Dépenses publiques : où va l’argent ?

Dans une note de France Stratégie (ici) je tombe sur ces deux intéressants graphiques :

En matière de dépenses publiques, plutôt que l’éternel (et idiot) chiffre de « 57% du PIB » , il faut se poser la question non seulement du détail des postes de dépenses, mais aussi du ratio dépense/utilisation, ou coût/avantage. Dépenser plus est une chose ; si nous obtenons de meilleurs résultats dans tel ou tel domaine, personne ne s’en plaindra. La vraie question serait de dépenser plus pour obtenir de plus mauvais résultats.

Mesurer les résultats d’une dépense publique n’est pas facile, car cela peut se faire selon une multitude de critères plus ou moins pertinents. Pensons à l’Education nationale : on peut mesurer la performance de l’école française par divers classements (PISA est le plus connu, il y en a d’autres) : mais ces classements ont forcément des limites, impliquent des choix d’évaluation et de pondération des critères parfois arbitraires, etc. Ils ont leur utilité mais on ne peut pas réduire une politique publique à un ou deux indicateurs.

En revanche, il est intéressant de regarder les chiffres bruts en % du PIB en comparaison européenne, car cet indicateur étant strictement monétaire, il est plus objectif. Il ne s’agit donc pas de dire si l’école française est meilleure ou moins bonne que l’école suédoise mais de regarder si la France dépense plus ou moins que la Suède pour l’éducation.
Or donc : où va l’argent ?

En regardant les graphiques, on voit que la France dépense plus que la moyenne européenne dans les domaines suivants (par ordre décroissant) :

  • Retraite (+3,4 points, de loin le plus élevé) : il est de notoriété publique que nous avons un système de retraite généreux, dans le sens où les retraités sont protégés de toutes les fluctuations économiques conjoncturelles, et où le système de retraite atténue plutôt bien les inégalités de la vie active (en tout cas plus qu’ailleurs). Notre système est tout à fait défendable, mais j’estime aussi pour ma part que cela pose un problème d’équité intergénérationnelle : les retraites sont payés par les actifs, or les actifs surtout jeunes sont touchés de plein fouet par l’enchaînement des crises économiques. Dans un contexte de croissance faible et de chômage galopant, un rééquilibrage ne serait pas injuste : schématiquement, ce n’est pas au jeune smicard de payer le camping-car du retraité.
  • Subventions et aides à l’économie (+1,9 points) : la France subventionne notoirement plus l’économie que ses voisins. On trouve ici un très grand nombre de dispositifs, souvent peu connus, chacun ayant sa logique propre et une efficacité variable, que la note détaille : crédit impôt recherche (plus de 5 milliards d’euros), soutien aux énergies renouvelables (idem), aide aux logement, investissement dans les transports, crédits d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, contrats aidés…Si l’on intègre le CICE, à l’efficacité douteuse, le chiffre augmente.
  • Aides sociales, santé (+1 point) : la France dépense plus que la moyenne en aides sociales, avec un résultat plutôt intéressant si l’on mesure par exemple le taux de pauvreté : nous dépensons plus, certes, mais nous réduisons plus la pauvreté qu’ailleurs.

En ce qui concerne la santé, « La France se caractérise par des dépenses publiques liées aux services de santé marchande (médecine libérale, cliniques privées) et à l’achat et au remboursement de produits médicaux (appareils, médicaments) sensiblement plus élevées qu’ailleurs (+1,4 point), alors que ses dépenses hospitalières sont en retrait de 0,5 point par rapport à la moyenne ». En clair, voir du côté du remboursement de certains médicaments, des cures thermales, des VSL ou de l’homéopathie plutôt que du salaire des infirmières. Le reste à charge pour les patients en France est l’un des plus faibles au monde : c’est plutôt une bonne nouvelle, mais cela se paie.

  • Défense et sécurité : « Aucun pays de l’échantillon ne consacre une part plus importante de son PIB à la dépense militaire (1,8 point de PIB pour la France), à part le Royaume-Uni qui présente la caractéristique de disposer, comme la France, de l’arme nucléaire et d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies ».

Passons maintenant aux domaines où la France dépense sensiblement moins, c’est facile, il n’y en a qu’un : l’Education et la recherche. « À 4,9 points de PIB, les dépenses liées à l’éducation (hors dépenses annexes, comme la prise en charge des cantines, les transports scolaires, etc.) et à la recherche situent la France 2,7 points en dessous de la moyenne des pays nordiques, mais dans la moyenne des autres pays européens. Comparée à l’ensemble des pays, la France apparaît en retrait dans l’enseignement supérieur (0,3 point de PIB en moins) et les niveaux préélémentaires et élémentaires (0,5 point de PIB d’écart). En revanche, le coût de l’enseignement secondaire est nettement plus élevé (0,5 point). Par rapport aux pays nordiques, la France se distingue tout particulièrement par de plus faibles moyens consacrés à la petite enfance (garde des moins de trois ans, enseignement des trois à dix ans) et à l’enseignement supérieur ».

Conclusion

La note de France Stratégie se conclut sur divers points : ce sont clairement les retraites qui représentent le gros de la dépense publique et de l’écart par rapport aux autres pays européens. Ce sont aussi les retraites qui représentent la plus grande partie de la hausse des dernières années : « Leur dynamisme s’explique aisément par les évolutions démographiques : depuis 2009, le nombre de personnes de plus de 60 ans a augmenté de plus de 2 millions d’individus en France, alors que le nombre de 25-60 ans est resté quasiment stable. Dans le même temps, les règles de calcul et d’indexation des pensions ainsi que des effets de structure (liés aux caractéristiques des nouveaux retraités) ont conduit à ce que la pension moyenne, relativement au revenu d’activité moyen, augmente, passant de 50,1 % à 50,6 % du revenu d’activité moyen entre 2009 et 2016, d’après les chiffres du Conseil d’orientation des retraites (COR) ».

Les dépenses de santé augmentent, mais moins vite qu’avant, grâce à un certain nombre de facteurs structurels (réduction de la durée des hospitalisations via le progrès technique et la chirurgie ambulatoire) mais aussi politiques (médicaments génériques, déremboursements, etc.).

Enfin, les dépenses publiques augmentent fortement dans les collectivités locales.

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