Vingt-quatre mois de macronisme

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J’avais publié il y a un an un article où je critiquais Macron sur des détails tout en le soutenant sur l’essentiel, en particulier sur les réformes économiques. 24 mois après l’élection, si je devais réécrire un article j’en accentuerais la tonalité critique. Être déçu de quelqu’un pour qui on a voté est un peu un marronnier de la démocratie, mais il faut bien reconnaître que l’année 2018 a été riche en déceptions.

Des choix économiques franchement mauvais (privatisation d’ADP) et/ou totalement incohérents (réduire le budget des fédérations sportives tout en dépensant 10 milliards pour organiser les JO), des atteintes odieuses aux droits fondamentaux entre une loi sur les fake news ridicule et inapplicable et une loi sur les manifestations dangereuse et précipitée, une attitude à l’égard des violences policières qui confine au déni, notamment à cause de l’imbuvable Castaner, une politique migratoire très dure, un style toujours plus arrogant et au-dessus des lois, illustré par la-reconstruction-de-Notre-Dame-en-cinq-ans-parce-que-je-le-veux ou encore l’affaire Benalla, un « Grand Débat » en réalité complètement contrôlé par le gouvernement….j’ajouterai encore les questions environnementales sur lesquelles le gouvernement a démontré mois après mois qu’il n’en avait (quasiment) rien à carrer, et qu’on était sur du 90% de communication, 10% d’actions. Liste non exhaustive.

Je ne peux pas dire pour autant que je sois devenu anti-Macron. Déjà, j’ai l’esprit de contradiction, et quand je lis l’actualité ou que je me connecte sur les réseaux sociaux, je vois à peu près 90% de propos hostiles au gouvernement, voire franchement haineux (c’est l’effet Gilet Jaunes avec une petite dose de populisme salopard), ce qui m’incite à prendre le pied inverse. Il y a fort heureusement un grand nombre de critiques à faire sur les décisions de ce quinquennat depuis vingt-quatre mois. Mais quand les critiques sont franchement de mauvaise foi ou carrément odieuses, ma pente naturelle est de le défendre, quitte à forcer le trait. Parce qu’il y a une différence entre un débat d’idées et le tombereau de haine qui a déferlé (à gauche, à droite, un peu partout) sur le gouvernement et le Président ces derniers mois. 

D’ailleurs, si l’élection de 2017 avait lieu à nouveau, je referais les mêmes choix. Voter est souvent un choix par défaut : seuls les imbéciles peuvent s’abstenir parce que, même placés devant trente-quatre listes comme aux Européennes, rien ne convient parfaitement à leurs saintes convictions. Péguy avait déjà tout dit à leur sujet : « ils ont les mains pures, mais ils n’ont pas de mains ». De fait, en ce qui me concerne, aucun autre candidat social-démocrate ne me paraissait meilleur à l’époque. C’est toujours le cas. Fillon est parti, remplacé par un Wauquiez encore plus libéral et encore plus conservateur (en plus d’être arriviste), Le Pen est toujours aussi incompétente, nationaliste et xénophobe. Mélenchon a démontré dès le soir des élections qu’il n’était pas un démocrate : incapable d’admettre une défaite politique, puis soutien indéfectible des dictatures de gauche, tendance à se placer au-dessus des lois (« La République c’est moi »), multiples départs de cadres de LFI dénonçant un mouvement sectaire, sans même parler du programme économique. J’aurais pu voter Hamon, et c’est toujours le cas, s’il avait eu une ligne économique moins socialiste : quand on a deux cents idées pour répartir les richesses et les taxer, mais aucune pour en créer, c’est qu’il y a un problème. Mon positionnement politico-économique est qu’un programme économique devrait trouver un équilibre entre un capitalisme de marché concurrentiel (bien régulé) joint à un système fiscal beaucoup plus progressif dont le but est de réduire les inégalités. Je rejetterais tout autant le programme qui n’a que des baisses de dépenses publiques à promettre, ou pire encore, celui qui tombe dans la rhétorique insupportable de « l’assistanat » à la Wauquiez que celui qui nous explique qu’on va résoudre tous nos problèmes par une seule mesure : taxer les riches et augmenter les normes partout. J’aimerai vivre dans un pays où l’Etat est moins omniprésent dans tous les compartiments de la vie, sans renoncer à réduire les inégalités, et encore moins à la Sécurité sociale. On peut améliorer la vie des gens et surtout des plus pauvres, soutenir les droits des salariés, réduire les inégalités, sans pour autant empiler des usines à gaz législatives, multiplier les comités Théodule, avoir un système fiscal illisible et écrasant et mettre un fonctionnaire à chaque coin de rue.

Le problème, c’est que j’ai voté pour un social-démocrate libéral progressiste et que je me retrouve avec une ligne moins progressiste que prévu, avec des accents autoritaires inacceptables. Notre modèle, ce sont les pays scandinaves, pas les Etats-Unis d’Amérique. Sur les questions fiscales, je répéterai ce que j’avais écrit il y a douze mois : supprimer l’ISF n’était pas interdit étant donné les limites de cet impôt mais pas sans une vraie politique fiscale progressive. On en est loin, et ce n’est que sous le feu des Gilets Jaunes que Macron a pris quelques (bonnes) décisions, comme augmenter la prime d’activité, un excellent instrument de lutte contre la pauvreté laborieuse. Quelques aides sociales ont également été augmentées (l’AAH), des réformes progressistes ont été entreprises (l’alignement des congés maternité des indépendantes sur le régime salarié) mais est-ce de nature à compenser l’image en partie justifiée de Président des riches (suppression de l’ISF, de l’exit tax, flat tax, etc.) ? Est-ce de nature à compenser les déceptions sur la plus progressive des réformes promises, l’accès à l’assurance chômage après une démission ? Par crainte d’aggraver le déficit (alors qu’on s’en fout, du déficit, surtout quand on emprunte à 1%), la réforme ambitieuse initialement prévue à accouchée d’une usine à gaz inutile. Énorme déception.

Toute la question est de savoir si le pari du Président (réduire certains impôts sur les plus riches pour encourager l’investissement) va payer ou s’il ne sert qu’à enrichir une clique d’oligarques. Autant certains choix sont intéressants, autant d’autres ont un bilan coûts/avantages désastreux. Le cas du CICE est clair : transformer le crédit d’impôt de Hollande en réduction pérenne de cotisations jusqu’à 2,5 fois le SMIC est une très mauvaise idée quand le CAE vous explique qu’au-delà de 1,6 SMIC, ces mesures n’ont aucun effet sur l’emploi. On se retrouve avec un truc à plus de 20 milliards par an, qui génère d’énormes effets d’aubaines, qui consiste à redistribuer du profit aux plus grandes entreprises (certes, aux petites aussi…), et ce sans effet sur le chômage. Réduire les cotisations sociales a prouvé son efficacité en termes de création d’emplois (selon de multiples rapports, cf. par exemple Heyer et Plane, 2014), mais pas au-delà d’un certain seuil et d’un certain niveau. De plus ce sont des mesures qui ont des limites, à commencer par le coût pour la Sécurité sociale et le risque de compresser les salaires vers le bas. Inutile de les aggraver si c’est pour avoir 0 effet sur l’emploi.

Macron n’a pas tout raté : l’idée générale d’augmenter les taxes sur le carburant (en particulier le diesel) pour financer une réduction des taxes sur le travail est la bonne : tous les économistes disent qu’il nous faut une vraie taxe carbone et l’abandon du projet face au mouvement des Gilets Jaunes était une erreur. Mieux vaut une taxe qui pénalise une externalité négative (ici la pollution) qu’une taxe qui pénalise celui qui travaille. Des petites choses, mais essentielles, comme la réduction du coût du permis de conduire, vont aussi dans le bon sens. On peut encore ajouter quelque chose d’absolument central : la baisse du chômage. A l’heure où j’écris, on en est à 8,5% de la population active, un taux historiquement bas. C’est encore insuffisant, quand les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne ou l’Angleterre sont à moins de 4%. Pour moi, le taux de chômage sera un indicateur clé, dans l’avenir, de la réussite ou de l’échec du quinquennat Macron. C’était déjà le cas pour Hollande, mais lui n’avait réussi qu’à l’augmenter jusqu’au niveau historique de 10,4% (2015) avant de connaître un léger reflux la dernière année du quinquennat qui n’avait abouti qu’à retourner aux environs du niveau de 2012.

Je ne peux pas faire l’analyse détaillée de toutes les réformes économiques, sans parler des sujets franchement compliqués sur lesquels je n’ai aucune compétence (le droit de l’immigration, par exemple), même s’il n’est nul besoin d’être un expert pour trouver affligeant que la France n’ait pas accueilli l’Aquarius en septembre 2018 (tout en faisant la leçon à l’Italie qui avait la même politique). Au final, j’aurais souhaité une ligne plus sociale, plus écologique, plus humaniste, plus au centre-gauche qu’au centre-droit ou qu’à droite. Et un Président moins arrogant. Je sais que je ne l’aurais pas, et en 2022, je ferais comme toujours, un choix par élimination en fonction des alternatives que la démocratie me proposera.

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