Redresser les comptes publics — et vite.

Je termine de lire la (très longue) note technique de Guillaume Hazenno, l’un des meilleurs spécialistes des finances publiques en France. Je me permets d’en faire ici un commentaire détaillé.

1-Les faits sont connus : la France cumule une dette importante (cinquième de l’OCDE), des marges de manœuvres budgétaires faibles (premier taux de prélèvements obligatoires), des dépenses publiques structurellement élevées (encore la première place), et des déficits qui crèvent le plafond depuis quelques années.

2- Pourquoi réduire les déficits ? Les économistes savent et répètent que l’Etat n’étant pas mortel, le stock de dette n’a pas une grande importance tant qu’il peut faire « rouler sa dette », c’est-à-dire emprunter pour payer ses emprunts. Il faut néanmoins payer les intérêts rubis sur l’ongle pour que les « marchés financiers » —entité abstraite en réalité composé de retraités, d’entreprises, de banques, de ménages du monde entier, France comprise— continuent de prêter, c’est-à-dire de placer leur épargne dans des obligations de l’Etat français, essentiellement des OAT à dix ans.

3-Or le coût de notre dette publique va bientôt s’envoler. D’une part, parce que les OAT placés par l’agence de l’Etat France Trésor à des taux faibles (~1%) arrivent à échéance et vont être progressivement remplacés par des OAT aux taux actuels, autour de 3% fourchette basse. La charge de la dette dépassera bientôt les dépenses d’éducation pour devenir le premier poste budgétaire de l’Etat : Hannezo la chiffre à 75 milliards/an dès 2027 ! Le régime d’inflation faible entraîne pendant des années (2009-2022) par les politiques de « quantitative easing », (rachats de titres financiers sur les marchés secondaires par les banques centrales européennes et américaine) a aussi pris fin, ce qui augmente nettement le coût réel des dettes publiques.

4-Les marchés sanctionnent d’ailleurs déjà la France, qui emprunte à des taux égaux à ceux de l’Italie et plus élevés que ceux de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne… pays que la planète finance qualifiait naguère de pays du « club Med » ! Quant à l’écart (« spread ») avec le pays de référence, l’Allemagne, il a doublé depuis que Macron a pris le pouvoir.

5-Entre le catastrophisme et le rassurisme, il y a une position équilibrée. La France est un grand pays développé membre de l’euro, avec une administration fiscale centralisée, informatisée, très capable de collecter l’impôt, et un taux d’activité informel beaucoup plus bas que les pays du sud de l’Europe : il faudrait que la situation soit critique pour que tout s’emballe. N’allons pas pour autant imaginer que la BCE nous protègera de tout, et surtout, protégera sans contreparties. Cela reviendrait à penser que les Européens sont des vaches à lait qui vont gentiment payer pour les dépenses sociales des Français sans rien exiger en échange. Même largement aidés, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, sans parler de la Grèce, ont dû faire de lourds sacrifices pour surmonter l’austérité des années 2010. Hannezo rappelle que dans le cas de la Grèce, 30% du pouvoir d’achat fût sacrifié en 5 ans, ce qui effaça la totalité des progrès accomplis en une génération. Il faut bien l’orgueil français pour croire que cela ne peut pas nous arriver, surtout si 2027 voit Jordan Bardella prendre le pouvoir : eurosceptique d’une main et quémandant l’aide des Européens de l’autre, autant dire qu’il sera fraichement reçu à Bruxelles et à Francfort. 

La France n’est ni l’Argentine ni la Grèce, mais elle n’est pas non plus l’Allemagne —laquelle a fait également de lourds sacrifices économiques pour payer sa réunification— encore moins les Etats-Unis. Personne ne peut dire avec certitude si et quand la situation deviendra incontrôlable. Mais personne ne peut prendre le risque qu’elle le devienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle malgré des comptes publics objectivement catastrophiques, la situation sur les marchés semble encore « raisonnable » : 3.5% est un taux qui ferait pâlir d’envie de nombreux pays du Sud global. C’est qu’en dehors de quelques fonds spéculatifs minoritaires, personne n’a intérêt à voir la septième économie mondiale faire défaut sur sa dette, surtout pas ses prêteurs. Comme dit l’adage : quand vous devez 100€ à votre banquier, c’est votre problème, mais quand vous lui devez 100 milliards, c’est son problème.

6- Donc, la France va devoir réduire son déficit public assez vite et trouver au minimum 100 milliards d’économie en quelques années. Ce chiffre ne sort pas du chapeau : il s’agit d’après Hannezo de l’estimation minimale qui, en tenant compte de la progressions des taux d’intérêts, de l’augmentation des besoins (population qui vieillit, dépenses militaires, transition écologique,…), permettrait non pas de réduire la dette publique, ni même de la stabiliser en valeur nominale, mais simplement d’éviter qu’elle ne progresse tendanciellement plus que la croissance, entrainant dans son sillage une envolée en spirale de la charge d’intérêts —le fameux effet « boule de neige ». Et ce, à supposer qu’aucune crise majeure de type pandémie ou guerre de haute intensité ne vienne encore mettre à l’épreuve les comptes de l’Etat. D’après Hannezo, sous des hypothèses moyennes il faudrait trouver presque 150 milliards en six ans. Un effort colossal, presque impossible.

7- Comprendre les causes est plus important que chercher des responsables. Du reste, le dernier budget excédentaire français remonte à 1974 : autant dire qu’on peut remonter loin. On n’accumule pas 3300 milliards de dette le temps d’un quinquennat. Surtout, comme cela avait déjà été montré pour le cas américain —le déficit américain ayant triplé sous la présidence de Ronald Reagan— il n’y a guère de lien entre couleur politique du gouvernement et déficits publics. Si la gauche est traditionnellement associée aux dépenses sociales incontrôlées, elle a aussi tendance à augmenter les impôts, ce qui compense l’impact des dépenses sur les déficits. A l’inverse, la droite qui fait vertu de rigueur peut se montrer très dépensière lorsqu’il s’agit de dépenses de sécurité et de défense, et aggrave souvent les déficits par des baisses d’impôts générales.

Quant au dernier arrivé, il porte bien entendu la plus lourde responsabilité. S’il n’a pas créé la dette française, ni les tendances de fond qui l’entretiennent, Hannezo démontre chiffres à l’appui qu’il a fait déraper les comptes publics dans des proportions jamais vues sous la Vème République, même quand on retire l’effet covid. Pour l’essentiel, cela tient à un grand nombre de réductions d’impôts non financées, à commencer par la suppression de la taxe d’habitation qui coûte à elle seule 20 milliards par an aux finances publiques (et que personne ne demandait !), à quoi s’ajoutent de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises qui se chiffrent en dizaines de milliards. Les dépenses n’ont pas été en reste avec une hausse très importante des dépenses militaires dans le contexte que l’on sait, le « Ségur de la santé » pour environ 11 milliards, 25 milliards pour les aides à l’apprentissage, et ainsi de suite. À la fin, la progression de la dette sous Macron se situe dans un ordre de grandeur de 1000 milliards d’euros, c’est-à-dire, fin 2025, à dix-huit mois de la remise des clefs par le locataire de l’Elysée, d’un montant (légèrement) supérieur à celui des quinquennats cumulés de Sarkozy et Hollande.

L’interprétation politique de Hannezo est qu’après les Gilets Jaunes et une politique de l’offre tous azimuts, Macron n’a pas eu le courage d’installer les hausses d’impôts compensatoires qui étaient prévues dans son programme, notamment d’augmenter la CSG, car cela touchait au seul électorat qui lui restait et qui l’a réélu en 2022 : les retraités. Le covid et la guerre en Ukraine ont accentué un « quoi qu’il en coûte » qui, contrairement aux autres pays développés, s’est prolongé après la pandémie.

N’ajoutons rien à tout ce qui a été dit sur le désastre politico-économique de la dissolution. Bref, le « Mozart de la finance » restera comme le pire gestionnaire des comptes publics de la Vème République. Selon Hannezo, le creusement du déficit des deux quinquennats représente en % du PIB plusieurs fois celui de la fameuse relance de Mitterrand de 1981 !

8-Là où ça devient franchement déprimant, c’est que les alternatives à Macron sont fort médiocres. A droite, deux idées dominent : « lutter contre l’assistanat » et « réduire le train de vie de l’Etat ». A supposer qu’on soit à l’aise avec l’idée de s’attaquer aux plus fragiles, par exemple en taxant les malades chroniques, en sabrant encore dans un régime d’indemnisation chômage déjà plusieurs fois raboté, en s’attaquant aux bénéficiaires des minimas sociaux qui, une fois au pain sec et à l’eau, retrouveraient miraculeusement un travail rémunérateur qu’on pourra taxer, en réduisant la politique familiale ; à supposer qu’on choisisse d’ignorer tous les effets de bord catastrophiques qu’auraient de telles politiques —explosion des inégalités, effondrement de la fluidité sur le marché du travail, freinage de la natalité— il y a peu d’argent à récupérer. Au mieux, quelques pourcents de l’effort nécessaire.

L’autre idée phare de la droite (« réduire le train de vie de l’Etat ») permet des économies encore plus dérisoires. Si par « train de vie » on parle de celui des politiciens, alors la mesure est de l’ordre du symbole : quelques dizaines de millions d’euros par an en mettant tout le monde au SMIC, à peine quelques jours de paiement des retraites. Si par « train de vie de l’Etat » on pense à des réductions du nombre de fonctionnaires, totem habituel de LR, les économies sont à peine plus significatives : moins de 800 millions d’euros par an durant le quinquennat Sarkozy pour la mesure « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ». Les raisons de cette absence d’effet majeur sont connues mais ce serait un peu long de développer ici. De plus ce genre de disposition générale dégrade généralement la qualité des services publics car l’Etat est incapable de cibler les « bons » fonctionnaires des « mauvais ».

Rien de ce qui précède ne signifie que des gains d’efficacité ne sont pas à faire dans la gestion des deniers publics : c’est l’évidence ! Mais cela dit prosaïquement que les gains à en attendre sont loin des ordres de grandeur évoqués au point 6, pour une raison simple : l’écart de dépenses publiques de la France par rapport à ses voisins provient très majoritairement de la redistribution monétaire, et non des services publics.

Quant à la gauche, sa proposition de taxer les riches (surtout les milliardaires) est bien plus consensuelle dans la société française. Mais, même en étant radical, Hannezo montre que, dans les hypothèses les plus favorables —et donc les moins probables— la taxation des riches ne permettra de faire qu’environ un tiers de l’effort.

9- L’Etat devra donc reprendre du pouvoir d’achat aux Français  ordinaires, car c’est bien de cela qu’il s’agit quand on parle de réduction des déficits. Que cela passe par une baisse des dépenses ou une hausse des impôts ne change que marginalement la répartition de l’effort mais pas le fond du problème : dans les deux cas, l’Etat reprend de l’argent.

Bien entendu, le rythme auquel le faire est un débat politico-économique, mais il faut néanmoins le faire. Or, personne n’en a envie parce que personne n’en a intérêt. Hannezo rappelle à juste titre qu’il est difficile de trouver un Français qui ne vit pas d’une manière ou d’une autre de la dépense publique. Cela va bien au-delà des fonctionnaires et des bénéficiaires directs de notre immense système de redistribution qui socialise chaque année 55% du PIB : « retraités, chômeurs, médecins, infirmiers, laboratoires médicaux, taxis transportant des malades, qui sont payés par le système de protection sociale ; bénéficiaires du logement social ou des aides aux logements, et leurs propriétaires, car sans ces aides ils n’auraient pas pu autant augmenter les loyers ; agriculteurs dont une part très significative du revenu vient des aides européennes et nationales ; et aussi avocats travaillant pour l’aide juridictionnelle, ou journalistes bénéficiant des aides à la presse, ou associations financées largement sur fonds publics ; et aussi, pour une très grande part de leurs revenus, souvent la majorité, les sociétés de bâtiment et de travaux publics, ou les sociétés privées – audit, informatique, conseil, commissariat aux comptes, facility management – pour la part de leur chiffre d’affaires réalisé avec des entités publiques ou des bénéficiaires des transferts. Tout cela fait beaucoup de monde ».

Il serait tentant de reprendre ici la formule du polémiste libéral Frédéric Bastiat, en 1848 : « L’Etat, cette grande fiction par laquelle tout le monde tente de vivre aux dépens de tout le monde ». Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : la redistribution est évidemment nécessaire et obtient des résultats. La France a toujours maintenu des inégalités stables et relativement basses, les patients Français ont un reste à charge parmi les plus bas du monde, tout comme notre taux de pauvreté, l’un des plus faibles de l’OCDE. Personne ne souhaite sérieusement imiter les Etats-Unis, où le système de santé est catastrophique et où les inégalités explosent depuis une trentaine d’années. On pourrait en revanche s’inspirer des pays qui font tout aussi bien —voire mieux— avec moins. L’Etat danois dépense quasiment 10 points de PIB en moins que la France, tout en ayant un taux de pauvreté nettement inférieur : 6,3% contre 8,5%. On peut en dire autant de la Norvège, de la Suède ou même de nos voisins belges. La France obtient donc des résultats, mais en regard des moyens investis, elle ne brille pas par son efficience.

Même en admettant que le montant de la dette n’est pas un problème, force est de constater que les masses d’argent empruntées depuis des décennies n’ont pas empêché notre PIB par habitant de reculer par rapport aux Néerlandais, aux Allemands, aux Danois ou aux Britanniques. À la 7ème place européenne des PIB/habitant dans les années 2000, nous sommes désormais 14èmes. Si on le mesure autrement, par exemple en calculant la part de la France dans l’économie de la zone euro, on obtient le même résultat : nous reculons.

10- On aura compris que 2027 s’annonce crucial. Le prochain Président ou la prochaine Présidente devra non seulement engager l’effort en endossant dès le départ une forte impopularité, ce qui suppose d’avoir une majorité claire, mais en plus devra-t-il doser et répartir l’effort : en premier les milliardaires, bien sûr, sans quoi rien ne se fera ; les grandes entreprises, qui ont énormément bénéficié des années Macron et dont les surprofits sont anormalement hauts ; mais aussi les consommateurs : Hannezo estime que le taux de TVA français est anormalement bas par rapport à son niveau de dépenses publiques. Tous les pays européens sauf l’Allemagne ont des taux standards plus élevés, jusqu’à 25% pour le Danemark qui a des dépenses publiques comparables à la France.

Enfin et surtout faudra-t-il s’attaquer au poids extraordinairement élevé de nos dépenses de retraite, tabou politique exceptionnel en France. Citons encore l’expert :

« les retraites sont le premier poste de dépenses publiques ; la France s’endette de 3 à 4 points de PIB de plus que ses voisins pour cela – c’est l’écart de déficit – dont 2 à 3 viennent de ce qu’elle a choisi de verser des retraites assurant à leurs bénéficiaires un niveau de vie en moyenne égal ou supérieur (selon les conventions de calcul) à celui des actifs, et en moyenne supérieur à leurs besoins en dépenses, la meilleure preuve étant qu’ils en épargnent en moyenne une très forte part, plus que les actifs. Cette épargne, les retraités la placent dans des placements sûrs, notamment les emprunts d’État à travers l’assurance-vie. Comme ils continuent d’épargner même après 75 ans, cette sur-épargne moyenne, qui bien sûr est localisée sur la fraction la plus aisée de la population, vient chaque année arrondir leur héritage. La redistribution qui s’opère là est claire : à travers le déficit budgétaire tous les actifs de la génération suivante s’endettent pour un profit que recevront… les héritiers des classes bourgeoises. C’est une contre-redistribution organisée sur le long terme »

A nouveau, le prochain chef (ou cheffe) de l’Etat devra trouver un moyen de répartir l’effort, l’extraordinaire impopularité des dernières réformes tenant largement au fait de le porter exclusivement sur les actifs et via une seule mesure —la hausse de l’âge légal— alors qu’il en existe d’autres. D’autres pays l’ont fait et la France elle-même en a vu d’autres : l’auteur explore notamment le cas du plan de redressement de 1958 et du « tournant de la rigueur » de 1983. Mais plus on attend, plus sévère sera la potion.

Jugements personnels et faits scientifiques

Emmanuel Kant - Babelio

Les gens de gauche ont raison de se soucier de la véracité des faits. Oh, il existe aussi des gens de droite tout à fait respectables, et attachés à fonder leurs opinions. Mais enfin, ces dernières année, la gauche n’a engendré ni le trumpisme ni Cnews. Les complots électoraux imaginaires, les fantasmes de grand remplacement et le déni climatique n’ont pas émergé dans l’esprit malade de ténors de la gauche, ni n’ont été relayés par des médias de gauche.

De là, un sentiment (inavoué) de supériorité intellectuelle qu’on retrouve parfois (souvent ?) chez les personnes un peu à gauche, vaguement intellos, et qui ont l’habitude de fréquenter les réseaux. « Toutes les études montrent que » devient un genre de psalmodie politique propre à clouer le bec de tous les Pascal Praud des dîners de famille.

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France, 2025 : l’effarement.

J’ai rarement été aussi effaré d’un moment politique.

L’état socioéconomique du pays est préoccupant pour pratiquement tous les indicateurs qu’on peut mesurer. Dans l’OCDE, la France a la cinquième plus grosse dette publique, le premier taux de prélèvements obligatoires, le premier taux de dépenses publiques, et pourtant les services publics n’ont jamais semblé aussi peu dotés, les inégalités augmentent, le pouvoir d’achat est en berne, le taux de pauvreté a atteint en 2025 un niveau qu’on n’avait pas vu depuis 1996. L’Etat français dépense plus d’argent public que tout autre pays de l’OCDE mais ses institutrices gagnent toujours 20% de moins que ces mêmes pays.

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Pourquoi la taxe Zucman est une fausse bonne idée

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Une fausse bonne idée est une proposition qui pose un diagnostic correct sur une situation, mais en propose une solution inadaptée. J’avais utilisé l’expression dans mon article sur le SMIC à 1600€ (ici). Le diagnostic correct que le pouvoir d’achat des travailleurs au SMIC est trop faible doit passer par le soutien à la mobilité professionnelle des travailleurs ainsi que par des politiques de formation (les non-diplomés et les moins de 30 ans concentrent la quasi-totalité des salariés au SMIC), plutôt que par une augmentation administrative arbitraire qui créé bien plus de problèmes qu’elle n’en résout.

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Retour sur les aides publiques aux entreprises

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Depuis quelques temps s’est imposé dans le débat public le chiffre de « plus de 200 milliards d’aides publiques aux entreprises » (environ 6% du PIB). Le chiffre est désormais connu et très utilisé à gauche pour contredire tout effort de réduction des déficits qui porterait sur les dépenses, surtout sociales —comprenez allons chercher l’argent là où il est, pourquoi taper sur les ménages alors que les entreprises se gavent d’argent public ? J’avais déjà écrit longuement sur ce sujet il y a quelques années (ici). Plutôt que de faire une énième mise à jour de cet article, je vais tenter cette fois de synthétiser la question.

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Le vrai budget de l’Education nationale

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Le budget de l’Education nationale est de loin le premier budget de l’Etat : 85 milliards d’euros/an, au-dessus de la moyenne de l’OCDE en pourcentage du PIB. Comment expliquer que les profs se plaignent constamment d’un « manque de moyens » ? La réponse de ce décalage entre les moyens alloués et les résultats est toujours la même : les retraites, les retraites, les retraites.

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Les rythmes scolaires en France et en Europe

Le Monde publie une comparaison européenne particulièrement intéressante sur ce sujet hautement complexe des rythmes scolaires. Complexe, parce qu’on est à la croisée d’intérêts divergents

1. Les intérêts des élèves

Ils doivent disposer de vacances suffisamment fréquentes pour se reposer (et leurs enseignants, aussi…) mais pas trop longues en raison des pertes d’apprentissages massives, surtout durant l’été, ce que les anglo-saxons appellent le « summer loss ». Le problème du summer loss, c’est qu’il est un facteur aggravant des inégalités scolaires, à force d’être répété sur les nombreuses années d’une scolarité. Cela fait longtemps que les sociologues ont montré que dans les milieux les plus favorisés, l’éducation a toujours une visée scolaire implicite : elle doit éveiller l’intérêt intellectuel de l’enfant, susciter sa curiosité, l’ouvrir sur le monde, la culture et les arts, et finalement développer des talents et des compétences qui seront utiles aussi bien à l’école que dans la vie professionnelle. Ces milieux (et les enseignants en sont l’exemple le plus typique) valorisent donc les loisirs qui impliquent un effort : apprentissage d’un instrument de musique, jeux de réflexion, jeux d’échecs, lecture, randonnées… Le summer loss sera donc beaucoup plus limité. A l’inverse, les classes populaires considèrent souvent que l’enfance est un moment qui doit être protégé de la dureté du monde extérieur. Les jeux et les loisirs sont plus centrés sur le plaisir immédiat, avec moins de règles explicites. Ces familles se focalisent moins sur le développement de talents chez leur enfant, et considèrent que la satisfaction des besoins naturels élémentaires (sécurité matérielle et affective) suffira à les faire grandir et s’épanouir. Bien entendu, il y aussi une transmission culturelle, mais elle est plus éloignée de la culture du monde de l’école.

2. Les intérêts des communes

Dans le primaire, toute modification des rythmes scolaires a un impact direct sur leurs investissements en termes de périscolaires du type centre de loisirs ou crèches temporaires : recrutement, formation, voire construction de lieux d’accueil, qui sont très inégalement répartis sur le territoire. Ceci n’est pas anecdotique : c’est la raison principale pour laquelle la réforme des rythmes scolaires de Peillon, mise en œuvre par Najat Vallaud-Belkacem en 2014, fut un échec. L’idée étant d’alléger les journées en compensant par un retour systématique des cours en primaire le mercredi matin, pour éviter également cette perte d’apprentissage du mercredi, nombre d’études ayant montré son fort impact négatif dans les milieux populaires. Sauf que : la réforme n’a pas été accompagnée des financements nécessaires. Réformer sans payer, c’est impossible, et je dois à Alexandre Delaigue de l’avoir compris. On peut vouloir faire des économies ou réformer, mais pas les deux : pour réformer correctement, il faut mettre de l’argent sur la table. Résultat : les budgets des communes n’étant pas du tout égaux, un grand nombre n’avaient pas les moyens de financer des temps périscolaires de qualité. Elles se retrouvaient avec des enfants à gérer plus tôt dans l’après-midi, sans capacité d’accueil suffisante, avec un effet limité voire mauvais sur les apprentissages (il vaut mieux qu’ils soient avec leurs parents qu’à glander dans une cour bétonnée sans activité, vous voyez l’idée). Blanquer a enterré la réforme dès son arrivée au pouvoir et en 2018, 90% des communes étaient revenues à la semaine de 4 jours.

3. Les intérêts des parents

Ils travaillent le plus souvent. Cela découle logiquement du point précédent : sans avoir pensé l’accueil en amont, une modification des rythmes scolaires est un big-bang social qui ne peut que faire des mécontents et perturber le quotidien de millions de familles.

4. Les intérêts des professionnels du tourisme

Ils veulent bien sûr des vacances fréquentes et longues. Ce n’est sans doute pas le point majeur mais ce n’est pas non plus sans importance, étant donné le rôle économique du secteur. Des vacances moins longues ou moins fréquentes impactent aussi la densité et la fréquentation des lieux touristiques.

5. On mélange…et on compare

Quand on saisit la difficulté du problème, on comprend bien qu’il n’y a pas de recettes miracles et que partout en Europe les décideurs se posent les mêmes questions. L’Allemagne a été longtemps vantée pour son modèle de cours qui finissent à 15h voire à midi, mais est largement revenue dessus depuis ; l’Espagne a des vacances d’été encore plus longues qu’en France, mais il y a un vaste débat national sur le sujet. La France se caractériste par un modèle de vacances nombreuses et fréquentes puisqu’on est champion d’Europe avec 16,4 semaines en primaire, juste devant l’Italie (15,8), l’Allemagne étant en queue de peloton (9,6). La plupart de ces pays ont aussi des semaines de 5 jours de classe, contre 4 à 4,5 en France : ce qui fait que la France est le pays européen avec le moins de jours de cours par an ! 15% de moins que la moyenne de l’OCDE pour les semaines de 4,5 jours, 30% de moins pour ceux qui n’ont pas classe le mercredi.

Mais… les journées en France étant bien plus longues qu’ailleurs, elle est en deuxième position pour le nombre d’heures de cours annuelles, juste derrière l’Italie, 5 à 10% de plus que la moyenne de l’OCDE. Tout le monde a donc bien compris le problème du modèle français : peu de journées de cours, mais des journées harassantes.

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Est-ce qu’il faut réformer ? Probablement. Est-ce que ça va changer radicalement les résultats scolaires ? Probablement pas. La fin de l’article rappelle à raison que le nombre d’heures de cours est loin d’être le facteur le plus important (même si ça joue) dans les résultats scolaires. L’Italie a un score dans PISA proche de celui de la France (et même légèrement inférieur) alors que son modèle de rythmes scolaires est très différent. Les petits Français ont plus d’heures de mathématiques que la moyenne de l’OCDE, ce qui ne les empêche pas d’obtenir des résultats plus faibles, et en chute libre. En fait, la qualité des heures de cours est bien plus importante que la quantité, ce qui renvoie à la formation des enseignants, leur recrutement, la pédagogie, et surtout le nombre d’élèves par classe.

Un point peu médiatisé mais rappelé chaque année dans PISA à propos de la France : elle se caractérise à la fois comme l’un des pays avec le plus d’élèves par classe en moyenne, l’un des pays européens avec le plus de bruit et de bavardages dans les classes, et l’un des pays européens où les élèves se sentent les moins soutenus et encouragés par leurs enseignants. Chaque bord politique y trouvera probablement son compte.

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Note de lecture : Le Labyrinthe des égarés, l’Occident et ses adversaires, par Amin Maalouf

Le Labyrinthe des égarés: L'Occident et ses adversaires : Maalouf, Amin:  Amazon.fr: Livres

J’ai lu pratiquement tous les essais de Maalouf et quelques-uns de ses romans. J’en ai chroniqué certains ici, Les croisades vues par les Arabes étant le dernier en date (décembre 2023). Le Labyrinthe des égarés (sous-titré : l’Occident et ses adversaires), publié en 2023, est le dernier et à mon avis, l’un de ses meilleurs textes. J’y ai retrouvé ce qui m’avait marqué lors de la lecture, il y a 15 ans, du Dérèglement du monde (2009), et ce que j’aime en général chez Maalouf : une vaste culture générale et historique, une plume élégante au service d’une hauteur de vue exceptionnelle sur les grands enjeux du monde contemporain à partir des leçons du passé. Du reste, Amin Maalouf a parfaitement compris ce qu’est un essai : ni véritable travail d’historien scientifique, qui serait certainement plus rigoureux mais nettement plus rébarbatif, ni simple ouvrage d’opinion, ses livres sont de ceux qui se lisent presque comme des romans tout en offrant de larges perspectives de compréhension sur le monde actuel.

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Lobbying : la peur et l’envie

The Impact of Lobbying on Resource Allocation — GEMINI GROUP

Dans un pays bloqué par l’absence de budget, plus encore en France où presque tout se décide à Paris, on remarque plus que d’ordinaire les groupes sociaux se mobiliser pour leurs intérêts, c’est-à-dire essentiellement éviter des coupes budgétaires défavorables ou obtenir des avantages fiscaux. Mais tous n’ont pas le même pouvoir de pression sur les décideurs politiques, et c’est assez intéressant de se demander pourquoi. Sans faire dans la grande théorie politique, je résumerai cela en deux mots : la peur et l’envie.

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Réduire les inégalités et produire plus

Tout est dans le titre. Réduire les inégalités et produire plus : tels sont les deux enjeux économiques majeurs que n’importe quel gouvernement français devrait considérer en priorité.

La France est un pays peuplé de 68 millions d’habitants qui produisent chaque année 2800 milliards d’euros de richesse. D’autres richesses sont produites, mais elles ne sont pas évaluables en termes monétaires.

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A propos du vote RN

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Les marqueurs sociaux du vote RN

Les marqueurs prédictifs les plus forts du vote RN sont dans l’ordre:

1- L’absence de diplôme. Toutes les enquêtes montrent que le fait de ne pas avoir le bac augmente fortement la probabilité de voter RN et le fait d’avoir au moins un bac+3 la divise par deux. En 2022, Marine Le Pen faisait environ 10% chez les bac+3 et plus contre 35% chez les non-bacheliers (Ipsos). Ceci se vérifiait encore au second tour où selon un autre sondage, 80% des diplômés du supérieur votaient Macron contre seulement 55% des non diplômés. Le premier ressort du vote RN, c’est la relégation culturelle. Lire la suite

États-Unis vs Europe : la grande divergence


Source : fipaddict

Les Américains sont désormais beaucoup plus riches que nous

Au début des années 1980, le PIB français par habitant représentait environ 90% de son équivalent américain. Depuis ce chiffre n’a cessé de baisser pour atteindre 70%. Les Américains sont donc 30% plus riches que nous. Ce qui est valable pour la France s’applique plus généralement à l’échelle européenne : le PIB par habitant américain était environ 25% plus élevé que l’européen dans les années 1990, contre 35% plus élevé aujourd’hui. Lire la suite

Sur le déterminisme social

Méritocratie, déterminisme social et plafond de verre : comment les  transfuges de classe vivent-ils leur ascension ?

D’après Wikipédia :

Le déterminisme social est un concept sociologique selon lequel les pensées et les comportements des humains résultent d’une contrainte sociale qui s’exerce sur eux, la plupart du temps sans que ceux-ci en aient conscience. En conséquence, l’individu ne choisit pas son action, il est contraint de la réaliser sous le poids de la société ; il n’est pas réellement libre d’agir comme il l’entend.

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