Une société méritocratique est-elle une société juste ?

Dans le cadre d’une préparation à l’agrégation de sciences économiques et sociales, je publie ici quelques travaux en format dissertation classique. C’est un sujet que j’avais déjà abordé ici.

Introduction

Les sociétés démocratiques contemporaines sont pétries de référence au mérite. Le terme de « mérite » a pris une place particulière après l’effondrement du bloc soviétique et la victoire du capitalisme libéral sur son adversaire, qui déclarait faire de l’égalité réelle son objectif politique : « à chacun selon ses besoins », proclamaient Marx et Engel dans Le Manifeste du Parti communiste (1848).

Dès lors que la plupart des pays développés se sont convertis à l’économie de marché, la notion de mérite prend une place particulière car il y a un lien entre idéologie du mérite et fonctionnement du marché. Un marché concurrentiel (en particulier en concurrence pure et parfaite) suppose que les agents sont « price-takers » : les consommateurs ne fixent pas le prix des produits et les entreprises non plus. Dès lors une entreprise qui vend un produit identique à un prix supérieur à ses concurrents ne vend pas du tout, et est éliminée du marché. La même situation se produit si elle vend à un prix identique mais en incorporant moins de technologie que ses concurrents. Ce sont donc les entreprises les plus efficaces, autrement dit les plus méritantes qui survivent. Ce qui est vrai des entreprises est vrai des travailleurs : les plus qualifiés (les plus « méritants ») obtiennent de meilleurs salaires, tandis que les moins qualifiés sont relégués aux emplois moins prestigieux, moins bien rémunérés et plus susceptibles d’être licenciés. On voit bien que le mérite sous-tend tout le fonctionnement des lois de l’offre et de la demande.

Cependant, la définition de la notion de mérite est complexe. En effet, elle dépend d’un système de valeurs historiquement et socialement situées. Ce qui est jugé méritoire diffère d’une société à l’autre, d’un groupe social à l’autre. Ici, c’est le courage ; là, l’intégrité, l’intellect ou encore la résilience. Le terme de « méritocratie » qui signifie littéralement « le pouvoir aux plus méritants » nécessite donc d’être questionné. Deux types de questions peuvent être posées : quel(s) critère(s) doit-on adopter pour juger, dans une société contemporaine, de ce qui est méritoire ? On voit bien le caractère normatif de la question D’autre part, si un consensus émerge (de facto ou de jure), une société qui fonctionnerait sur la base exclusive de ce critère pourrait-elle être qualifiée de « juste » ?

Nous verrons dans une première partie que les sociétés démocratiques capitalistes ont de fait inscrit la productivité comme critère de mérite déterminant (I a) ; cependant, ce critère pose des problèmes (I b) ; de fait, certaines sociétés, et en particulier la société française, ont intégré d’autres critères (I c). Dans une seconde partie nous verrons que si la méritocratie est nécessaire à la justice sociale (II a), elle n’est pas suffisante (II b) et peut même, poussée à l’extrême, se révéler nuisible (II c).

I. Quel critère pour juger méritoire une situation ?

A. Le rôle prépondérant de la productivité, un critère économique

En économie, la productivité désigne l’efficacité d’un facteur de production. On peut l’employer pour tout agent ou entité économique, et on la mesure souvent par un rapport : la richesse obtenue (souvent la valeur ajoutée) rapportée aux moyens mis en œuvre (souvent la quantité monétaire de facteurs). Les sociétés à économie de marché accordent une grande place à la concurrence (cf. introduction) et par voie de conséquence récompensent fortement les agents les plus efficaces, c’est-à-dire les plus productifs. Ainsi, les stars du football ou de la chanson peuvent toucher des revenus exponentiels car la demande pour leurs productions est très forte ; l’avènement des réseaux sociaux et des moyens de communication rapide renforce cela en élargissant fortement le potentiel de demandeurs. Si, en 90 minutes de temps, vingt-deux footballeurs peuvent générer, en droits télévisés, places dans le stade, maillots et autres produits dérivés des millions d’euros de valeur ajoutée, il est naturel d’imaginer que leur salaire sera bien plus élevé que celui d’un boulanger, par exemple, qui en 90 minutes de temps ne peut pas atteindre un tel chiffre d’affaires.

Dans le secteur proprement économique, la financiarisation de l’économie accroit aussi les perspectives de gains car un entrepreneur (au sens schumpetérien du terme) qui a une bonne idée peut plus facilement la financer et empocher ensuite un surprofit considérable via la croissance de la valeur boursière de son entreprise. Inversement, une mauvaise idée ne sera pas financée et si elle l’est la valeur de l’action finira par baisser : ainsi le marché récompense les plus méritants et punit les moins méritants. A titre d’exemple emblématique, on peut penser à l’entreprise chimique Thiokol qui avait fabriqué le joint défectueux (« O-ring ») ayant conduit à l’explosion de la navette Challenger en 1986 : le cours de son action en bourse avait chuté de 15% le jour même.

B. La productivité n’explique pas tout

Le critère de productivité, pour important qu’il soit en économie de marché, n’est pas suffisant. En effet la productivité se mesure mal dans le secteur non marchand, qui occupe cependant une part significative de la production dans la plupart des pays développés (entre 15 et 40%). On peut prendre de nombreux exemples, allant des juges aux policiers en passant par les infirmières ou les enseignants. Comment mesurer la productivité de ces emplois ? Comment mesurer le mérite de ces employés ? Généralement, une combinaison de critères est mise en œuvre : évaluation par la hiérarchie et/ou par une autorité indépendante comme l’inspecteur dans le cas des enseignants, indicateurs statistiques (taux d’élucidation des enquêtes pour les policiers par exemple). Cependant, ces indicateurs composites ne peuvent pas être résumés en une formule simple, ce qui a conduit les comptables nationaux à mesurer la valeur de la production non marchande au prix où elle est fabriquée. La productivité d’un enseignant est donc par défaut évaluée à son salaire : comme le salaire repose sur le concours obtenu et l’ancienneté, une telle mesure fait dès lors l’hypothèse (relativement raisonnable ?) qu’un agrégé avec 30 ans d’expérience est meilleur professeur qu’un vacataire débutant, qu’il est plus « méritant ».

Ce qui est vrai des emplois non marchands est vrai de certains emplois marchands qui ne se prêtent pas tous à une évaluation simple de leur productivité : autant la productivité d’un agriculteur est très simple à mesurer, autant celle d’un agent d’entretien est plus complexe. De plus, la production se fait dans des organisations collectives, ce qui rend d’autant plus délicat l’attribution d’une productivité individuelle. Alors que les salaires sont individuels et les primes au mérite sont individualisés, c’est pourtant l’effort collectif, et la synergie permise par cette agrégation qui rend possible la productivité, particulièrement dans les industries modernes où la division du travail est extrême, autorisant d’importantes économies d’échelles. Dès le XIXème siècle l’anarchiste Bakounine contestait déjà les rémunérations individuelles, estimant que si les chefs d’entreprise payaient bien la part individuelle de chaque salarié, ils ne rémunéraient pas la synergie collective, pourtant au cœur de l’efficacité de l’entreprise. Pour reprendre l’exemple des stars de la chanson ou du football, leur productivité exceptionnelle ne se réalise qu’à la condition d’avoir des réseaux de communication performants, à commence par un réseau de transport pour se rendre au stade, des agents de sécurité, une production d’énergie efficace, une formation qui leur permet d’atteindre ce niveau de compétences, etc. Tout cela nécessite un concours de compétences variées : des organisations publiques et privées, un système de règles efficace, des infrastructures de qualité, etc. Cette interdépendance très forte des individus dans les sociétés modernes avait été particulièrement remarquée par Emile Durkheim (De la division du travail social, 1893) au tournant du siècle : il appelait « organique » cette solidarité qui résulte de la complémentarité, par analogie avec les organes du corps. Une telle solidarité indispensable au fonctionnement des sociétés complexes interdit de tirer des conclusions trop simples sur les productivités individuelles. C’est par commodité que les rémunérations sont individualisées mais cela ne signifie pas forcément que les productivités le sont, ni qu’elles sont en rapport direct et immédiat avec les rémunérations.

C. Des critères sociopolitiques ou moraux sont aussi mis en œuvre pour évaluer le mérite

La France est un pays capitaliste qui fait une large part au marché. Cependant, le poids de son secteur non marchand (30% du PIB) a développé, en particulier depuis les Trente Glorieuses, d’autres logiques que celle de la productivité. En France, l’accès à de nombreux postes à responsabilités dans la fonction publique nécessite de passer et de réussir un concours. On peut parler d’une « méritocratie républicaine », le pouvoir n’étant pas ici économique (comme dans le cas de la productivité) mais plutôt socio-politique. Ainsi, des écoles comme l’ENA permettent à des individus d’accéder aux plus hautes fonctions publiques après un concours très sélectif. Le critère qui juge ici le mérite n’est pas la productivité (efficacité économique) mais plutôt la quantité d’efforts ou de connaissances accumulés par le candidat. On considère que tous les candidats sont placés à égalité (ils passent le concours dans les mêmes conditions et sont jugés sur les mêmes critères) ce qui signifie dès lors que les plus méritants (ceux qui ont le plus ou le mieux travaillé) l’emportent. On retrouve cette méritocratie républicaine dans des institutions telles que le baccalauréat, créé en 1808 par Napoléon précisément pour sélectionner les élites de l’Empire, donc donner, au sens quasiment littéral du terme, « le pouvoir aux plus méritants ».

D’autre part, on peut être méritant selon des ordres très différents de ceux de l’économie ou des concours républicains. Que dire d’un jeune malien qui sauve un enfant suspendu à un balcon ? Nul ne contestera son mérite, qui cependant n’est pas dans l’ordre des revenus ou du diplôme. Le mérite de M. Gassama est d’avoir réagi de façon exemplaire à une situation de détresse donnée, il y a une part de chance (il était au bon endroit au bon moment), une part de condition physique, et bien évidemment son choix personnel d’agir à ce moment, y compris en prenant des risques pour sa propre vie.

Conclusion intermédiaire

En France, le mérite est donc à la fois une valeur (l’idéologie de la responsabilité individuelle), une pratique institutionnalisée (la sélection républicaine au mérite) et un mode de fonctionnement économique (le surprofit pour les agents économiques les plus efficaces, la stagnation voire l’élimination pour les autres). Ces trois ensembles ne se contredisent pas mais peuvent même se renforcer mutuellement : le système scolaire sélectionne le plus travailleur et lui offre les meilleurs diplômes, ce qui en retour lui permet de valoriser son diplôme sur un marché monétaire (théorie du signal de Spencer) et/ou d’acquérir des compétences en capital humain (théorie du capital humain de G. Becker), lui permettant in fine de d’accroitre ses revenus, et lui autorisant à tenir un discours idéologique valorisant le mérite (« ce que j’ai, je l’ai obtenu à la force du poignet », etc.).

Nous allons voir que cet ensemble cohérent est indispensable pour parler d’une société juste, mais qu’il n’est pas du tout suffisant ; dans certains cas, l’excès de méritocratie peut même nuire à la justice sociale.

II. La méritocratie suffit-elle à la justice ?

A. Une société juste est forcément en partie méritocratique

Jamais les sociologues ou les anthropologues, dans l’histoire connue, n’ont trouvé de société sans hiérarchie sociale. Qu’elle soit basée sur le pouvoir, l’argent, l’autorité, l’ancienneté, le genre, le charisme ou tout autre critère, une structure hiérarchique a été observé dans toutes les sociétés connues. Une hiérarchie implique une élite. Par quel moyen l’élite devient élite ? La question a irrigué la sociologie, en particulier depuis le Traité de sociologie générale de Pareto (1916) et sa théorie de la « circulation des élites » : les élites méritent leur place, elles sont plus compétentes et la mobilité sociale permet la circulation des élites. Ce qui est certain, c’est qu’un système hiérarchique signifie un système de sélection des élites. Ce système peut être formel (le concours de l’ENA) ou informel (l’autorité traditionnelle au sens wébérien du terme, par exemple un chef de village), reposer sur la loi ou sur la coutume, mais il a pour but ou pour conséquence de donner une place hiérarchique à certains individus ou à certains groupes. Peut-on parler de justice sociale dès lors qu’existe un système de sélection des élites ? Oui si les places et les positions hiérarchiques sont ouvertes à tous : c’est ce qu’avait défendu John Rawls dans sa célèbre Théorie de la justice (1971).

En ce sens, une société méritocratique est juste, car elle sélectionne les élites d’une façon qui permet à tous les membres de la société de contester éventuellement la place du chef. On peut parler d’une véritable égalité des droits par opposition à une société où la position de départ est acquise à la naissance (société indienne de castes) et ne peut être changée, ou très marginalement (société d’ordres dans l’Ancien régime). C’est le cas particulièrement s’agissant de la hiérarchie des genres, où la place des hommes (dominante) a longtemps été considérée comme « évidente » ou « naturelle », reléguant les femmes à des positions ou des tâches subalternes, voire à la privation des droits élémentaires : la femme éternelle mineure privée de presque tous les droits politiques, soumise à la puissance du paters familias, comme dans la Rome antique : elle ne quitte l’autorité de son père que pour aller vers celle de son mari, ne peut ni ester en justice, ni devenir magistrat, etc. Une telle injustice dans l’accès aux positions sociales paraît inconcevable aujourd’hui, bien que les inégalités hommes/femmes n’aient évidemment pas disparu.

B. Cependant la méritocratie ne suffit pas à assurer la justice

Si une société méritocratique est, du point de vue de la justice sociale, supérieure à une société où les positions ne sont pas contestables, le critère de mérite ne saurait suffire à lui seul à pouvoir qualifier une société de « juste ». En effet, les sociologues savent bien que les positions sociales se perpétuent (au moins en partie) dans le temps, et donc que le mérite individuel, fût-il mesurable, est le fruit de conditions sociales acquises par les instances de socialisation classiques : école, famille, travail, groupes religieux, etc. La famille joue un rôle considérable : pour reprendre le cas de la méritocratie scolaire républicaine, les nombreux travaux de sociologie scolaire en particulier depuis Les héritiers (1964) puis La reproduction (1974) de P. Bourdieu et J-C. Passeron ont montré que l’école, même construite sur l’idéologie du mérite, peut reproduire les inégalités sociales. En effet l’égalité des chances supposée acquise au départ est en réalité tributaire de la culture familiale, du temps que les parents auront consacré dans l’enfance à suivre et soutenir la scolarité de l’enfant, donc de leur propre capital culturel, de leurs ressources financières, etc. Les professeurs dispensent une culture qu’ils ont eux-mêmes acquise, et qui souvent est proche de la culture dominante. Tous ces facteurs, en particulier quand ils sont cumulés structurent des groupes sociaux qui se reproduisent de façon plus ou moins consciente (c’est très conscient dans le cas de la haute bourgeoisie, cf. les travaux de M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot) : sur le long terme on parle de reproduction sociale.

Au-delà même de la question sociale, la génétique joue un rôle puisque les gènes, qui jouent un rôle dans le caractère, le physique (au sens large, incluant l’état de santé) et dans certaines aptitudes héritées (le fait d’être gaucher ou droitier, par exemple) sont intégralement reçus de la parentèle. Peut-on alors parler de « justice sociale de la méritocratie » si le plus méritant se résume à être le vainqueur de la « loterie génétique » et/ou de la « loterie sociale » ? Certes, les conditions sociales de naissance n’empêchent nullement les individus de faire des choix, comme l’affirme toute la sociologie du choix rationnel (initiée en France par Raymond Boudon), mais elles déterminent un contexte qui définit assez fortement les contours des choix possibles. Il parait alors nécessaire, pour assurer la justice, de ne pas se contenter de l’égalité des droits mais de développer des mesures d’égalité des chances permettant de modifier les conditions de départ en faveur des plus défavorisés : c’est le principe de différence rawlsien. Cela peut aller jusqu’aux mesures dites de « discrimination positive », qui incluent une véritable rupture juridique dans la loi dans le but d’améliorer les conditions de départ des groupes les plus désavantagés. Les exemples sont très nombreux : cela va des mesures en faveur des handicapés (destinées à corriger des inégalités biologiques) aux mesures sociales ou scolaire en faveur des moins dotés en capital économique, ou encore les politiques culturelles pour rendre plus accessible l’accès à une culture variée aux populations les moins dotées en capital culturel. A chaque fois, on ouvre un accès à une ressource pour certaines personnes et pas pour d’autres.

C. Un excès de méritocratie peut se révéler nuisible

En 2009, dans Le mérite contre la justice, Marie Duru-Bellat remarquait déjà qu’une société entièrement construite sur le mérite serait invivable. En effet, à supposer qu’on puisse parfaitement le mesurer et le rattacher à chaque individu ou agent, une telle société ne laisserait nulle place à la chance et à l’essai : un individu mériterait au sens le plus absolu sa position sociale. Dès lors, il n’aurait aucun droit à une deuxième chance et le hasard ne jouerait aucun rôle. Ceci ressemble davantage à une dystopie qu’à une société réellement humaine.

Il y a une forme de violence du mérite, y compris à l’égard des individus, estime Marie Duru-Bellat : un fils de paysan ne rêve pas forcément d’être cadre. Que dire des enseignants, très nombreux, qui se désespèrent qu’un excellent élève veuille poursuivre des études manuelles ou techniques, unanimement considérées en France comme moins méritoires que les études longues et abstraites ? Il ne serait pas juste de forcer les individus à être « méritants » contre eux-mêmes.

Cette violence s’exerce aussi dans les rapports entre individus et groupes sociaux, car il y a presque toujours un décalage entre les différences de mérite (quand on peut les mesurer) et les différences d’accès aux ressources comme le revenu. Plusieurs études économiques avaient ainsi montré que lorsqu’on compare la performance des 500 plus grandes entreprises mondiales à la rémunération de leur dirigeant, il y a bien une relation entre les deux (les dirigeants des entreprises les plus performantes sont les mieux payés) mais elle est totalement non-proportionnelle : quand la performance varie de quelques pourcents, le salaire varie du simple au triple, voire davantage. On peut ainsi se demander quelle différence de mérite justifie des écarts de patrimoine ou de revenu de l’ordre de 200 pour 1 tels qu’on les trouve fréquemment actuellement, y compris dans les sociétés à forte redistribution comme la France. Un individu peut-il être 200 fois plus méritant qu’un autre ? Ce genre de formule a-t-elle d’ailleurs un sens ? Cela nécessite donc des mesures de justice indépendante de la question du mérite ou de l’efficacité. Il s’agit d’un choix éthique qui consiste, dans certains cas, à privilégier la justice sur le mérite. On peut parler de mesure d’égalisation des conditions tels que les impôts progressifs, même s’il ne s’agit évidemment pas d’obtenir une égalité absolue de toute façon utopique. Alexis de Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1835) remarquait ainsi à quel point le sentiment d’égalité voire la passion pour l’égalité était typiquement démocratique.

Conclusion

Qu’elle repose sur une sélection des élites par des concours républicains ou sur le principe économique de concurrence (plus probablement sur un mélange des deux) une forme de méritocratie est indispensable à la justice sociale, car une société promouvant les plus méritants sera toujours plus juste qu’une société qui ne dispose d’aucun mécanisme de mobilité sociale.

Cependant, la méritocratie ne suffit pas à assurer la justice sociale : une société entièrement méritocratique ne serait pas juste, si seulement elle était possible. Une combinaison variée d’instruments publics, reposant sur des logiques différentes (égalité des droits, des chances, des conditions) est nécessaire, qui tienne compte autant d’objectifs de justice sociale que des circonstances particulières dans lesquelles évoluent les individus, et de leurs désirs particuliers.

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