La gauche n’aime (généralement) pas les entreprises, ces organisations qui ont la fâcheuse habitude de chercher à être rentable. Mais elle fait quand même une exception pour les PME, que tout bon candidat de gauche doit brosser dans le sens du poil pour bien signifier qu’il n’est pas contre l’entreprenariat, juste les méchantes multinationales. Ce qui n’a pas loupé avec le grand oral des candidats devant le MEDEF, Marine Tondelier promettant d’être la présidente des TPE et PME. Même Mélenchon, qui n’a généralement rien à dire aux entreprises (à part « augmentez les salaires putain »), est généralement poli avec les « petits patrons ». Mettez « petit » devant n’importe quel terme économique, ça le rend tout de suite beaucoup plus de gauche.
Alors, bien sûr, il y a quelques raisons valables. Le pouvoir de nuisance des multinationales est très supérieure à celui des PME, en terme de captation de marchés, de pratiques anticoncurrentielles, de lobbying, de techniques d’optimisation fiscale ou de destruction de l’environnement. Les TPE et PME ont aussi ce côté sympathique du « tissu économique local », même si j’ai quelques doutes sur cette affirmation : le tissu économique de la Charente où je vis (et qui ne compte aucune métropole), c’est surtout les ateliers Hermès, Leroy Somer et les grosses entreprises du cognac.
Surtout, la gauche oublie toujours la face B de la médaille : ce sont dans les multinationales que se trouvent non seulement l’emploi et la richesse, mais aussi les salaires et les conditions de travail. Tout le monde sait parfaitement que le droit du travail (au hasard, le paiement des heures supplémentaires) sera bien mieux respecté chez LVMH ou chez Total, parce qu’elles ont des équipes RH dédiées, que chez le « petit » restaurateur du coin (N’hésitez pas à me contacter si vous trouvez un restaurateur qui respecte le droit du travail, ça m’intéresse). Il en va de même pour les salaires : il est évident que les multinationales paient infiniement mieux que la PME locale, surtout si vous avez quelques qualifications. C’est également vrai pour les entreprises publiques, souvent de très grande taille : les salaires sont bien meilleurs à la SNCF ou à EDF que dans le salon de coiffure du coin.
Pour enfoncer le clou, voyez le graphique ci-dessous : 500 entreprises françaises représentent…70% du chiffre d’affaires de la France à l’exportation. 50 entreprises géantes en représentent même 40% ! Autrement dit, sans le top 100, la France n’exporterait plus rien. Je pourrais continuer la liste longtemps en parlant par exemple du rôle des entreprises géantes dans l’innovation et la R&D.
Il faut bien sûr des petites entreprises. Mais un pays ne devient pas riche avec une accumulation de baraques à frites et de petits artisans –qui votent tous à droite, s’il fallait le rappeler. Etrange fascination de la gauche pour les petites entreprises.
