France, 2025 : l’effarement.

J’ai rarement été aussi effaré d’un moment politique.

L’état socioéconomique du pays est préoccupant pour pratiquement tous les indicateurs qu’on peut mesurer. Dans l’OCDE, la France a la cinquième plus grosse dette publique, le premier taux de prélèvements obligatoires, le premier taux de dépenses publiques, et pourtant les services publics n’ont jamais semblé aussi peu dotés, les inégalités augmentent, le pouvoir d’achat est en berne, le taux de pauvreté a atteint en 2025 un niveau qu’on n’avait pas vu depuis 1996. L’Etat français dépense plus d’argent public que tout autre pays de l’OCDE mais ses institutrices gagnent toujours 20% de moins que ces mêmes pays.

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Lobbying : la peur et l’envie

The Impact of Lobbying on Resource Allocation — GEMINI GROUP

Dans un pays bloqué par l’absence de budget, plus encore en France où presque tout se décide à Paris, on remarque plus que d’ordinaire les groupes sociaux se mobiliser pour leurs intérêts, c’est-à-dire essentiellement éviter des coupes budgétaires défavorables ou obtenir des avantages fiscaux. Mais tous n’ont pas le même pouvoir de pression sur les décideurs politiques, et c’est assez intéressant de se demander pourquoi. Sans faire dans la grande théorie politique, je résumerai cela en deux mots : la peur et l’envie.

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A propos du vote RN

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Les marqueurs sociaux du vote RN

Les marqueurs prédictifs les plus forts du vote RN sont dans l’ordre:

1- L’absence de diplôme. Toutes les enquêtes montrent que le fait de ne pas avoir le bac augmente fortement la probabilité de voter RN et le fait d’avoir au moins un bac+3 la divise par deux. En 2022, Marine Le Pen faisait environ 10% chez les bac+3 et plus contre 35% chez les non-bacheliers (Ipsos). Ceci se vérifiait encore au second tour où selon un autre sondage, 80% des diplômés du supérieur votaient Macron contre seulement 55% des non diplômés. Le premier ressort du vote RN, c’est la relégation culturelle. Lire la suite

Cnews et l’extrême droite

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Apparemment, le ministre de l’Education nationale est au cœur d’une polémique pour avoir qualifiée “d’extrême droite” la chaine CNews. Absolument personne ne peut contester que sous le patronage de Bolloré, CNews est devenue en quelques années une chaine d’opinion bien ancrée à droite, que ce soit par les thématiques majoritairement abordées (immigration, islam, sécurité, sans parler d’inviter tranquillement Renaud Camus à parler « grand remplacement ») ou les chroniqueurs vedettes, du célèbre Zemmour à l’avocat Goldnadel en passant par Bock-Côté, Praud, d’Ornellas, Lévy, Bastié, sans oublier l’inénarrable Messiha invité pas moins de 140 fois l’année dernière. De droite, donc, mais d’extrême droite ?

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Note de lecture : Cours de philosophie politique, par Blandine Kriegel

Cours de philosophie politique - Poche - B. Kriegel - Achat Livre | fnac

Cours de philosophie politique promet ce que le titre annonce : il s’agit d’un excellent petit condensé sur les thème des démocraties, synthétisant dans une langue absolument limpide les enjeux et les débats de chaque point important : l’Etat de droit, les droits de l’homme, républiques et démocraties, Etats-nations et nationalismes, etc. S’agissant de la retranscription de séances de cours que l’autrice (une philosophe et politologue assez peu connue) a donné à l’Université de Moscou dans les années 1990, il s’agit d’une vraie réussite. Bien sûr, le texte n’a rien de très original et celui qui a déjà suivi quelques leçons en matière de droit constitutionnel ou de philosophie politique n’apprendra pas grand chose. Mais il a le grand mérite de la synthèse courte, claire et précise. Lire la suite

Le salaire des enseignants

Convention Banque de France – ministère de l'Éducation nationale | Citéco

Ceci est une version développée d’un article paru dans la revue Esprits, dont vous trouverez le lien ici

 

La question des salaires est une question socioéconomique cruciale. Elle est à la fois économique (qu’est-ce qui détermine les rémunérations du travail ?), sociale (pourquoi des inégalités salariales ?), éthique (quel travail, et donc quelle fonction dans la société, « mérite » quel salaire ?). Les économistes et les sociologues s’intéressent depuis longtemps à ces questions, mais nous allons ici nous centrer sur une profession en particulier, dont la rémunération a fait l’objet de nombreux débats durant la campagne présidentielle : celle des enseignants.

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Note de lecture : Mémoires vives, par Edward Snowden

Amazon.fr - Mémoires Vives - Edward Snowden - Livres

L’auteur

Est-il besoin de présenter le lanceur d’alerte le plus célèbre de la planète ? En 2013, Snowden a acquis une attention médiatique internationale en divulguant des documents classifiés sur la manière dont la NSA (National Security Agency) américaine espionnait le monde entier, y compris les Américains. Il faut reconnaître à l’auteur un courage phénoménal puisqu’il a sacrifié sa carrière, son salaire confortable, son pays, la plupart de ses relations familiales et amicales restées aux Etats-Unis pour pouvoir divulguer ce qu’il a divulgué : en 2021, poursuivi pour des crimes fédéraux aux Etats-Unis, il vit toujours en Russie où il a obtenu le droit d’asile avant de s’y marier. Lire la suite

Cinq commentaires sur les Gilets Jaunes

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Même quand on connaît la tradition de violence urbaine des Français, les images de Paris en feu impressionnent. On atteint une crise paroxystique qui s’installe dans la durée. J’ai le sentiment que la dernière fois qu’on avait connu une telle violence, c’était en 2005. Bien sûr ce n’est pas le premier mouvement social avec une dimension violente depuis 2005. Mais les précédents étaient très spécifiques, centrés sur le retrait d’une loi ou d’une mesure. Ils ne touchaient que les publics concernés, et la démobilisation était assez rapide une fois la mesure retirée (écotaxe en 2013) ou confirmée (loi travail, Parcourssup, mariage pour tous,…). La seule exception est peut être Nuit Debout mais le mouvement était trop parisiano-centré et idéologiquement marqué pour concerner les classes moyennes et populaires. Là, on a un mouvement vraiment populaire avec une conjonction de colères qui explosent. Lire la suite

Les grandes théories de la justice sociale (2/2)

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Axel Honneth

Nous traiteront maintenant des approches plus empiriques de la justice sociale. Ces approches sont plus récentes. Elles sont spécifiquement sociologiques et naissent à partir des années 1990. Le point de départ est la critique de la théorisation excessive des approches philosophiques, qu’elles soient marxistes, rawlsiennes, libertariennes. Ces approches sont critiquées soit parce qu’elles sont trop abstraites, soit pour leur prétention universaliste (il y aurait des principes universels de justice sociale). Il s’agit donc de redonner du poids à la parole des acteurs, à leurs valeurs, au contexte socioéconomique et culturel, éventuellement avec un regard critique.

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Les grandes théories de la justice sociale (1/2)

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John Rawls

Il y a deux grandes façons de réfléchir à la justice sociale. La première est issue de la philosophie politique. Elle consiste à traiter la notion de justice indépendamment de la réalité sociale, c’est-à-dire avec des principes abstraits. L’idée qui sous-tend ces démarches est qu’il est possible de trouver des principes universels de justice sociale. La seconde est plus empirique, davantage inspirée de la sociologie. Nous commencerons ici par les approches théoriques.

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Quelques remarques post-élection

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Quelques semaines plus tard, je voudrais livrer quelques réflexions éparses sur les enseignements du scrutin présidentiel. Ce qui étonnant, c’est la stabilité des phénomènes structurels alors que ce scrutin aura été inédit de part en part : une élection sous état d’urgence, où les deux grands partis présentent des candidats via une primaire, avec des affaires politiques en cascade, une gauche radicale à 20%, l’échec de la droite républicaine et l’effondrement du PS, le FN dépassant les 10 millions d’électeurs, puis l’arrivée au pouvoir du plus jeune président de la République depuis Bonaparte, président europhile et libéral assumé dans un contexte de raz de marée europhobe et antilibéral. Malgré des changements de cette ampleur, la validité des leçons classiques de la science politique est stupéfiante : Lire la suite

Politique : vive les promesses non tenues !

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Deux articles du Monde me font réagir aujourd’hui. Le premier, publié peu avant les élections régionales, le 03 décembre, livre le résultat d’un travail titanesque, “réalisé en partenariat avec neuf écoles de journalismes et le centre de documentation du Cevipof”. Il s’agissait de vérifier, région par région, le bilan des promesses des présidents de région. Plus de 1000 promesses de campagnes ont ainsi été retrouvées, synthétisées, étudiées, vérifiées, puis classées selon qu’elles ont été “tenues” (en vert), “inachevées” (orange), “invérifiables” (gris), ou non tenues (rouge). L’étude, qui vise à l’exhaustivité, classe ainsi les régions entre les “bons élèves” (bon pourcentage de promesses tenues) et les “mauvais élèves” (mauvais pourcentage de promesses tenues).

Quelques temps après, suite au premier tour des régionales, le même journal publie un article où sont interrogés les abstentionnistes, le but étant de comprendre le choix de ces vilains petits canard grâce à qui le FN gagne. Ce qui ressort des motivations de ces abstentionnistes “militants” est surtout l’absence de confiance dans une classe politique accusée de ne pas tenir ses promesses.

De la lecture de ces deux articles ressort l’idée de fond, largement partagée par la majorité des électeurs, qu’un politique qui tient ses promesses est un bon politique, tandis que celui qui ne les tient pas en serait un mauvais. Rien n’est moins évident ! Lire la suite