Le retour de l’inflation

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Depuis plusieurs années, les Européens vivent dans un monde avec une inflation faible et stable autour de 1% par an. Ce qui était devenu une habitude dans nos latitudes est cependant loin d’être la norme mondiale. En Afrique, il est rare de trouver des pays avec une inflation annuelle inférieure à 2%: dans cette liste du site Statista, il n’y en a d’ailleurs aucun. Le Cap-Vert est à 2,3% et le record est détenu par le Soudan à 245%, la plupart des pays étant entre 5 et 10%. Autre exemple, l’Argentine, bien connue pour être marquée depuis des décennies par une inflation endémique, contre laquelle les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à lutter :

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Quant au Venezuela, n’en parlons pas : le 16 janvier  dernier, le président Maduro s’est félicité que l’inflation ralentissait : elle n’était que de 686% cette année…

Si nous sommes loin d’atteindre ces sommets, la fin de l’année 2021 et le début de l’année 2022 ont été marquées, en Europe et davantage aux Etats-Unis, par le grand retour de l’inflation. Il y avait longtemps qu’on avait plus vu de tels chiffres à la une de l’INSEE !

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Les causes de l’inflation

En économie, les causes de l’inflation ne sont pas très compliquées à expliquer, ce sont plus ou moins toujours les mêmes et le très connu modèle offre/demande, malgré sa grande simplicité, permet aisément de comprendre la plupart des situations. L’inflation est toujours causée par un désajustement entre l’offre et de la demande, c’est-à-dire que la production ne parvient pas à répondre à la demande.

Dans le détail :

Du côté de l’offre, cela peut être une baisse (ou un ralentissement) des quantités produites. La pandémie mondiale a profondément affecté la logistique et les chaînes de production, notamment en Chine avec les politiques de confinement stricts (et c’est toujours le cas). Ainsi, l’offre est moins importante, les délais de production sont plus longs, les demandeurs se font concurrence pour acheter : il en résulte une hausse des prix. Une autre possibilité, plus directe, est une hausse des coûts de production. Bien entendu, pour que cela entraîne de l’inflation, il faut que la hausse des coûts touche toutes les entreprises : c’est très souvent le cas lorsque l’énergie est en cause (pétrole surtout), puisque il détermine les coûts de transport des produits, et est utilisé comme consommation intermédiaire dans un nombre incalculable de productions. Au bout d’un moment, les entreprises répercutent la  hausse de leurs coûts sur les prix, sinon elle feraient faillite (les entreprises en monopole étant un cas à part).

Ici, la guerre en Ukraine a joué un rôle, la Russie étant le deuxième pays producteur au monde. Le coût du transport pour le pétrole et le gaz augmente, ainsi que le prix des assurances pour le risque géopolitique, ce qui se répercute sur toutes les chaînes de production. Cela aggrave par exemple l’inflation alimentaire (l’agriculture est dépendante du pétrole, des engrais russes…) qui était provoquée par la même guerre, l’Ukraine étant un grand pays agricole. Je conseille ce très bon article du Monde, malheureusement réservé aux abonnés, qui étudie en détail les causes de la hausse de 26 produits du quotidien.

Du côté de la demande, le mécanisme est encore plus simple. Quand les revenus des agents (des ménages notamment) sont trop importants par rapport à la production disponible, et que ces revenus sont utilisés pour consommer, les prix augmentent. En général, les périodes de forte croissance où la consommation est forte ont tendance à provoquer un peu d’inflation. Les politiques publiques de relance et de redistribution peuvent provoquer le même effet : si le gouvernement augmente subitement et fortement le salaire minimum et les aides sociales, par exemple, on peut s’attendre à un effet sur les prix. Ici, on peut voir l’année 2021 comme le relâchement de l’épargne accumulée en 2020 : confinés mais avec des revenus maintenus, la plupart du temps, par l’Etat (chômage partiel et autres dispositifs), les Français ont accumulés une forte épargne (de l’ordre de 300 milliards d’euros en deux ans selon la Banque de France) qu’ils dépensent maintenant.

Les exemples de ce qui précède ne manquent pas. Pensons aux prix de l’immobilier à Paris et dans les grandes villes : la demande est forte, l’offre est contrainte, les prix sont donc élevés. La situation est aggravée en France parce que les pouvoirs publics subventionnent fortement la demande de logement (c’est le système des APL) et que la réglementation (ou l’espace disponible) limite l’offre.

May be a Twitter screenshot of text that says "Alexandre Delaigue @adelaigue La politique économique en France consiste à restreindre l'offre à coups de réglementations, subventionner la demande pour calmer les mécontentements, puis à piailler c'est la preuve qu'il faut de la planification >> quand les prix explosent Translate Tweet 8:02 10 Jun 22. Twitter for iPhone"

Bloquer les prix ?

Au passage, quand on compris cela, on comprend pourquoi les économistes sont très souvent sceptiques à l’égard de l’idée de “bloquer les prix”. Cela peut être une solution temporaire pour éviter que les ménages ne subissent la totalité d’un choc d’inflation (et les inégalités qui en découlent), mais cela ne résout pas le problème de fond. Le blocage des prix traite des conséquences, pas des causes. Le seul moyen durable de faire baisser les prix d’un produit est de supprimer la tension entre l’offre et la demande, c’est-à-dire généralement produire davantage.

De plus, le blocage des prix présente dans certains cas un risque de pénurie : si l’on bloque les prix à un niveau non rentable pour les entreprises (parce que leurs coûts augmentent), les entreprises arrêtent de vendre puisque c’est à perte : les étals sont alors vides. C’est typiquement le cas des distributeurs et des commerçants qui  ne produisent rien mais achètent et revendent (plus exactement ils produisent un service). Si leurs achats sont plus coûteux mais que le gouvernement leur interdit d’augmenter les prix, elles vendent à perte et ne vendront pas très longtemps. Un exemple ? Les stocks de gel hydroalcoolique laissés dans les cartons par des pharmaciens auxquels le gouvernement avait imposé un prix de vente maximum. Ci-dessous, un extrait de France info qui date de mars 2020 :

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La situation est la même si l’on bloque les prix de produits que la France importe en totalité, comme le pétrole. Produire davantage étant impossible localement, bloquer les prix s’apparente alors à une forte taxe sur les entreprises distributrices avec un risque de pénurie, selon le niveau de prix décidé par le gouvernement et la durée du dispositif : mon Leclerc ne produit pas de pétrole, s’il l’achète plus cher mais a l’interdiction de le revendre plus cher il ne pourra pas continuer longtemps à en vendre.

La dernière situation est celle où augmenter la production est possible localement. Bloquer les prix peut alors être une solution temporaire pour encaisser le choc, le temps que l’offre s’ajuste. Mais cela pose à nouveau la question de l’incitation qu’ont les entreprises à augmenter l’offre : si les prix sont bloqués à un niveau artificiellement faible, c’est moins rentable de produire. Ce qui est relativement aisé dans le cas du gel hydroalcoolique ou des masques (l’ajustement de l’offre n’a pris que quelques semaines et la pénurie fut courte) est plus délicat dans le cas du logement où construire prend du temps, est contraint par la place disponible et une forte réglementation. Bloquer les prix s’apparente alors à une redistribution des propriétaires vers les locataires : les premiers étant généralement beaucoup plus riches, pourquoi pas ! mais cela peut avoir des effets désincitatifs sur l’offre : si on m’empêche d’augmenter mon loyer alors que mes coûts d’entretien du logement et mes taxes augmentent, je peux décider de vendre au lieu de louer, ce qui réduit l’offre de logements locatifs.

Les gagnants et les perdants d’une inflation élevée

Contrairement à ce qu’on peut penser spontanément, les économistes ne sont pas favorables à une inflation nulle ou même inférieure à 2%. En effet, il est naturel que les prix augmentent dans une économie en croissance. Si l’inflation est nulle, cela veut dire que les revenus des entreprises n’augmentent pas et donc qu’elles ne parviennent pas à vendre : ne jamais oublier qu’un prix est une dépense pour l’acheteur mais un revenu pour l’entreprise ! Pire, si l’inflation est négative (déflation), cela veut dire que les revenus des entreprises (et donc à terme des ménages) régressent, ce qui traduit souvent une situation de crise. On comprend pourquoi l’inflation souvent proche de 1% ces dix dernières années en Europe était considérée comme insuffisante par la plupart des économistes. En résumé, une inflation idéale se situe entre 2 et 4% par an, certains économistes étant plutôt partisans du 2% et d’autres du 4%. L’important étant surtout la stabilité du chiffre au fil des années.

Quoi qu’il en soit, l’inflation s’apparente à une taxe, mais qui ne serait pas décidée par l’Etat, dont le montant changerait en cours d’année, et qui serait payée par tout un ensemble d’acteurs difficiles à identifier précisément.

Ainsi, on comprend très bien que les consommateurs sont les grands perdants de l’inflation, puisque elle rogne le pouvoir d’achat. Mais les épargnants aussi ! L’inflation est une perte de valeur de la monnaie. Si vous avez 10 000€ d’épargne, avec 5% d’inflation à la fin de l’année vous n’avez plus que 9500€. Bien sûr la somme de 10 000 s’affichera toujours sur votre compte mais elle ne vaudra réellement (c’est-à-dire en termes de pouvoir d’achat) que 9500€.  L’inflation taxe donc consommateurs et épargnants à parts égales.

Du côté des perdants, on trouve les salariés avec un faible pouvoir de négociation. C’est l’occasion de parler ici des anticipations d’inflation, qui amplifient les mécanismes présentées plus haut. Lorsque les agents s’attendent à des prix plus élevés, ils ont tendance à augmenter leur prix ou à stocker, en anticipant l’avenir. Ainsi, une entreprise qui s’attend à une hausse de ses coûts augmentera ses prix ou achètera maintenant pour constituer des stocks et ne pas subir les hausses de prix futurs. Les consommateurs qui stockent du PQ ou de l’huile se comportent de la même façon, augmentant artificiellement la demande, ce qui aggrave l’inflation. Ou encore : votre banque augmente les taux auxquels elle vous prête parce que le taux auquel elle emprunte augmente, et qu’elle s’attend à ce qu’il augmente encore : elle anticipe pour limiter ses pertes. Je lis dans l’actualité que certaines banques suspendent même actuellement leurs dossiers de prêts !

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Pour les salariés, cela dépend de leur pouvoir de négociation : le salaire est le prix du travail, mais le marché du travail n’est pas exactement un marché parfaitement concurrentiel. Souvent (mais pas toujours) l’employeur a un pouvoir de marché (on parle de monopsone). Les salariés au SMIC verront leur salaire automatiquement revalorisé mais il peut y avoir plusieurs mois de décalage entre l’ajustement et la hausse des prix : la revalorisation ne comblera pas totalement la perte, ils sont donc perdants. Les fonctionnaires quant à eux n’ont aucun pouvoir de négociation individuel et sont dépendants de ce que le gouvernement décidera pour le point d’indice. Ils sont perdants. En revanche, les salariés qualifiés avec un fort pouvoir de négociation dans leur entreprise peuvent facilement exiger une hausse de salaire (sinon ils s’en vont). Ils sont indifférents à l’inflation, du moins en tant que salariés. Au passage, cœur avec les doigts sur les salariés dans la restauration qui peuvent enfin exiger des salaires décents et le paiement de toutes leurs heures : la pénurie de personnel est si massive que les restaurateurs sont en position de faiblesse. Si vous êtes un cuisinier qualifié, par exemple, vous n’avez jamais eu autant de pouvoir de négociation sur vos employeurs. Il n’y a qu’à se pencher pour trouver des offres et faire jouer la concurrence.

Mais alors, peut-il y avoir des gagnants à une inflation élevée ? L’inflation favorise principalement aux emprunteurs qui ont déjà signé leur contrat : l’inflation réduit le poids réel de leur dette puisqu’ils remboursent, au fur et à mesure des années, avec une monnaie qui vaut de moins en moins. Il y a enfin et surtout l’Etat : d’abord parce qu’il est un emprunteur majeur (les taux d’intérêts augmentent mais l’inflation réduit le poids de la dette des contrats déjà signés) et aussi parce qu’il taxe tous les prix principalement via la TVA : j’ai lu je ne sais plus où qu’une hausse de 1 point de l’inflation rapporte 7 milliards de recettes supplémentaires à l’Etat.

Cependant, ce n’est pas aussi simple car l’Etat cherche aussi à compenser le coût de l’inflation pour les ménages pour des raisons politiques (le pouvoir d’achat étant un enjeu politique majeur). Ainsi, selon ce tableau issu de ce très bon article de fipaddict, la remise sur le carburant décidé par le gouvernement français coûterait 26 milliards.

Conclusion

La montée de l’inflation actuelle est très largement une inflation importée, c’est-à-dire que nous subissons une hausse du prix de produits essentiels à notre économie mais que nous ne produisons pas.

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La réponse “produire plus” n’est donc pas à notre portée. La seule qui reste est comment se répartir le coût supplémentaire ou plus directement : qui va payer ?

***

Post scriptum : je n’ai pas abordé de la quantité de monnaie dans l’économie, qui fait l’objet d’un vieux débat en économie sur son rôle dans l’inflation. En fait, il s’agit surtout d’un effet dérivé de l’effet demande mentionné ci-dessus : si l’on injecte rapidement une grande quantité de monnaie dans l’économie et que cette monnaie est utilisée pour consommer, il en résulte de l’inflation car la demande augmente plus vite que l’offre. En revanche si la monnaie est stockée par les banques et ne va pas dans l’économie productive, cela ne sera pas le cas (ou bien l’inflation se reportera ailleurs, sur des actifs financiers). Cela peut expliquer le décalage entre la forte quantité de monnaie créé par les banques centrales ces dernières années et l’absence d’inflation visible jusqu’en 2021.

Le salaire des enseignants

Convention Banque de France – ministère de l'Éducation nationale | Citéco

Ceci est une version développée d’un article paru dans la revue Esprits, dont vous trouverez le lien ici

 

La question des salaires est une question socioéconomique cruciale. Elle est à la fois économique (qu’est-ce qui détermine les rémunérations du travail ?), sociale (pourquoi des inégalités salariales ?), éthique (quel travail, et donc quelle fonction dans la société, « mérite » quel salaire ?). Les économistes et les sociologues s’intéressent depuis longtemps à ces questions, mais nous allons ici nous centrer sur une profession en particulier, dont la rémunération a fait l’objet de nombreux débats durant la campagne présidentielle : celle des enseignants.

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Note de lecture : Le monde sans fin (Blain & Jancovici)

Bon, finalement, je chronique une deuxième bédé…Winking smile

Les auteurs

Christophe Blain est bien connu dans le monde de la bédé. C’est le seul auteur à avoir remporté deux fois le prix du meilleur album du festival d’Angoulême. Je n’ai lu que son œuvre la plus connue : Quai d’Orsay, une chronique diplomatique sur la vie du ministère des Affaires d’Etrangères sous Dominique de Villepin. Dit ainsi, ça ne semble pas très excitant, mais la série est géniale, foncez ! Le dessin de Blain est toujours drôle, propre, original. Il convient parfaitement au projet ici chroniqué. Lire la suite

Note de lecture : l’Empire, une histoire politique du christianisme (1/2)

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J’ai écrit une quinzaine de notes de lectures sur ce blog mais c’est la première fois que je chronique une bande dessinée. Ce n’est pas faute d’en lire (beaucoup !) mais elles ne se prêtent pas au genre d’analyse que j’aime faire. Cela dit, L’Empire (sous titre : Une histoire politique du christianisme) n’est pas tout à fait une bédé. Le scénario en a été entièrement rédigé par Olivier Bobineau qui est en fait un… sociologue et politologue, spécialiste des religions et membre du groupe Sociétés, Laïcités, Religions du CNRS. Aux dires de l’auteur, L’Empire “est le fruit de vingt années de travail scientifique et académique”.

L’ambition de l’ouvrage (en deux tomes publiés, un à paraître) est énorme, presque démesurée : il s’agit d’écrire une histoire du christianisme des origines à nos jours sous l’angle des rapports de pouvoirs. Je dirais un mot rapide des dessins de Pascal Magnat : ils servent utilement le propos en l’illustrant ou avec une touche d’humour, mais ils n’ont rien d’extraordinaires non plus. Dans tous les styles, j’ai vu beaucoup mieux. Néanmoins, ils ne gâchent rien, et rendent évidemment la lecture plus agréable que s’il eut s’agit d’un essai (cela reste une bédé !) Lire la suite

Note de lecture : Mémoires vives, par Edward Snowden

Amazon.fr - Mémoires Vives - Edward Snowden - Livres

L’auteur

Est-il besoin de présenter le lanceur d’alerte le plus célèbre de la planète ? En 2013, Snowden a acquis une attention médiatique internationale en divulguant des documents classifiés sur la manière dont la NSA (National Security Agency) américaine espionnait le monde entier, y compris les Américains. Il faut reconnaître à l’auteur un courage phénoménal puisqu’il a sacrifié sa carrière, son salaire confortable, son pays, la plupart de ses relations familiales et amicales restées aux Etats-Unis pour pouvoir divulguer ce qu’il a divulgué : en 2021, poursuivi pour des crimes fédéraux aux Etats-Unis, il vit toujours en Russie où il a obtenu le droit d’asile avant de s’y marier. Lire la suite

Que faire de la dette Covid (2/2) ?

Economics 101 : politique budgétaire et monétaire

Depuis la crise des subprimes en 2008, la macroéconomie a connu un certain nombre de bouleversements. Traditionnellement, les économistes distinguent la politique budgétaire et la politique monétaire : la politique budgétaire est menée par les Etats avec le vote parlementaire du budget, et a pour outil le couple dépenses publiques/recettes publiques, et pour objectifs la croissance, l’emploi et la répartition des richesses ; la politique monétaire est menée par une Banque centrale, traditionnellement indépendante des Etats (surtout dans la zone euro) et a pour outils la fixation d’un ensemble de taux dont le principal, le taux directeur, représente le taux auquel la Banque prête aux banques commerciales. Toutes les banques commerciales ont un compte à la Banque centrale : schématiquement, quand la Banque centrale veut rendre le crédit plus cher (pour ralentir l’inflation) elle augmente son taux directeur, ce qui, par effet d’entraînement, augmente le coût du crédit bancaire dans toute l’économie ;  et quand elle veut rendre le crédit moins cher (pour relancer la croissance et abaisser le chômage) elle diminue son taux directeur.

Regarder l’évolution des taux directeurs sur longue période, c’est regarder les cycles économiques :  en période de forte croissance, les taux ont tendance à monter pour freiner la surchauffe, et inversement en période de crise. On remarquera que la Banque centrale européenne a tendance à suivre (avec retard) les taux de la FED (Banque centrale américaine), suivant la conjoncture économique mondiale. Une divergence apparaît à partir de 2015 : alors que l’économie américaine est déjà sortie de la crise des subprimes depuis un moment, le chômage atteignant un point bas historique, l’économie européenne subit les contrecoups de la crise grecque de 2010-2011 et de la crise des dettes souveraines qui a suivi : de là, une divergence de stratégie qui s’atténue en 2020 à la faveur de la crise sanitaire mondiale (le graphique ne le montre pas, mais le taux principal de la FED est actuellement à 0,25%).

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Que faire de la dette COVID ? (1/2)

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La dette publique, éternel sujet maltraité

De tous les sujets économiques maltraités dans le débat médiatique (et il y en a beaucoup), la dette publique est sans doute le pire. On en finirait pas d’établir la liste des approximations régulièrement proférés par une variété de politiques, journalistes, pseudo-experts et vaguement économistes dans tous les médias et sur tous les tons sur ce thème.

C’était déjà vrai avant la crise sanitaire. Depuis, la dette publique française a atteint près de 120% du PIB (une grande partie étant lié aux mesures de soutien à l’économie durant le premier confinement, et notamment aux mesures de chômage partiel, on peut donc parler de “dette COVID”) et la litanie des bêtises a repris du service.

A vrai dire, même si ce n’est guère original (mais je n’essaie généralement pas d’être original sur ce blog !), on peut essayer de jouer au jeu des sept erreurs en guise d’introduction. Voici donc six arguments sur la dette publique qui contredisent les clichés médiatiques (nous répondrons à la question proprement dite dans la seconde partie) :

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Note de lecture : la gauche, la droite et le marché (D. Spector)

Le libéralisme peut-il être de gauche ?

La gauche, la droite et le marché (2017) est un livre étonnant. Ecrit par un économiste, il s’agit davantage d’un livre d’histoire des idées économiques et politiques, très riche de références et servi par une plume d’une grande clarté.

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A quoi sert l’économie ?

De la scientificité des sciences sociales

Il y a un peu plus d’un an j’ai écrit un long article intitulé « à quoi sert la sociologie ? » qui traite de sciences sociales en général et de sociologie en particulier, et essaie de défendre la scientificité de la sociologie. L’objet de cet article est de développer ce point de vue en se concentrant, cette fois, sur l’économie. Il sera complémentaire d’un autre article sur le même thème, que j’avais écrit en conclusion d’une série sur l’histoire des courants économiques, consacrée à l’économie contemporaine et où je digressais sur la scientificité de l’économie.

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Note de lecture : La nature du social (L. Cordonier)

La nature du social (2018) est un ouvrage qui traite de questions fondamentales sur le rapport entre nature et culture et l’explication du comportement humain en général.  Laurent Cordonier, sociologue, a pour objectif de créer des ponts entre des disciplines que l’on imagine souvent irréconciliables : la sociologie (et les sciences sociales en général) et les « sciences de la nature humaine » (psychologie cognitive, biologie évolutionniste).

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Note de lecture : Sapiens, une brève histoire de l’humanité (Y. N. Harari)

Un bon essai est un mélange entre une fiction et un article scientifique : il doit être aussi agréable à lire que le premier tout en s’approchant de la rigueur du second. Ce qu’on attend d’un essai, c’est une langue claire et fluide, mais néanmoins des arguments, si possible fondés, voire des idées nouvelles. Un essai peut même se permettre de prendre beaucoup de hauteur par rapport aux sujets très circonscrits qui sont l’objet des articles scientifiques, quitte à être démesurément ambitieux ou très original : ce n’est pas si grave.

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Capitalisme, anticapitalisme

Définition (simple) du capitalisme

Le capitalisme est un système où la propriété des moyens de production est (au moins en partie) privée, avec un système concurrentiel donc un marché où les prix ont une signification marchande. L’investissement (donc l’initiative privée) y tient une place centrale : pas de capital-isme sans capital. Au centre du capitalisme, on trouve la relation épargne <> investissement (et donc la recherche du profit).

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Un certain Juif, Jésus (12/12)

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Le miracle du pain et du poisson, Giovanni Lanfranco, 1623

I. Intérêts et limites de la recherche sur Jésus de Nazareth (article numéro 1)
A. Deux limites de la recherche historique sur Jésus de Nazareth
B. Trois intérêts de la recherche historique sur Jésus de Nazareth (article numéro 2)
Conclusion : l’enjeu de la recherche historique
II. Les méthodes de la recherche : comment procèdent les biblistes ? (article numéro 3)
A. Les critères d’historicité
B. Les preuves archéologiques
C. La théorie des deux sources
III. La vie d’un certain Juif : que peut-on dire de fiable sur Jésus de Nazareth ? (article numéro 4)
A. Jésus a-t-il existé ?
B. Naissance et famille, grandes lignes du ministère (article numéro 5)
C. La question des frères et sœurs de Jésus
D. Le groupe de disciples de Jésus : Jésus a-t-il voulu fonder une Église ?
E. Les miracles de Jésus
IV. Le message de Jésus (article numéro 6)
A. Le royaume de Dieu
B. Le rapport de Jésus à la Loi juive
C. Les commandements d’amour de Jésus
Conclusion sur le message de Jésus

Un an plus tard…
V. Méthodologie (rappels) (article numéro 7)
A. La recherche historique n’est pas une démonstration de la foi chrétienne
B. La question de la fiabilité du Nouveau Testament
C. L’identité de Jésus : un problème méthodologique délicat, mais pas insurmontable
D. Ce que nous savons jusqu’à présent
E. A qui Jésus peut-il être comparé ?
VII. Précisions étymologiques (article numéro 8)
A. Le terme “Messie”
B. L’expression “Fils de Dieu”
C. L’expression “fils de l’homme”
D. Le terme “Seigneur”
E. Les Noms de Dieu dans l’Ancien Testament
VIII. La théologie chrétienne et ses développements (article numéro 9)
A. Que dit la doctrine chrétienne au sujet de Jésus ?
B. Objections et hérésies
IX. La foi de Paul (article numéro 10)
A. Les questions de date
B. La foi de Paul est-elle celle de l’Église primitive ?
C. De Jésus à Paul, une modification de l’objet de la foi
D. Le statut ontologique de Jésus dans la pensée paulinienne
X. Que disent les Actes des Apôtres ?
(article numéro 11)
XI. Ce qui est dit de Jésus dans les Évangiles
A. L’Évangile de Marc
B. Les autre synoptiques
C. Un mot sur Jean
XII. Conclusion : les titres de Jésus dans le Nouveau Testament
A. Résumé de la titulature de Jésus
B. Jésus et la foi chrétienne
C. Maintenir la tension
XIII. L’identité de Jésus : une certitude impossible (cet article)
A. Argument théologique
B. Argument historique
XIV. Cinq prétentions de Jésus
A. Réaliser des miracles
B. Corriger la loi de Moïse
C. Tout quitter pour le suivre
D. S’adresser à Dieu comme à son père
E. Pardonner les péchés
F. Et tout ça, sans la moindre légitimité
XV. La crucifixion et le moment de la foi
A. L’historicité de la crucifixion
B. Comment apparaissent les disciplines durant le ministère de Jésus ?
C. Et après la crucifixion ?
XVI. La foi des Actes

Le plan ci-dessus montre déjà une bonne part du chemin parcouru par cette série depuis que je l’ai commencé, en juillet 2015 (quatre ans déjà… alors que j’avais commencé à lire Meier en 2011, voilà près de dix ans !) : avec les indispensables réflexions de méthode, des question de fond qui traitent tous de l’identité de Jésus (directement ou indirectement). Pour l’instant, à part les miracles nous avions laissé de côté les actes de Jésus. Que disent-ils du prophète ? Confirment-ils ou infirment-ils la conclusion du titre XII ?

Cet article sera suivi d’une longue conclusion (probablement pas cette année).

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Vingt-quatre mois de macronisme

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J’avais publié il y a un an un article où je critiquais Macron sur des détails tout en le soutenant sur l’essentiel, en particulier sur les réformes économiques. 24 mois après l’élection, si je devais réécrire un article j’en accentuerais la tonalité critique. Être déçu de quelqu’un pour qui on a voté est un peu un marronnier de la démocratie, mais il faut bien reconnaître que l’année 2018 a été riche en déceptions.

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