il faut bien l’orgueil français pour croire que cela ne peut pas nous arriver, surtout si 2027 voit Jordan Bardella prendre le pouvoir : eurosceptique d’une main et quémandant l’aide des Européens de l’autre, autant dire qu’il sera fraichement reçu à Bruxelles et à Francfort. 

La France n’est ni l’Argentine ni la Grèce, mais elle n’est pas non plus l’Allemagne —laquelle a fait également de lourds sacrifices économiques pour payer sa réunification— encore moins les Etats-Unis. Personne ne peut dire avec certitude si et quand la situation deviendra incontrôlable. Mais personne ne peut prendre le risque qu’elle le devienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle malgré des comptes publics objectivement catastrophiques, la situation sur les marchés semble encore « raisonnable » : 3.5% est un taux qui ferait pâlir d’envie de nombreux pays du Sud global. C’est qu’en dehors de quelques fonds spéculatifs, personne n’a intérêt à voir la septième économie mondiale faire défaut sur sa dette, surtout pas ses prêteurs. Comme dit l’adage : quand vous devez 100€ à votre banquier, c’est votre problème, mais quand vous lui devez 100 milliards, c’est son problème.

6- Donc, la France va devoir réduire son déficit public assez vite et trouver au minimum 100 milliards d’économie en quelques années.

Ce chiffre ne sort pas du chapeau : il s’agit d’après Hannezo de l’estimation minimale qui, en tenant compte de la progressions des taux d’intérêts, de l’augmentation des besoins (population qui vieillit, dépenses militaires, transition écologique,…), permettrait non pas de réduire la dette publique, ni même de la stabiliser en valeur nominale, mais simplement d’éviter qu’elle ne progresse tendanciellement plus que la croissance, entrainant dans son sillage une envolée en spirale de la charge d’intérêts —le fameux effet « boule de neige ». Et ce, à supposer qu’aucune crise majeure de type pandémie ou guerre de haute intensité ne vienne encore mettre à l’épreuve les comptes de l’Etat. D’après Hannezo, sous des hypothèses moyennes il faudrait trouver presque 150 milliards en six ans. Un effort colossal, presque impossible.

7. Comprendre les causes est plus important que chercher des responsables.

Du reste, le dernier budget excédentaire français remonte à 1974 : autant dire qu’on peut remonter loin. On n’accumule pas 3300 milliards de dette le temps d’un quinquennat. Surtout, comme cela avait déjà été montré pour le cas américain —le déficit américain ayant triplé sous la présidence de Ronald Reagan— il n’y a guère de lien entre couleur politique du gouvernement et déficits publics. Si la gauche est traditionnellement associée aux dépenses sociales incontrôlées, elle a aussi tendance à augmenter les impôts, ce qui compense l’impact des dépenses sur les déficits. A l’inverse, la droite qui fait vertu de rigueur peut se montrer très dépensière lorsqu’il s’agit de dépenses de sécurité et de défense, et aggrave souvent les déficits par des baisses d’impôts générales.

Quant au dernier arrivé, il porte bien entendu la plus lourde responsabilité. S’il n’a pas créé la dette française, ni les tendances de fond qui l’entretiennent, Hannezo démontre chiffres à l’appui que Macron a fait déraper les comptes publics dans des proportions jamais vues sous la Vème République, même quand on retire l’effet de la crise sanitaire. Pour l’essentiel, cela tient à un grand nombre de réductions d’impôts non financées, à commencer par la suppression de la taxe d’habitation qui coûte à elle seule 20 milliards par an aux finances publiques (et que personne ne demandait !), à quoi s’ajoutent de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises qui se chiffrent en dizaines de milliards. Les dépenses n’ont pas été en reste avec une hausse très importante des dépenses militaires dans le contexte que l’on sait, le « Ségur de la santé » pour environ 11 milliards, 25 milliards pour les aides à l’apprentissage, et ainsi de suite. À la fin, la progression de la dette sous Macron se situe dans un ordre de grandeur de 1000 milliards d’euros, c’est-à-dire, fin 2025, à dix-huit mois de la remise des clefs par le locataire de l’Elysée, d’un montant supérieur à celui des quinquennats cumulés de Sarkozy et Hollande.

L’interprétation politique de Hannezo est qu’après les Gilets Jaunes et une politique de l’offre tous azimuts, Macron n’a pas eu le courage d’installer les hausses d’impôts compensatoires qui étaient prévues dans son programme, notamment d’augmenter la CSG, car cela touchait au seul électorat qui lui restait et qui l’a réélu en 2022 : les retraités. Le covid et la guerre en Ukraine ont accentué un « quoi qu’il en coûte » qui, contrairement aux autres pays développés, s’est prolongé après la pandémie.

N’ajoutons rien à tout ce qui a été dit sur le désastre politico-économique de la dissolution. Bref, le « Mozart de la finance » restera comme le pire gestionnaire des comptes publics de la Vème République. Selon Hannezo, le creusement du déficit des deux quinquennats représente en % du PIB plusieurs fois celui de la fameuse relance de Mitterrand de 1981 !

8. Là où ça devient franchement déprimant, c’est que les alternatives à Macron sont fort médiocres.

A droite, deux idées dominent : « lutter contre l’assistanat » et « réduire le train de vie de l’Etat ». A supposer qu’on soit à l’aise avec l’idée de s’attaquer aux plus fragiles, par exemple en taxant les malades chroniques, en sabrant encore dans un régime d’indemnisation chômage déjà plusieurs fois raboté, en s’attaquant aux bénéficiaires des minimas sociaux qui, une fois au pain sec et à l’eau, retrouveraient miraculeusement un travail rémunérateur qu’on pourra taxer, en réduisant la politique familiale ; à supposer qu’on choisisse d’ignorer tous les effets de bord catastrophiques qu’auraient de telles politiques —explosion des inégalités, effondrement de la fluidité sur le marché du travail, freinage de la natalité— il y a peu d’argent à récupérer. Au mieux, quelques pourcents de l’effort nécessaire.

L’autre idée phare de la droite (« réduire le train de vie de l’Etat ») permet des économies encore plus dérisoires. Si par « train de vie » on parle de celui des politiciens, alors la mesure est de l’ordre du symbole : quelques dizaines de millions d’euros par an en mettant tout le monde au SMIC, à peine quelques jours de paiement des retraites. Si par « train de vie de l’Etat » on pense à des réductions du nombre de fonctionnaires, totem habituel de LR, les économies sont à peine plus significatives : moins de 800 millions d’euros par an durant le quinquennat Sarkozy pour la mesure « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ». Les raisons de cette absence d’effet majeur sont connues mais ce serait un peu long de développer ici. De plus ce genre de disposition générale dégrade généralement la qualité des services publics car l’Etat est incapable de cibler les « bons » fonctionnaires des « mauvais ».

Rien de ce qui précède ne signifie que des gains d’efficacité ne sont pas à faire dans la gestion des deniers publics : c’est l’évidence et j’en avais parlé ici. Mais cela dit prosaïquement que les gains à en attendre sont loin des ordres de grandeur évoqués au point 6, pour une raison simple : l’écart de dépenses publiques de la France par rapport à ses voisins provient très majoritairement de la redistribution monétaire, et non des services publics.

Quant à la gauche, sa proposition de taxer les riches (surtout les milliardaires) est bien plus consensuelle dans la société française. Mais, même en étant radical, Hannezo montre que, dans les hypothèses les plus favorables —et donc les moins probables— la taxation des riches ne permettra de faire qu’environ un tiers de l’effort.

9. L’Etat devra donc reprendre du pouvoir d’achat aux Français  ordinaires

…car c’est bien de cela qu’il s’agit quand on parle de réduction des déficits. Que cela passe par une baisse des dépenses ou une hausse des impôts ne change que marginalement la répartition de l’effort mais pas le fond du problème : dans les deux cas, l’Etat reprend de l’argent.

Bien entendu, le rythme auquel le faire est un débat politico-économique, mais il faut néanmoins le faire. Or, personne n’en a envie parce que personne n’en a intérêt. Hannezo rappelle à juste titre qu’il est difficile de trouver un Français qui ne vit pas d’une manière ou d’une autre de la dépense publique. Cela va bien au-delà des fonctionnaires et des bénéficiaires directs de notre immense système de redistribution qui socialise chaque année 55% du PIB : « retraités, chômeurs, médecins, infirmiers, laboratoires médicaux, taxis transportant des malades, qui sont payés par le système de protection sociale ; bénéficiaires du logement social ou des aides aux logements, et leurs propriétaires, car sans ces aides ils n’auraient pas pu autant augmenter les loyers ; agriculteurs dont une part très significative du revenu vient des aides européennes et nationales ; et aussi avocats travaillant pour l’aide juridictionnelle, ou journalistes bénéficiant des aides à la presse, ou associations financées largement sur fonds publics ; et aussi, pour une très grande part de leurs revenus, souvent la majorité, les sociétés de bâtiment et de travaux publics, ou les sociétés privées – audit, informatique, conseil, commissariat aux comptes, facility management – pour la part de leur chiffre d’affaires réalisé avec des entités publiques ou des bénéficiaires des transferts. Tout cela fait beaucoup de monde ».

Il serait tentant de reprendre ici la formule du polémiste libéral Frédéric Bastiat, en 1848 : « L’Etat, cette grande fiction par laquelle tout le monde tente de vivre aux dépens de tout le monde ». Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : la redistribution est évidemment nécessaire et obtient des résultats. La France a toujours maintenu des inégalités stables et relativement basses, les patients Français ont un reste à charge parmi les plus bas du monde, tout comme notre taux de pauvreté, l’un des plus faibles de l’OCDE. Personne ne souhaite sérieusement imiter les Etats-Unis, où le système de santé est catastrophique et où les inégalités explosent depuis une trentaine d’années. On pourrait en revanche s’inspirer des pays qui font tout aussi bien —voire mieux— avec moins. L’Etat danois dépense quasiment 10 points de PIB en moins que la France, tout en ayant un taux de pauvreté nettement inférieur : 6,3% contre 8,5%. On peut en dire autant de la Norvège, de la Suède ou même de nos voisins belges. La France obtient donc des résultats, mais en regard des moyens investis, elle ne brille pas par son efficience.

Même en admettant que le montant de la dette n’est pas un problème, force est de constater que les masses d’argent empruntées depuis des décennies n’ont pas empêché notre PIB par habitant de reculer par rapport aux Néerlandais, aux Allemands, aux Danois ou aux Britanniques. À la 7ème place européenne des PIB/habitant dans les années 2000, nous sommes désormais 14èmes. Si on le mesure autrement, par exemple en calculant la part de la France dans l’économie de la zone euro, on obtient le même résultat : nous reculons.

10. On aura compris que 2027 s’annonce crucial.

Le prochain Président ou la prochaine Présidente devra non seulement engager l’effort en endossant dès le départ une forte impopularité, ce qui suppose d’avoir une majorité claire, mais en plus devra-t-il doser et répartir l’effort : en premier les milliardaires, bien sûr, sans quoi rien ne se fera ; les grandes entreprises, qui ont énormément bénéficié des années Macron et dont les surprofits sont anormalement hauts ; mais aussi les consommateurs : Hannezo estime que le taux de TVA français est anormalement bas par rapport à son niveau de dépenses publiques. Tous les pays européens sauf l’Allemagne ont des taux standards plus élevés, jusqu’à 25% pour le Danemark qui a des dépenses publiques comparables à la France.

Enfin et surtout faudra-t-il s’attaquer au poids extraordinairement élevé de nos dépenses de retraite, tabou politique exceptionnel en France. Citons encore l’expert :

« les retraites sont le premier poste de dépenses publiques ; la France s’endette de 3 à 4 points de PIB de plus que ses voisins pour cela – c’est l’écart de déficit – dont 2 à 3 viennent de ce qu’elle a choisi de verser des retraites assurant à leurs bénéficiaires un niveau de vie en moyenne égal ou supérieur (selon les conventions de calcul) à celui des actifs, et en moyenne supérieur à leurs besoins en dépenses, la meilleure preuve étant qu’ils en épargnent en moyenne une très forte part, plus que les actifs. Cette épargne, les retraités la placent dans des placements sûrs, notamment les emprunts d’État à travers l’assurance-vie. Comme ils continuent d’épargner même après 75 ans, cette sur-épargne moyenne, qui bien sûr est localisée sur la fraction la plus aisée de la population, vient chaque année arrondir leur héritage. La redistribution qui s’opère là est claire : à travers le déficit budgétaire tous les actifs de la génération suivante s’endettent pour un profit que recevront… les héritiers des classes bourgeoises. C’est une contre-redistribution organisée sur le long terme »

A nouveau, le prochain chef (ou cheffe) de l’Etat devra trouver un moyen de répartir l’effort, l’extraordinaire impopularité des dernières réformes tenant largement au fait de le porter exclusivement sur les actifs et via une seule mesure —la hausse de l’âge légal— alors qu’il en existe d’autres. D’autres pays l’ont fait et la France elle-même en a vu d’autres : l’auteur explore notamment le cas du plan de redressement de 1958 et du « tournant de la rigueur » de 1983. Mais plus on attend, plus sévère sera la potion.

Jugements personnels et faits scientifiques

Emmanuel Kant - Babelio

Les gens de gauche ont raison de se soucier de la véracité des faits. Oh, il existe aussi des gens de droite tout à fait respectables, et attachés à fonder leurs opinions. Mais enfin, ces dernières année, la gauche n’a engendré ni le trumpisme ni Cnews. Les complots électoraux imaginaires, les fantasmes de grand remplacement et le déni climatique n’ont pas émergé dans l’esprit malade de ténors de la gauche, ni n’ont été relayés par des médias de gauche.

De là, un sentiment (inavoué) de supériorité intellectuelle qu’on retrouve parfois (souvent ?) chez les personnes un peu à gauche, vaguement intellos, et qui ont l’habitude de fréquenter les réseaux. « Toutes les études montrent que » devient un genre de psalmodie politique propre à clouer le bec de tous les Pascal Praud des dîners de famille.

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France, 2025 : l’effarement.

J’ai rarement été aussi effaré d’un moment politique.

L’état socioéconomique du pays est préoccupant pour pratiquement tous les indicateurs qu’on peut mesurer. Dans l’OCDE, la France a la cinquième plus grosse dette publique, le premier taux de prélèvements obligatoires, le premier taux de dépenses publiques, et pourtant les services publics n’ont jamais semblé aussi peu dotés, les inégalités augmentent, le pouvoir d’achat est en berne, le taux de pauvreté a atteint en 2025 un niveau qu’on n’avait pas vu depuis 1996. L’Etat français dépense plus d’argent public que tout autre pays de l’OCDE mais ses institutrices gagnent toujours 20% de moins que ces mêmes pays.

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Pourquoi la taxe Zucman est une fausse bonne idée

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Une fausse bonne idée est une proposition qui pose un diagnostic correct sur une situation, mais en propose une solution inadaptée. J’avais utilisé l’expression dans mon article sur le SMIC à 1600€ (ici). Le diagnostic correct que le pouvoir d’achat des travailleurs au SMIC est trop faible doit passer par le soutien à la mobilité professionnelle des travailleurs ainsi que par des politiques de formation (les non-diplomés et les moins de 30 ans concentrent la quasi-totalité des salariés au SMIC), plutôt que par une augmentation administrative arbitraire qui créé bien plus de problèmes qu’elle n’en résout.

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Retour sur les aides publiques aux entreprises

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Depuis quelques temps s’est imposé dans le débat public le chiffre de « plus de 200 milliards d’aides publiques aux entreprises » (environ 6% du PIB). Le chiffre est désormais connu et très utilisé à gauche pour contredire tout effort de réduction des déficits qui porterait sur les dépenses, surtout sociales —comprenez allons chercher l’argent là où il est, pourquoi taper sur les ménages alors que les entreprises se gavent d’argent public ? J’avais déjà écrit longuement sur ce sujet il y a quelques années (ici). Plutôt que de faire une énième mise à jour de cet article, je vais tenter cette fois de synthétiser la question.

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Le vrai budget de l’Education nationale

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Le budget de l’Education nationale est de loin le premier budget de l’Etat : 85 milliards d’euros/an, au-dessus de la moyenne de l’OCDE en pourcentage du PIB. Comment expliquer que les profs se plaignent constamment d’un « manque de moyens » ? La réponse de ce décalage entre les moyens alloués et les résultats est toujours la même : les retraites, les retraites, les retraites.

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Les rythmes scolaires en France et en Europe

Le Monde publie une comparaison européenne particulièrement intéressante sur ce sujet hautement complexe des rythmes scolaires. Complexe, parce qu’on est à la croisée d’intérêts divergents

1. Les intérêts des élèves

Ils doivent disposer de vacances suffisamment fréquentes pour se reposer (et leurs enseignants, aussi…) mais pas trop longues en raison des pertes d’apprentissages massives, surtout durant l’été, ce que les anglo-saxons appellent le « summer loss ». Le problème du summer loss, c’est qu’il est un facteur aggravant des inégalités scolaires, à force d’être répété sur les nombreuses années d’une scolarité. Cela fait longtemps que les sociologues ont montré que dans les milieux les plus favorisés, l’éducation a toujours une visée scolaire implicite : elle doit éveiller l’intérêt intellectuel de l’enfant, susciter sa curiosité, l’ouvrir sur le monde, la culture et les arts, et finalement développer des talents et des compétences qui seront utiles aussi bien à l’école que dans la vie professionnelle. Ces milieux (et les enseignants en sont l’exemple le plus typique) valorisent donc les loisirs qui impliquent un effort : apprentissage d’un instrument de musique, jeux de réflexion, jeux d’échecs, lecture, randonnées… Le summer loss sera donc beaucoup plus limité. A l’inverse, les classes populaires considèrent souvent que l’enfance est un moment qui doit être protégé de la dureté du monde extérieur. Les jeux et les loisirs sont plus centrés sur le plaisir immédiat, avec moins de règles explicites. Ces familles se focalisent moins sur le développement de talents chez leur enfant, et considèrent que la satisfaction des besoins naturels élémentaires (sécurité matérielle et affective) suffira à les faire grandir et s’épanouir. Bien entendu, il y aussi une transmission culturelle, mais elle est plus éloignée de la culture du monde de l’école.

2. Les intérêts des communes

Dans le primaire, toute modification des rythmes scolaires a un impact direct sur leurs investissements en termes de périscolaires du type centre de loisirs ou crèches temporaires : recrutement, formation, voire construction de lieux d’accueil, qui sont très inégalement répartis sur le territoire. Ceci n’est pas anecdotique : c’est la raison principale pour laquelle la réforme des rythmes scolaires de Peillon, mise en œuvre par Najat Vallaud-Belkacem en 2014, fut un échec. L’idée étant d’alléger les journées en compensant par un retour systématique des cours en primaire le mercredi matin, pour éviter également cette perte d’apprentissage du mercredi, nombre d’études ayant montré son fort impact négatif dans les milieux populaires. Sauf que : la réforme n’a pas été accompagnée des financements nécessaires. Réformer sans payer, c’est impossible, et je dois à Alexandre Delaigue de l’avoir compris. On peut vouloir faire des économies ou réformer, mais pas les deux : pour réformer correctement, il faut mettre de l’argent sur la table. Résultat : les budgets des communes n’étant pas du tout égaux, un grand nombre n’avaient pas les moyens de financer des temps périscolaires de qualité. Elles se retrouvaient avec des enfants à gérer plus tôt dans l’après-midi, sans capacité d’accueil suffisante, avec un effet limité voire mauvais sur les apprentissages (il vaut mieux qu’ils soient avec leurs parents qu’à glander dans une cour bétonnée sans activité, vous voyez l’idée). Blanquer a enterré la réforme dès son arrivée au pouvoir et en 2018, 90% des communes étaient revenues à la semaine de 4 jours.

3. Les intérêts des parents

Ils travaillent le plus souvent. Cela découle logiquement du point précédent : sans avoir pensé l’accueil en amont, une modification des rythmes scolaires est un big-bang social qui ne peut que faire des mécontents et perturber le quotidien de millions de familles.

4. Les intérêts des professionnels du tourisme

Ils veulent bien sûr des vacances fréquentes et longues. Ce n’est sans doute pas le point majeur mais ce n’est pas non plus sans importance, étant donné le rôle économique du secteur. Des vacances moins longues ou moins fréquentes impactent aussi la densité et la fréquentation des lieux touristiques.

5. On mélange…et on compare

Quand on saisit la difficulté du problème, on comprend bien qu’il n’y a pas de recettes miracles et que partout en Europe les décideurs se posent les mêmes questions. L’Allemagne a été longtemps vantée pour son modèle de cours qui finissent à 15h voire à midi, mais est largement revenue dessus depuis ; l’Espagne a des vacances d’été encore plus longues qu’en France, mais il y a un vaste débat national sur le sujet. La France se caractériste par un modèle de vacances nombreuses et fréquentes puisqu’on est champion d’Europe avec 16,4 semaines en primaire, juste devant l’Italie (15,8), l’Allemagne étant en queue de peloton (9,6). La plupart de ces pays ont aussi des semaines de 5 jours de classe, contre 4 à 4,5 en France : ce qui fait que la France est le pays européen avec le moins de jours de cours par an ! 15% de moins que la moyenne de l’OCDE pour les semaines de 4,5 jours, 30% de moins pour ceux qui n’ont pas classe le mercredi.

Mais… les journées en France étant bien plus longues qu’ailleurs, elle est en deuxième position pour le nombre d’heures de cours annuelles, juste derrière l’Italie, 5 à 10% de plus que la moyenne de l’OCDE. Tout le monde a donc bien compris le problème du modèle français : peu de journées de cours, mais des journées harassantes.

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Est-ce qu’il faut réformer ? Probablement. Est-ce que ça va changer radicalement les résultats scolaires ? Probablement pas. La fin de l’article rappelle à raison que le nombre d’heures de cours est loin d’être le facteur le plus important (même si ça joue) dans les résultats scolaires. L’Italie a un score dans PISA proche de celui de la France (et même légèrement inférieur) alors que son modèle de rythmes scolaires est très différent. Les petits Français ont plus d’heures de mathématiques que la moyenne de l’OCDE, ce qui ne les empêche pas d’obtenir des résultats plus faibles, et en chute libre. En fait, la qualité des heures de cours est bien plus importante que la quantité, ce qui renvoie à la formation des enseignants, leur recrutement, la pédagogie, et surtout le nombre d’élèves par classe.

Un point peu médiatisé mais rappelé chaque année dans PISA à propos de la France : elle se caractérise à la fois comme l’un des pays avec le plus d’élèves par classe en moyenne, l’un des pays européens avec le plus de bruit et de bavardages dans les classes, et l’un des pays européens où les élèves se sentent les moins soutenus et encouragés par leurs enseignants. Chaque bord politique y trouvera probablement son compte.

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Note de lecture : Le Labyrinthe des égarés, l’Occident et ses adversaires, par Amin Maalouf

Le Labyrinthe des égarés: L'Occident et ses adversaires : Maalouf, Amin:  Amazon.fr: Livres

J’ai lu pratiquement tous les essais de Maalouf et quelques-uns de ses romans. J’en ai chroniqué certains ici, Les croisades vues par les Arabes étant le dernier en date (décembre 2023). Le Labyrinthe des égarés (sous-titré : l’Occident et ses adversaires), publié en 2023, est le dernier et à mon avis, l’un de ses meilleurs textes. J’y ai retrouvé ce qui m’avait marqué lors de la lecture, il y a 15 ans, du Dérèglement du monde (2009), et ce que j’aime en général chez Maalouf : une vaste culture générale et historique, une plume élégante au service d’une hauteur de vue exceptionnelle sur les grands enjeux du monde contemporain à partir des leçons du passé. Du reste, Amin Maalouf a parfaitement compris ce qu’est un essai : ni véritable travail d’historien scientifique, qui serait certainement plus rigoureux mais nettement plus rébarbatif, ni simple ouvrage d’opinion, ses livres sont de ceux qui se lisent presque comme des romans tout en offrant de larges perspectives de compréhension sur le monde actuel.

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Lobbying : la peur et l’envie

The Impact of Lobbying on Resource Allocation — GEMINI GROUP

Dans un pays bloqué par l’absence de budget, plus encore en France où presque tout se décide à Paris, on remarque plus que d’ordinaire les groupes sociaux se mobiliser pour leurs intérêts, c’est-à-dire essentiellement éviter des coupes budgétaires défavorables ou obtenir des avantages fiscaux. Mais tous n’ont pas le même pouvoir de pression sur les décideurs politiques, et c’est assez intéressant de se demander pourquoi. Sans faire dans la grande théorie politique, je résumerai cela en deux mots : la peur et l’envie.

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Réduire les inégalités et produire plus

Tout est dans le titre. Réduire les inégalités et produire plus : tels sont les deux enjeux économiques majeurs que n’importe quel gouvernement français devrait considérer en priorité.

La France est un pays peuplé de 68 millions d’habitants qui produisent chaque année 2800 milliards d’euros de richesse. D’autres richesses sont produites, mais elles ne sont pas évaluables en termes monétaires.

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