Note de lecture : Immigration, le grand déni, par François Héran

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François Héran est un sociologue, anthropologue et démographe, spécialiste des migrations. Ancien directeur de l’INED, passé également par l’INSEE, il est depuis 2017 professeur au Collège de France et titulaire de la chaire “Migrations et sociétés”.

La thèse centrale du livre

Le livre est court, autour de 150 pages, soit deux fois moins que son magnum opus Avec l’immigration, mesurer, débattre et agir, publié en 2017. Néanmoins il reprend les principales thèses de l’auteur, la dernière partie étant consacrée à un commentaire de la loi immigration de Darmanin, qui n’était pas encore votée à l’époque du livre (fin 2023).

Thèses qui se laissent facilement résumer en quelques points :

  1. L’immigration est un fait de société depuis des siècles qu’il est vain de vouloir stopper : la progression récente de l’immigration ne s’explique pas par le « laxisme » ou la « lâcheté » des gouvernements, elle s’inscrit dans un mouvement planétaire, auquel la France peut difficilement échapper.
  2. Les seuls pays qui peuvent prétendre empêcher l’immigration sont les régimes autoritaires ou les dictatures (et encore). Non seulement il est moralement intenable de les imiter, mais ce sont presque tous des pays peu développés qui connaissent de l’émigration parce qu’ils ne sont pas attractifs.
  3. Sans échapper aux mouvements migratoires mondiaux, la France est pourtant loin d’avoir pris sa part dans l’immigration récente si l’on compare aux autres démocraties européennes. La “subversion migratoire” dénoncée depuis des années par Marine Le Pen n’a jamais eu lieu.
  4. Il faut donc faire avec l’immigration, c’est-à-dire la réguler dans un équilibre délicat entre respect des droits fondamentaux et souveraineté nationale. Héran se positionne alors (assez facilement) dans une position qu’il juge “pragmatique”, par opposition aux militants du No border (qu’il écarte en quelques lignes comme des utopies chimériques) mais surtout à la droite et à l’extrême droite qui prétendent vouloir stopper ou “réduire drastiquement” l’immigration avec des solutions qui ne fonctionnent jamais.

Je ne résume ici que les thèses centrales, que je prendrai le temps de développer et éventuellement critiquer. Le livre contient bien d’autres arguments sur le droit des étrangers, les OQTF, les projections démographiques, un chapitre entier sur Mayotte ou encore quelques développements sur l’intégration des deuxièmes et troisièmes générations d’immigrés. Tout est abondamment sourcé même si certains points sont passés trop vite : difficile de traiter d’un sujet aussi vaste en 150 pages. Comme à mon habitude lors de mes notes de lecture, je me laisserai donc la liberté d’en développer certains.

1. L’immigration est un fait de société depuis des siècles

C’est l’un des points les plus faciles à démontrer et qui suscite le moins de débat, du moins chez les personnes douées de raison, d’un minimum de culture générale et d’honnêteté intellectuelle (à l’exclusion donc des imbéciles, des ignorants et des complotistes). D’innombrables livres ont déjà abordé ce point, notamment chez les historiens, et ce depuis des décennies. Noiriel, Rygiel, Gastaut, Dreyfus, Parsons, Wilkerson, Castles… la liste est pratiquement infinie des historiens, français ou étrangers, qui ont traité de l’immigration en France, qu’ils posent l’analyse sur quelques décennies, sur tout le XXème siècle ou sur une période plus longue pour les ouvrages les plus ambitieux.

Tous parviennent à la même conclusion, valable pour la plupart des pays du monde (à une moindre échelle sans doute pour les pays insulaires) : les sociétés se sont toujours construites avec l’immigration, car se déplacer pour fuir la guerre et la persécution, chercher de meilleures conditions de vie, coloniser un territoire étranger ou faire la guerre est inhérent à l’espèce humaine : rappelons que nous avons été nomades pendant des millénaires. Il va de soi que le développement de la mondialisation économique post-seconde guerre mondiale, qui a pour conséquences notables l’abaissement des coûts de transport et de communication, a développé fortement le phénomène migratoire.

Héran reprend donc les éléments bien connus sur les vagues migratoires en France depuis un siècle, et même un peu au-delà puisque les premiers recensements démarrent en 1851. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on retrouve trois grandes phases : une forte croissance de 1945 à 1975, une phase de relative stagnation pendant une vingtaine d’années suivie d’une très forte croissance depuis les années 2000 (nous reviendrons sur cette dernière vague).

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Les immigrés sont ici entendus comme les personnes nées étrangères à l’étranger selon la définition de l’INSEE. L’ONU adopte une approche plus large (personnes nées à l’étranger) qui ne change cependant pas les ordres de grandeur.

Ainsi Héran considère-t-il qu’il y a un “déni migratoire” chaque fois qu’on présente l’immigration comme un phénomène nouveau et tardif :

L’immigration serait en quelque sorte une excroissance imposée à la « France millénaire » ; elle priverait le peuple français d’un droit d’un nouveau genre : le « droit à la continuité historique », une formule forgée par Jean-Marie Le Pen en 2002 et très en vogue de nos jours.

“France millénaire” : expression d’ailleurs purement rhétorique, à moins de parler uniquement de la France comme territoire géographique : les cailloux, les vallées et les montagnes, certes, ne migrent point. Pour le reste, tous les historiens savent que la France comme royaume naît au XIIème siècle, comme idée et sentiment d’appartenance au XIVème, comme nation au XVIIIème. Les fantasmes nationalistes qui projettent l’idée d’une continuité historique intangible entre la France actuelle et ses symboles (du drapeau à la devise en passant par l’hymne ou la langue, le fromage et la baguette, Voltaire, la messe le dimanche, le cassoulet, la laïcité, que sais-je) dans des époques totalement anachroniques n’en finissent pas d’amuser, ou de lasser. A l’époque de Clovis, il n’y avait ni royaume unifié, ni langue française, ni sentiment d’appartenance collectif, ni même religion partagée puisque les Wisigoths qui occupaient l’Aquitaine (pour ne citer qu’eux) étaient ariens. D’ailleurs, on sait peu de choses fiables sur Clovis, les sources étant fortement émaillées de légendes postérieures. Que dire des Gaulois qui n’utilisaient pratiquement pas l’écriture ! La récupération romantique de Vercingétorix est une création de la troisième République.

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Bref. Chacun fera démarrer la France où son fantasme de grandeur le porte, selon qu’il est plutôt Jaurès ou Maurras, catholique ou athée, philosophe ou romantique : qui à Clovis, qui à Jeanne d’Arc ou Vercingétorix, qui à la christianisation de la Gaule, qui aux gallos-romains, qui à Philippe le Bel ou à la Révolution. On peut projeter en pensée toutes les valeurs qu’on veut sur des époques qu’on n’a pas vécu : la réalité telle que les historiens parviennent à la reconstituer est un peu (beaucoup) plus complexe.

Je répète : à l’exception des imbéciles, des ignorants et des complotistes, personne ne peut contester que la “France millénaire” soit le résultat d’un brassage dans le temps long. Brassage qui a donné le pays qu’on connait : sa langue, sa gastronomie et sa littérature, son Etat centralisé fort, sa Sécurité sociale développée, sa culture démocratique, son patrimoine culturel et religieux chrétien, sa conception de la laïcité, j’en passe. Toutes les cultures nationales se sont construites ainsi. Comme pour renvoyer les nationalistes dans leurs cordes, l’auteur s’amuse à citer Bainville, figure majeure de l’extrême-droite d’entre-deux-guerres :

Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. Unique en Europe, la conformation de la France se prêtait à tous les échanges de courants, ceux du sang, ceux des idées. La France est un isthme, une voie de grande communication entre le Nord et le Midi

Ainsi selon Héran :

Il n’y a guère de sens à être pour ou contre l’immigration : il faut faire avec. Encore faut-il rappeler qu’il y a plusieurs manières de “faire avec” ou de “vivre avec”.

2. Seuls les régimes autoritaires peuvent réellement prétendre stopper l’immigration (et encore)

On pourrait engager d’énormes moyens budgétaires dans la police aux frontières de façon à pourchasser tout migrant et tout citoyen qui l’héberge ou le soutient comme criminels ; on pourrait les enfermer dans des centres de rétention sans limite et sans droits, rendre les conditions d’accès à la nationalité ou au séjour si drastiques que personne n’y peut prétendre ; on pourrait les laisser mourir en Méditerranée (ou les couler directement, comme le suggérait Bernard Tapie aux électeurs du FN), les mettre dans des trains ou des avions et bien d’autres choses encore. Alors peut-être pourrait-on juguler efficacement l’immigration : en renonçant à être une démocratie.

Par démocratie j’entends bien un régime politique fondé sur les droits fondamentaux (liberté d’expression, de circulation, de culte, …) qu’on résume dans des textes qui s’appellent des Constitutions et dont le but est de limiter l’arbitraire de l’Etat ; et non la conception purement plébiscitaire, pseudo-démocratique que s’en fait fréquemment l’extrême droite (parfois la gauche lorsqu’il s’agit de fiscalité), sur le thème “ce que le peuple veut est toujours démocratique”. Le fameux peuple qui plaça le NSDAP en tête à 33% des voix en 1932 (puis  44% l’année suivante), portant logiquement Hindenburg à nommer Hitler chancelier ? Ou celui qui élut un Parlement votant les pleins-pouvoirs à Philippe Pétain ? Le plébiscite populaire fait partie de la démocratie, bien sûr ; mais il n’en est pas le dernier mot.

Or la France d’aujourd’hui est une démocratie libérale qui s’inscrit logiquement dans un ensemble de textes garantissant des droits aux citoyens nationaux et étrangers. Il n’y a pas de démocratie si les étrangers (a fortiori réguliers) sont privés des droits fondamentaux dont bénéficient les nationaux. Comme le souligne Héran, on ne peut s’affranchir des décisions de la Cour Européenne des Droits de l’homme ou du Conseil d’Etat d’un revers de la main, ou bien il faut assumer la rupture démocratique en considérant que l’Etat est au-dessus du droit, c’est-à-dire littéralement abolir l’Etat de droit. Ce que certains ténors de la droite et de l’extrême droite (la distinction est spécieuse ici, car sur l’immigration ils ont désormais fort peu de différences) n’hésitent d’ailleurs pas à faire.

C’est en ce sens que Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, rappelait que la préférence nationale “appliquée de façon systématique” est anticonstitutionnelle, fondement sur lequel le Conseil avait censuré l’essentiel des dispositions de la loi immigration version LR, provoquant les cris d’orfraie de ces pseudo-démocrates qui se prétendent “républicains”. Toute la nuance se trouve dans l’expression “appliquée de façon systématique” :

La Constitution ne s’oppose pas à ce que le bénéfice de certaines prestations sociales pour les étrangers en situation régulière soit soumis à une condition de durée de résidence ou d’activité, mais cette durée ne peut priver les personnes défavorisées d’une politique de solidarité nationale, comme le prévoit le préambule de la Constitution de 1946.

Or l’article 1 de la proposition de RIP conditionnait le bénéfice de prestations sociales pour les étrangers non européens en situation régulière à une résidence d’au moins cinq ans, ou à une affiliation d’au moins trente mois au titre d’une activité professionnelle : cette longue durée ne pouvait être admise. Ce faisant, le Conseil a confirmé que la protection sociale ne s’applique pas seulement aux personnes de nationalité française, mais à toutes les personnes résidant régulièrement en France, repoussant la thèse dite de « préférence nationale »

Autrement dit, l’exigence de résidence pour bénéficier de certaines prestations est légitime mais doit être modérée et ne pas conduire à exclure la plupart des étrangers réguliers qui rappelons-le, travaillent, cotisent, et paient des impôts, d’un système de protection social bénéficiant aux Français qui eux aussi, travaillent, cotisent et paient des impôts.

Un mot sur les clandestins (on en reparlera ensuite) : refouler des illégaux à la frontière est une chose ; les “remigrer” dans leur pays une fois qu’ils sont sur place en est une autre. Pas besoin d’être fin diplomate pour comprendre qu’il n’y a aucun moyen de refourguer un Algérien à l’Algérie si l’Algérie n’en veut pas, c’est-à-dire si elle ne délivre pas le laisser-passer consulaire. De Ciotti à Zemmour en passant par Retailleau, l’extrême droite a beau jeu de vouloir user de tous les moyens de pression possibles : en attendant quoi, à part la voie diplomatique ? Déjà essayée maintes fois, avec le succès qu’on connait. On va envahir l’Algérie ? Et s’il s’agit de leur donner de l’argent en échange du retour, autant garder le budget : je fais plus confiance à l’administration française pour le dépenser efficacement qu’à son homologue algérienne. Là encore, les solutions simplistes se heurtent à un dilemme que leurs promoteurs n’assument jamais : accepter certaines limites au pouvoir de l’Etat (c’est-à-dire à leur propre pouvoir de gouvernants), ou rompre formellement avec la démocratie.

3. Les décisions politiques ne semblent pas affecter l’immigration

Au final, si l’on remonte le fil de la courbe ci-dessus, on voit qu’elle est fort peu sensible aux alternances politiques : le journal Le Monde a recensé pas moins de 118 lois (!) sur l’immigration depuis 1945, soit une tous les deux ans environ. Depuis la fin des années 1980, plus de trente textes ont été voté, essentiellement des durcissements de la politique migratoire :

Ainsi, les conditions de délivrance de la carte de résident de longue durée ont changé huit fois depuis 1984, réclamant aux étrangers cinq, dix ou quinze ans de résidence en France, et les critères de régularisation des immigrés sans papiers ont été redéfinis près d’une quinzaine de fois depuis les années 1970. (…)

Au milieu des années 1970, pour la première fois, la France a admis sur son territoire plus de familles que de travailleurs. Cette période est désignée comme le point de départ de « l’ouverture des vannes migratoires » par les opposants à l’immigration. Ils incriminent un arrêt du Conseil d’Etat, en 1978, qui sanctuarisait le regroupement familial, ce droit accordé aux travailleurs immigrés d’être rejoints par leur famille en France.

Le Conseil d’Etat n’a fait que freiner les tentatives de la droite d’écorner le regroupement familial, qui existait bien avant les années 1970. Depuis cette époque, de nombreuses réformes ont durci son application. La régularisation sur place des familles est ainsi quasiment impossible depuis la loi Sarkozy de 2003, qui leur a imposé une autorisation préalable au regroupement familial avant d’entrer sur le territoire. (…)

Le regroupement familial a aussi été limité par un autre levier : un délai minimum de présence en France a été imposé aux immigrés avant de pouvoir en bénéficier [depuis 2006, un an et demi]

Dans le même temps, l’Etat a renforcé les exigences applicables aux immigrés souhaitant être rejoints par leur famille, tant au niveau du logement que des ressources financières [aujourd’hui 1 à 1,2 smic selon la taille de la famille]. Un contrôle de l’intégration des familles a été introduit sous Nicolas Sarkozy (en 2007), avant de disparaître sous François Hollande (en 2016).

Parallèlement, la répression contre les irréguliers s’est accrue : rétention administrative jusqu’à 90 jours (c’était 7 jours en 1981), reconduction à la frontière sur ordre du préfet, peine de 5 à 10 ans encourue en cas d’aide au séjour d’un clandestin (1998), augmentation du délai de carence pour lutter contre les mariages blancs (2006), création d’un fichier biométrique (2018), restriction d’accès à l’AME (2020), …

Certes, il y a eu aussi des assouplissements, notamment en matière d’immigration de travail dans les secteurs qui peine à recruter. Le droit du sol a toujours été maintenu (un enfant de parents étrangers né en France est automatiquement français à 18 ans), les conditions pour obtenir l’asile (statut de réfugié) ont été élargies et la carte de résident de dix ans est plus facile à obtenir : elle est aujourd’hui automatique après 5 ans en situation régulière. A titre de comparaison, la green card américaine n’est jamais automatique, mais peut être obtenue bien plus rapidement si l’on remplit les conditions. Contrairement à la France, il n’est nullement nécessaire de passer un examen de culture générale ou de langue.

Quoi qu’il en soit, on chercherait en vain une corrélation entre les flux migratoires et les décisions politiques, de droite ou de gauche. Ainsi les lois Pasqua de 1986, 1993 et 1997 ont-elles considérablement durci la politique migratoire française, sans rien changer à la dynamique d’ensemble. C’est même à partir de cette période, la fin des années 1990, que l’immigration en France s’est fortement accélérée. On pourrait zoomer autant qu’on veut sur les 10 ou 15 dernières années pour imputer quoi que ce soit à Chirac ou Sarkozy, Hollande ou Macron : peu importe les grands mots, peu importe les alternances, l’immigration a continué.

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Il semblerait donc que les migrants ne lisent pas le journal Officiel, et que les migrations soient plus sensibles à la géopolitique et à l’économie mondiale qu’aux délibérations d’un Parlement. La rhétorique de la main ferme qui ne tremblera pas, et que si ça avait été moi on en serait pas là, a beau avoir été usée jusqu’à la corde par à peu près tous les ténors de la droite depuis 20 ans : elle est vaine.

4. La France n’a pas pris sa part dans l’immigration récente

On connait la célèbre citation de Rocard à propos de la France qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde (1989), qu’il finira par compléter en 1996, agacé par la reprise systématique de sa formule par l’extrême droite, par le “…mais elle doit en prendre fidèlement sa part”.

François Héran va plus loin que simplement remettre en question la thèse de la subversion migratoire : il affirme chiffres à l’appui que la France n’a même pas pris sa part dans les vagues d’immigration récentes, c’est-à-dire depuis 2000. Bien entendu cette affirmation s’entend dans la logique qu’on vient de voir : puisque l’immigration est un phénomène mondial auquel personne n’échappe (sauf, en partie, quelques rares pays insulaires et les régimes autoritaires, d’ailleurs à leur détriment), la France devrait connaître une immigration en proportion de son poids démographique et économique européen. Or il n’en est rien.

Comme on le voit dans le graphique ci-dessous qui établit la progression du nombre d’immigrés depuis 2000 dans diverses zones européennes, la France a bien moins accueilli que l’Europe du Sud, que les pays nordiques, que le Royaume-Uni et l’Irlande, que l’Allemagne et l’Autriche, et que le reste de l’Europe de l’Ouest.

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Pourtant à l’échelle mondiale, l’immigration est passé en 25 ans de 173 à 281 millions de personnes (notons en passant que si le chiffre est impressionnant en millions, cela ne représente jamais qu’environ 3% de la population mondiale), soit une hausse de 62%, deux fois supérieure à la croissance démographique sur la même période. A l’échelle européenne, l’immigration a progressé de 70% en 25 ans (+30 millions d’immigrés), ce qui est très supérieur à la croissance de la population européenne. Seul le groupe “Europe orientale” (la ligne rose pleine ci-dessus) reste à l’écart des migrations, soit la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie.

Quant à savoir pourquoi l’immigration progresse autant, Héran en donne les trois raisons principales, qui n’ont rien d’originales :

  1. La mondialisation des études supérieures (on y reviendra) ;
  2. Les conflits et leurs conséquences (guerres civiles, interventions militaires, persécutions…), dont les pays occidentaux sont parfois responsables plus qu’à leur tour ;
  3. Davantage de pays à mi-chemin sur l’échelle du développement, à la fois trop pauvres pour pouvoir faire vivre dignement tous leurs habitants, et suffisamment riches pour ouvrir des voies de passage vers l’Occident : Mexique, Maghreb, Balkans…

Les migrations familiales continuent d’exister mais progressent moins vite que les autres migrations. Quant aux migrations climatiques, elles sont marginales selon Héran.

Fait connu mais sans doute pas assez souligné : les migrants vont le moins loin possible. Parce qu’ils espèrent toujours retrouver leur foyer, et parce que c’est beaucoup moins cher. “Il ne suffit pas d’aspirer à émigrer, commente Héran. Encore faut-il avoir les moyens de ses aspirations”. Ainsi le Liban a-t-il accueilli depuis 2011 pas moins de 1,5 millions de Syriens : pour un pays de moins de 5 millions d’habitants, cela représente plus du quart de sa population. Voilà un pays qui peut légitimement parler de subversion migratoire…La Turquie en a reçu quant à elle plus de 3,5 millions, et la Jordanie plusieurs dizaines de milliers, ces trois pays recevant 80% du flux migratoire issu de la guerre civile syrienne. En comparaison, l’Allemagne en a reçu presque 500 000 et la France… 37 000. Si nous avions accueilli à proportion de notre PIB ou de notre démographie, nous aurions admis au séjour plus de 150 000 Syriens, et non 35 000, selon Héran. Idem pour les Irakiens. C’est un peu plus pour les Afghans même si cela reste loin du prorata des pays comparables. De même la plupart des Ukrainiens sont allés soit en Pologne, soit en Allemagne (plus de deux millions pour ces deux pays) ; 370 000 sont allés en République tchèque, et… 70 000 en France. La France en a reçu moins que l’Espagne (presque 200 000), moins que l’Italie ou la Bulgarie et même moins que… l’Irlande !

5. Les aides sociales en France : un appel d’air migratoire ?

Au passage, François Héran réfute ici complètement la thèse de “l’appel d’air” que provoquerait nos généreuses aides sociales. Que la France ait un système social généreux, personne ne le conteste. Mais premièrement, il n’est pas accessible aux clandestins : par définition ils n’ont pas le droit d’être sur le territoire jusqu’à décision administrative contraire, et n’ont donc accès à aucun minima social (à moins de considérer qu’un hébergement d’urgence et une assistance médicale est un minima social ?). Les demandeurs d’asile ont bien quelques aides mais elles servent uniquement à survivre le temps que la décision administrative tombe. L’ADA pour une personne seule et sans hébergement, c’est maximum 430€ par mois, deux fois moins que le RSA.

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Source : Le Monde.

Deuxièmement et surtout, la théorie de l’appel d’air est précisément réfutée par le fait que la France accueille bien moins que les pays comparables, y compris ceux qui sont beaucoup moins généreux. Le fait que les Afghans et les Irakiens se massent à Calais pour aller en Angleterre, patrie du libéralisme, plutôt que rester en France, patrie de l’Etat-nourrice, n’interroge apparemment pas Zemmour et ses affidés, qui continuent à répéter en boucle l’absurdité d’une migration qui ferait son catalogue de destination parmi les aides sociales disponibles, catalogue que la plupart des Français sont bien en peine d’établir !

Evoquant les Ukrainiens, Héran commente :

On ne peut que constater avec des sentiments partagés la différence d’attitude de nos hommes politiques à l’égard des réfugiés syriens, irakiens, érythréens, guinéens, congolais d’une part, et des Ukrainiens d’autre part : ces derniers ont été accueillis avec des formalités expéditives de demande d’asile, ils ont été logés dans de bonnes conditions, ils ont obtenu immédiatement le droit de travailler. Si l’on compare cela aux conditions indignes que doivent endurer les réfugiés de pays plus méridionaux, on ressent une certaine gêne. Et malgré cela très peu d’Ukrainiens ont choisi la France…

6. L’immigration en France : familiale, donc improductive ? 

L’extrême-droite a coutume de railler la formule “l’immigration est une richesse pour la France”, généralement après un fait divers sanglant impliquant un migrant (quand les même faits commis par les nationaux ne semblent pas mobiliser leurs réseaux, mais passons). Pourtant on peut très bien endosser la formule en étant hostile à l’immigration, tout en restant pragmatique, dans une sorte de version de droite de François Héran : l’immigration est acceptable… si elle est une richesse pour la France. C’est la fameuse immigration choisie, formule inaugurée par Sarkozy qui consistait à afficher de la fermeté tout en se démarquant du FN, lequel était hostile par principe à toute immigration. Autrement dit : oui à l’immigration économique productive mais non à l’immigration familiale, une immigration d’assistés.

En ce qui concerne la question politique, je me contenterai de répéter mon second point : rejeter en bloc une immigration humanitaire ou familiale revient à s’abstraire des conventions internationales qui la garantissent : il faut en assumer les conséquences politiques. Quels pays du monde interdisent le regroupement familial aujourd’hui ? Essentiellement les pays du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar, Koweit…) et Singapour, pour lesquels seuls les travailleurs hautement qualifiés ont le droit de faire venir leur famille.  Qui souhaite sincèrement défendre l’identité culturelle de la France en imitant de tels modèles ?

Pour autant, autoriser l’immigration familiale ne signifie pas l’autoriser sans conditions, comme on l’a vu plus haut : cela fait plus de 20 ans (2003) que la France impose une condition de ressources pour l’immigré souhaitant faire venir sa famille : elle est aujourd’hui égale à 1 ou 1,2 smic selon la taille de la famille, les aides sociales étant exclues du calcul. Les maires peuvent également pénétrer dans le logement pour vérifier qu’il correspond à une “taille suffisante”. Beaucoup de pays appliquent de telles conditions, notamment le Japon, l’Australie, la Corée du Sud ou encore le Danemark.

Sur un plan plus juridique, Héran rappelle que l’article 8 de la CDEH qui garantit le regroupement familial ne supprime pas toute marge de manœuvre étatique : cet article comporte deux alinéas et le deuxième permet explicitement aux Etats de déroger au premier en cas d’atteinte à la “sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui”. Autant dire que l’interprétation est large, la jurisprudence de la CDEH accordant aux Etats une marge d’appréciation. On peut donc très bien limiter le regroupement familial lorsque cette limitation est justifiée : imaginons le cas d’un étranger condamné pour terrorisme qui voudrait faire venir sa famille, par exemple.

Ce qui fait dire à l’auteur :

L’immigration ne se justifie pas uniquement dans une optique utilitariste (de type démographique ou économique) mais aussi dans une optique juridique qui doit faire la part de l’humanitaire sans nier la dimension sécuritaire. Dans un État de droit, il y a forcément des migrations de droit, mais aussi un droit des États à contrôler les migrations.

Dernière remarque purement factuelle sur l’immigration familiale : elle regroupe de nombreux motifs (cf. graphique ci-dessous) : la moitié sont des familles de Français, soit des conjoints, des enfants ou des parents pour un total de 40 000 par an environ ; le reste sont des familles d’immigrés dont 15 000 motifs de “regroupement familial” stricto sensu. Le regroupement familial n’est donc qu’une part minoritaire de l’immigration familiale.

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Terminons par une analyse chiffrée : sommes-nous submergés par l’immigration familiale ? Point du tout. Historiquement, elle est importante car elle est ancienne. En revanche, elle est très stable depuis une vingtaine d’années : ce n’est donc pas elle qui explique la vague migratoire récente. L’immigration familiale a longtemps représenté environ la moitié des migrations (un peu moins de 90 000 personnes par an), elle n’en représente désormais qu’un tiers. Sur la période 2007-2021, l’immigration familiale n’a quasiment pas bougé, alors que l’immigration étudiante progressait de 90% et l’immigration humanitaire de 150%.  En additionnant motif humanitaire, immigration de travail et étudiante, on explique 90% des migrations depuis 2005, dont 50% par l’immigration étudiante. C’est très visible dans le graphique ci-dessous :

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L’immigration étudiante fait faire ce commentaire à l’auteur :

La France fait encore partie des cinq nations qui parviennent à attirer le plus d’étudiants étrangers. La moitié viennent de nos anciennes colonies, et cela déplaît aux pourfendeurs du brain drain, mais il faut savoir ce que l’on veut : on ne peut pas à la fois défendre une vaste sphère francophone au nom de notre « politique d’influence » (c’est sa mission officielle) et empêcher les étudiants francophones de séjourner en France. À moins de considérer que la France consoliderait son image si elle sacrifiait la francophonie.

7. L’immigration économique : une menace pour l’emploi des Français ?

Sur la question de la rentabilité économique de ces migrations, je ne me lancerai pas ici dans le sujet bancal du coût pour les finances publiques. Je me contenterai de rappeler une vérité économique de base que soulignait déjà Alfred Sauvy en…1971 : le nombre d’emplois dans un pays est élastique : il peut être augmenté par la croissance économique. La formule à succès de Le Pen père dans les années 1980 (“un million d’immigrés = un million de chômeurs”) relève d’une croyance fausse : le malthusianisme économique, selon lequel le nombre des emplois d’un pays est fixé ad vitam et représente une sorte de gâteau qu’on doit se partager. Dans ce cas, pourquoi la période d’entrée sur le marché du travail des femmes, c’est-à-dire les années 1960, a coïncidé avec l’un des taux de chômage les plus bas que la France ait connu ? Elles auraient du prendre les emplois des hommes, comme certains conservateurs le craignaient d’ailleurs. Notons que la droite n’est pas la seule à utiliser cette métaphore idiote : la gauche reprend exactement la même logique quand elle estime qu’il faut “partager le temps de travail pour créer des emplois” ou “mettre les vieux en retraite de bonne heure, cela fera des emplois pour les jeunes”, en ignorant complètement les mécanismes économiques sous-jacent.

La réalité est que l’immigration n’a que peu d’impact sur le chômage ou les salaires, en particulier parce que les immigrés se concentrent dans certains secteurs en occupant des emplois faiblement qualifiés qui manquent de main d’œuvre, ce qui a pour effet d’améliorer les appariements entre offre et demande de travail et d’engendrer des externalités positives pour les natifs. Bien entendu, l’affirmation vaut globalement mais peut être nuancée selon le type de secteur économique. Tout cela a été abondamment étudié, on pourra trouver un court résumé des études sur le sujet dans cet article du spécialiste Hyppolite d’Albis.

Un exemple typique est celui des gardes d’enfants, qui sont facilitées dans les villes où la main-d’œuvre étrangère est plus importante. Par ricochet, on observe que les femmes nées sur place travaillent davantage, ce qui augmente leurs salaires.

Les immigrés sont en effet presque deux fois plus représentés dans la catégorie “ouvriers” (15%) que dans la catégorie “cadres” (8%) (INSEE). Pour prendre un exemple connu : les clémentines corses que nous aimons manger en hiver sont quasi-exclusivement ramassées par des magrébins : chaque année, ils sont près de 15 000 saisonniers sur l’île de beauté ! Je vous épargne les conditions indignes dans lesquelles certains sont plongés par leurs employeurs, surtout lorsqu’ils sont sans-papiers. On apprendra aussi à la lecture du graphique ci-dessous que le clergé représente la cinquième profession au plus fort taux d’immigré, ce qui ne surprendra aucun paroissien d’une commune rurale.

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En revanche, les immigrés des vagues récentes sont bien plus qualifiés que les natifs : parmi ceux âgés de 25 ans ou plus, la moitié sont diplômés du supérieur (INSEE 2022, chiffre identique quel que soit le continent d’origine) alors que cela n’est le cas que d’un quart des Français.

On voit donc bien qu’en matière économique, il y a un mur de la réalité qui s’impose aux idéologues. Georgia Méloni a été élue en Italie en 2022 sur la base d’un programme hostile à l’immigration. Dès l’année suivante, elle ouvrait grand les vannes de l‘immigration de travail, dans une Italie vieillissante (1,2 enfants par femme, très en dessous du seuil de renouvèlement des générations) et incapable de payer ses retraites.

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8. Immigration et délinquance

Ce point n’est pas du tout abordé par Héran mais mérite un développement, d’ailleurs assez rapide, car la question n’est pas si compliquée que cela. Le lien statistique entre immigration et délinquance est avéré. Pour être plus précis il faudrait d’ailleurs parler du lien entre population étrangère et délinquance, car les 2,5 millions d’immigrés qui ont été naturalisés français sont par définition comptés dans la délinquance nationale. Cette fois je ne citerai pas l’INSEE mais la CIMADE, association bien connue d’aide aux migrants : autant dire qu’ils sont peu suspects de sympathies racistes. Pourtant même eux reconnaissent le lien statistique :

L’essentiel des discours liant immigration et délinquance sont fondés sur des arguments quantitatifs : hausse des crimes et délits commis par les personnes étrangères, surreprésentation de ces dernières parmi les personnes détenues, etc. Or, en 2018, 549 966 condamnations ont été prononcées par les juridictions pénales, et seules 82 157 d’entre elles concernaient des personnes étrangères, soit 14,9%. Si l’on compare à la part des personnes étrangères parmi la population résidant sur le territoire national (7,5%) en 2018, c’est le double.

Il en est de même pour les statistiques concernant l’incarcération. Au 30 septembre 2022, les prisons enfermaient 71 167 personnes : 18 224 d’entre elles étaient étrangères, soit 25,6% de la population détenue. Les personnes étrangères représentent plus d’un quart de la population détenue, sans pour autant représenter un quart de la population présente en France.

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Le problème n’est donc pas de le reconnaitre mais de l’expliquer. De deux choses l’une : ou bien vous jugez qu’il existe des cultures “allogènes” qui tendent “naturellement à la délinquance” et que le lien entre délinquance et immigration est fondé sur une sorte de nature criminelle inhérente aux étrangers. Ou bien vous n’êtes pas raciste, et alors il y a d’autres explications.

La CIMADE en donne quelques-unes :

La surreprésentation des personnes étrangères condamnées et des personnes étrangères incarcérées au regard de leur nombre au sein de la population française, s’explique (ou est biaisée) par trois facteurs au moins :

  • Les personnes immigrées (étrangères ou non) sont victimes de traitements discriminatoires : contrôles au faciès qui conduisent à des sur-interpellations, traitements plus sévères par le système judiciaire, ce qui aboutit à une sur-incarcération de cette population ;
  • Il existe des infractions qui ne peuvent être commises que par des personnes étrangères, et pour lesquelles on constate des condamnations et des incarcérations quasi systématiques : refus de test PCR, refus de rendez-vous au consulat, refus de monter dans l’avion, etc.
  • La délinquance des personnes immigrées est une délinquance s’expliquant par les inégalités socio-économiques et territoriales : or, parmi ces personnes, beaucoup font partie des catégories socio-économiques les moins favorisées, et c’est par ailleurs la délinquance qui est la plus fortement « recherchée » et réprimée. C’est donc l’arbre qui cache la forêt : s’attaquer à l’immigration pour réduire la délinquance semble donc infondé, et c’est davantage une lutte contre les inégalités sociales et territoriales qui permettrait de diminuer les actes de délinquance. A défaut, l’on ne fait que créer une prophétie autoréalisatrice, sans même parler de la polarisation des tensions que de tels discours entraînent.

Tout cela est parfaitement documenté. Inutile au passage de considérer que le système judiciaire est raciste pour comprendre la sur-incarcération des immigrés : contrairement aux locaux, ils offrent moins de garantie de représentation au procès, donc seront presque toujours incarcérés en attente du jugement (détention préventive). Une chose qui n’arrive jamais aux riches. Même Cahuzac n’a pas passé un seul jour en prison… Comme le soulignait Muchielli, les étrangers sont particulièrement sur-représentés dans des délits de droit commun liés à la régularité de leur séjour : ils représentent 25% des condamnations pour travail illégal, 41% des faux en écriture publique, 50% des infractions douanières et (oh surprise) 80% des infractions relatives  à la police des étrangers. Evidemment, si la droite restaurait le délit de présence irrégulière sur le territoire française, c’est-à-dire un délit qu’on ne peut commettre que si on est étranger, on observerait une explosion de cette délinquance.

En ce qui concerne les contrôles au faciès (eux aussi largement documentés), on peut également les expliquer sans forcément faire intervenir les préjugés racistes de la police, comme par exemple les priorités qu’on lui assigne ou le fait que la police recherche des illégaux.

Je passe sur le facteur socio-économique bien connu, pour insister contrairement à la CIMADE sur deux autres facteurs pas assez cités à mon goût : l’âge et le sexe. Facile : la délinquance est massivement une question de jeune homme. Le taux de délinquance pour 100 habitants est 2% en moyenne contre presque 6% pour les 15-19 ans, soit trois fois plus.

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En ce qui concerne le sexe, c’est plus massif encore : le seul délit où les femmes sont majoritaires est le délit “d’atteinte à la famille” (j’ignore ce que c’est). Pour tout le reste, cela va de 65% d’hommes à 97% dans le cas des infractions sexuelles. En tout, les femmes ne représentent que 15% des mises en cause alors qu’elles sont 52% de la population. Autrement dit (simple règle de trois) les hommes sont six fois plus délinquants que les femmes (…34 fois dans le cas des agressions sexuelles).

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En cumulant les deux facteurs, on peut donc estimer que les jeunes hommes ont un risque de commettre un délit de l’ordre de… 20 fois plus que la moyenne de la population. Or les immigrés sont sur-représentés dans la catégorie “jeunes hommes”: 10% d’entre eux ont entre 15 et 24 ans, soit deux fois plus que la moyenne nationale. Dans les vagues arrivées récemment, c’est encore plus flagrant puisque la moitié ont moins de 40 ans. Ce sont aussi plus souvent des hommes.

9. Un dernier mot sur l’immigration clandestine

Il est parfaitement légitime de lutter contre l’immigration clandestine. Pour reprendre la citation déjà évoquée de l’auteur : Dans un État de droit, il y a forcément des migrations de droit, mais aussi de l’autre un droit des États à contrôler les migrations.”

Lors de la présentation de sa loi immigration fin 2023, Darmanin a répété à l’envi une formule qui avait l’air de beaucoup lui plaire : “nous devons être gentils avec les gentils et méchants avec les méchants”, sous-entendu : intraitables avec les migrants qui commettent des délits mais plus accueillants avec ceux qui travaillent et ne posent aucun problème, ou encore : durs avec les clandestins mais accueillants avec les réguliers.

La formule semble frappée au coin du bon sens, mais là encore, la réalité est plus complexe et les oppositions binaires ne fonctionnent pas. D’abord parce que la frontière entre régulier et irrégulier n’est pas intangible : beaucoup de réguliers sont passés par une phase d’irrégularité durant laquelle ils étaient constamment sous la menace d’un contrôle de police : Héran cite une étude qui montre que 40% des réguliers ont attendu 9 ans avant d’obtenir leur premier titre de séjour. A l’inverse, les réguliers peuvent devenir irréguliers si le titre n’est pas renouvelé : or, c’est parfois entièrement la faute de l’Etat dont les services préfectoraux sont débordés, en raison de budgets faibles et d’un personnel dépassé. Darmanin lui-même reconnaissait dans son discours de présentation de la loi à l’Assemblée nationale que certains migrants se retrouvaient en situation irrégulière par pure incurie de l’Etat.

Dixit Héran à propos des Hautes-de-Seine :

Dans la préfecture des Hauts-de-Seine, par exemple, le bureau du séjour compte 31% de vacataires et le bureau de l’asile 47%. Les mêmes personnes enchainent les contrats infra-annuels dont une partie seulement sont reconduits l’année suivante. La noria des effectifs est telle qu’une partie importante de l’énergie des services est consacrée à former les nouveaux venus pour de brèves périodes. Le contrôleur de Bercy siégeant dans les conseils d’administration de l’Ofii ou de l’Opfra est un agent décisif de la politique migratoire quand il n’accepte de relever les plafonds d’emplois qu’au moyen de contrats précaires, sous prétexte que la crise migratoire est temporaire : il contribue ainsi à réduire les capacités d’accueil du pays. On aboutit à ce face à face singulier : les  vacataires des préfectures traitant les dossiers des étrangers à distance ou de visu, c’est largement la précarité qui gère la précarité.

D’autre part, en prenant l’exemple des Afghans après le retrait américain de 2021, Héran montre que le choix de passer par la voie régulière comporte également des coûts et des aléas par rapport à la voie clandestine : obtenir un passeport pour quitter l’Afghanistan, réussir à entrer en Iran pour solliciter le consulat français de Téhéran, payer des pots de vin pour passer les obstacles administratifs, se loger sur place et attendre quatre mois une réponse aléatoire…

Pour le législateur français ou européen qui examine la question à distance, ces registres sont clairement disjoints. Mais dans la vie réelle, le demandeur de refuge a tôt fait de glisser d’un registre à l’autre. (…) Ce n’est pas un choix simple entre la procédure et l’aventure, car la procédure est souvent plus aventureuse qu’on croit, tandis que l’aventure a ses procédures.

Enfin, une fois dûment arrivé sur place, le taux de réponse positive pour un même dossier sera volatile selon le pays d’accueil, mais aussi d’une préfecture à l’autre voire d’un agent de l’OPFRA à l’autre. On parle d’une décision administrative qui engage gravement la vie et le parcours d’une personne, pas d’un tampon mal imprimé sur un formulaire qu’il faut renvoyer par la poste.

Raison pour laquelle vouloir accélérer les procédures (réduction des délais et des voies de recours, juge unique…), intention quoique légitime, pose d’immenses questions d’égalité de traitement entre les migrants, car cela renforce l’arbitraire des décisions. Comme pour presque tous les sujets : réformer, modifier les normes, accélérer les procédures sans mettre en même temps les moyens adéquats ne fait que renforcer la désorganisation et l’arbitraire.

10. Le cas des OQTF

Et c’est valable pour le point sur lequel nous finirons, la fameuse non-exécution des OQTF (obligation de quitter le territoire français), que l’administration délivre à un étranger après un refus de titre de séjour ou un contrôle de police : seuls 15% sont exécutés en moyenne, parfois moins selon les années.

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Les raisons sont connues. D’abord, il y a bien trop d’OQTF par rapport aux moyens policiers disponibles ou aux places en centre de rétention : plus de 100 000 chaque année ! Après une OQTF, l’étranger est censé repartir de lui-même, la préfecture se contentant d’envoyer un courrier. Dans ce cas, le taux d’exécution est inférieur à 5%. Dans le cas d’une interpellation, le taux est plus élevé (il peut aller jusqu’à 45% en cas de condamnation pénale), mais les expulsions restent très chères, autour de 15 000€ l’unité selon un rapport parlementaire de 2018. Si l’on suit ce chiffre, exécuter toutes les OQTF représenterait un budget supérieur à 2 milliards par an.

L’incurie administrative qu’on évoquait renforce le problème : comme il y a trop d’OQTF, les dossiers sont mal étudiés et certaines décisions sont tout bonnement illégales (par exemple, renvoyer un immigré dans un pays en guerre). On délivre des OQTF à des personnes très bien insérées dans la société et on s’étonne ensuite qu’il y ait un très fort contentieux administratif qui aboutisse à un très faible taux d’exécution. La loi (toujours les droits fondamentaux…) limite les délais durant lesquels on peut retenir une personne en CRA : si le délai est expiré, elle doit être libérée. Une OQTF n’a de sens que si on a les moyens d’expulser effectivement la personne dans un délai raisonnable. Or la France est de loin le pays européen qui en délivre le plus mais l’un de ceux qui en exécute le moins. Une rengaine classique quand on fait de la politique du chiffre.

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Enfin, un problème diplomatique persiste : pour expulser un clandestin qui n’a pas les papiers pour voyager, il est nécessaire d’avoir un laisser-passer consulaire des pays tiers. Or ils (en particulier l’Algérie) ne délivrent pas en quantité suffisante, ou trop lentement.

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11. Conclusion :  entre fantasmes et débats légitimes

L’immigration en France n’est pas une intrusion massive mais une infusion durable. François Héran

Une partie des craintes liés à l’immigration viennent de préjugés racistes contre lesquels aucune argumentation ne peut quoi que ce soit, surtout quand ils sont entretenus par le fait divers du moment, les unes de Valeurs Actuelles et les médias de Bolloré.

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J’évoque les médias car on sait (lire par exemple l’article de Wiki sur les théories du contact) que les préjugés contre une population diminuent à proportion des contacts qu’on a avec cette population. Schématiquement, les communes qui votent le plus RN sont celles qui sont le moins confrontées, dans leur quotidien, à l’immigration. Par contre, ils regardent Cnews. L’extrême inverse étant le cas de Paris, le territoire qui vote le moins RN en France, et l’un des plus confrontés à l’immigration.

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Héran évoque aussi le cas de l’Allemagne : l’AfD, le parti local d’extrême droite, monte surtout en Allemagne de l’est, beaucoup moins confrontée à l’immigration que l’Allemagne de l’ouest (et aussi beaucoup plus pauvre). Parallèle saisissant des cartes : moins les Allemands sont confrontés aux migrations, plus ils votent AfD.

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Ce n’est pas le surnombre des migrants qui a provoqué en Allemagne l’essor des partis Pegida et AfD entre 2014 et 2016, mais l’absence de familiarité avec la migration dans l’ex-RDA : les étrangers étaient plutôt à l’Ouest et le racisme à l’Est. Les régimes illibéraux d’Europe centrale illustrent cette connexion.

Si donc la crainte de l’immigration est une construction médiatique entretenue par des préjugés racistes, si donc l’immigration est un problème de “déni de francité” de tous ceux qui ne représentent pas l’idéal fantasmé du catholique blanc, il n’y a pas grand-chose à argumenter. C’est aussi vieux que le racisme. Contrairement à un cliché tenace selon lequel “eux au moins ils étaient de la même civilisation”, l’intégration des Italiens et des Espagnols lors des vagues migratoires des années 1930 ne s’est absolument pas passé sans heurts :

Avant-guerre encore, on les accusait régulièrement de former des « groupements allogènes », on s’inquiétait de leur « allégeance » au pays d’origine, on redoutait (comme on le disait déjà) leurs menées « séparatistes ». Les Espagnols et bien des Italiens n’étaient pas perçus comme des catholiques mais, selon les époques, comme des anarchistes, des « rouges » ou des concurrents prêts à accepter des salaires de misère. L’idée d’une « cinquième colonne » était répandue. François Héran

Et parfois, on les tuait.

Le floc de réactions racistes à la nomination d’un Noir à l’Education nationale (parce qu’il avait osé travaillé sur le sujet des discriminations) n’est donc qu’une illustration parmi tant d’autres, largement documentée par les rapports de la CNCDH. D’ailleurs ces enquêtes montrent que plus que la couleur de peau, c’est la religion qui est discriminante : en dehors des Roms qui restent de loin la population la plus mal perçue en France (les deux tiers des Français en ont une opinion négative), les musulmans sont deux fois plus rejetés que les Noirs (32% contre 14%).

Les attentats terroristes sont passés par là. Et comme l’immigration provient aujourd’hui majoritairement d’Afrique (à 47%, dont 30% pour le seul Maghreb), le lien est vite fait pour les esprits simples : immigrés > maghrébins > musulmans > terroristes. En ce qui me concerne, si je dois désigner des coupables des attentats des années 2010, je préfère incriminer l’incompétence des services de renseignement  plutôt que mettre en cause plusieurs millions de personnes pour quelques islamistes fanatiques. Lesquels ont d’ailleurs tué massivement des musulmans : forcément, puisque les immigrés composent plus de 10% de la population, 25% en comptant la deuxième génération. Sur les 86 morts de l’attentat de Nice, la moitié n’étaient pas Français, 13 étaient maghrébins.

***

Une autre partie des craintes est plus légitime et peut se débattre sans présumer de préjugés racistes. Je pense en particulier à la question  de l’insécurité. On peut intellectuellement analyser les causes dans tous les sens, cela ne règle pas les questions locales. Héran a tort, je crois, de ne pas dire que l’immigration ne se répartit pas équitablement sur le territoire français : elle est bien plus concentrée dans certaines zones. De ce fait, les chiffres rapportés à la population française masquent d’énormes disparités de gestion de l’immigration selon les territoires.

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Mais comme le terrorisme, l’insécurité est un problème global qu’on doit traiter comme tel : plus de policiers sur le terrain, de places de prison, renforcement du budget de la justice (inférieur à celui de la municipalité de Paris, faut-il le rappeler), meilleure exécution des peines, meilleur accompagnement à la sortie de prison, meilleure éducation des garçons, tout ce que vous voulez plutôt que ce lien spécieux avec l’immigration. Je reconnais d’ailleurs volontiers que la gauche ne prend pas cette question suffisamment au sérieux. La sécurité est aussi un droit fondamental que l’Etat doit aux citoyens, mentionné (indirectement) dans les articles 4, 5 et surtout 12 de la DDHC.

Héran a raison, en revanche, de souligner que les capacités d’accueil d’un pays ne sont pas fixées une fois pour toutes : il y a les capacités qu’on a et les capacités qu’on construit. Comme on l’a vu avec l’exemple des Ukrainiens, quand on s’en donne les moyens, on peut très bien accueillir dans de bonnes conditions, facilitant par là l’intégration. Refuser de se donner les moyens de traiter un phénomène de toute façon inéluctable ne fait qu’aggraver les problèmes de gestion locales : logement, insécurité, insalubrité, emploi…

Si les préjugés diminuent à mesure que l’immigration se banalise, c’est aussi vrai pour les immigrés eux-mêmes : pour s’intégrer, il faut côtoyer la population locale.

C’est en vivant en France, et encore plus en y travaillant, que les immigrés y trouveront leur place. Les enfants jouent un rôle important : ils apprennent la langue plus vite que leurs parents, ne serait-ce qu’à l’école, et la communiquent à leur famille.

Car les enfants s’intègrent : sur les 7,3 millions de personnes d’immigrés de deuxième génération (ayant au moins un parent immigré), plus de la moitié n’ont qu’un parent immigré, ce qui signifie qu’ils proviennent d’un mariage mixte. A la génération suivante, c’est encore plus flagrant : 90% d’entre eux ont au maximum deux grands-parents immigrés et seuls 6% ont quatre grands-parents immigrés, ce qui souligne une fois encore l’importance des mariages mixtes. Sur le plan de l’emploi, les caractéristiques des immigrés de deuxième génération (malgré des discriminations avérées) se rapprochent de celles de la population sans ascendance migratoire :

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On trouvera toutes ces données et bien d’autres sur cette page de l’INSEE.

2 réflexions sur “Note de lecture : Immigration, le grand déni, par François Héran

  1. Quelques objections à votre démonstration :

    • il faut, dites-vous à la fin, que les immigrés soient mélangés au reste de la population pour réussir l’intégration. Mais cette intégration ne fonctionne que si les immigrés ne sont pas trop nombreux. Or la proportion d’immigrés augmente continument, comme le montre le premier schéma. A partir de quel moment peut-on considérer, sans être considéré comme raciste, que le taux d’immigrés est trop élevé pour permettre une immigration sereine ?
    • Du premier schéma, passons au second. Il compare combien la France a accueilli d’immigrés en part relative depuis 2000. Cette statistique ne veut rien dire : plus un pays aura accueilli d’immigrés avant 2000, et plus son score sera mauvais. Comparons la France avec les pays nordiques : ces derniers ont un très bon score parce qu’ils avaient très peu d’étrangers avant 2000, et que l’immigration y est un phénomène récent. Mais la proportion d’immigré aujourd’hui y est du même ordre de grandeur que celle que connaît la France. Certes la France n’a pas pris sa part dans l’immigration « récente » : c’est simplement parce qu’elle avait pris plus que sa part dans les années juste avant.
    • La question du laissez-passer consulaire : que se passerait-il si la France bloquait la délivrance de visa aux pays qui refuse d’ouvrir les guichets du laisser-passer consulaire ? Pourquoi cette politique n’a-t-elle pas été efficace lorsqu’elle a été (timidement) essayé entre 2020 et 2022 ? Il serait intéressant d’en dire plus.
    • La question des problèmes culturels (et non pas raciaux) posés par l’immigration : on pourrait commencer par le travail de Hugues Lagrange. Cela me semble plus intéressant que de débattre avec Valeurs Actuelles. Ne croyez-vous pas ?

    Enfin, je vous conseille, si le sujet vous intéresse, les bases de données DIOC de l’OCDE sur ce sujet. On y voit en particulier que la France (avec la Belgique) se distingue, parmi les autres pays européens de forte immigration, par une proportion plus élevé de très faibles niveaux scolaires parmi les femmes immigrés en âge d’avoir des enfants. C’est peut-être là, en première approximation et avant d’examiner plus finement les arguments d’Hugues Lagrange, une des explications de difficultés que ne connaissent ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne.

    • Merci pour votre commentaire. Il est vrai que la France est un pays d’immigration ancienne, les deux premières générations d’immigration représentant environ 25% de la population de mémoire. Héran l’aborde mais sans développer.

      Sur l’intégration : il s’agit d’un sujet complexe que je n’ai pas la prétention d’expédier en quelques lignes. Oui, on pourrait nuancer de plusieurs manières, même si je pense que la question de l’intégration culturelle est toujours un peu bancale et vite glissante. En dehors des sujets évidents et interdits (exemple la polygamie), il me parait toujours difficile de dire ce que devraient renier dans leur identité les immigrés pour s’intégrer. Qu’est-ce qui est français et ne l’est pas ? Même si on oppose souvent de façon un peu binaire les pays anglosaxons de « multiculturalisme » et « l’intégration à la française », dans les faits les sociétés qui ne visent pas en vase clos sont presque toutes « multiculturelles » dans le sens « différents groupes sociaux avec différentes cultures ». Cela me semble assez inévitable, même s’il y a des cas plus extrêmes d’un côté ou de l’autre : un Japon insulaire relativement « homogène » culturellement pour dire vite, et un Liban éclaté et confessionnel de l’autre, l’écrasante majorité des pays se situant entre les deux.

      Heran abordait aussi le cas de la langue française en disant que c’était contreproductif de demander aux migrants de parler français avant de venir : ça réduit notre immigration aux pays francophones (donc ça appauvrit sa diversité) tout en demandant l’impossible : être intégré avant même de venir. Au final ces débats sont souvent sans grand intérêt à mon sens, c’est soit le café du commerce, soit des listes à la Prévert très casse gueule (ça c’est français, ça non…), sans parler du pire. On se retrouve à comparer le couscous ou la raclette, deux plats adorés des Français dont aucun n’est d’origine française. L’homogénéité culturelle ça n’existe pas vraiment. L’Édit de Fontainebleau est souvent considéré comme la plus grande erreur de Louis XIV : en voulant homogénéiser la culture religieuse, il a entraîné l’émigration de certains de nos plus grands talents nationaux qui avaient le malheur d’être protestant, à commencer par l’industrie horlogère parisienne qui immigra en Suisse à Genève. C’est l’origine du leadership mondial de la Suisse dans ce domaine. Un exemple parmi d’autres.

      Ceci étant dit, je ne suis pas stupide au point de croire qu’il ne peut pas y avoir de tensions entre différentes cultures au sein d’un pays, c’est bien évident. Passé un certain point cela pose difficultés. Lequel ? Vaste sujet. La lutte contre l’islamisme me vient en tête par exemple. Mais je pense que c’est bien davantage un sujet de sécurité intérieure (police, justice, renseignements) qu’un sujet migratoire. Pour dire simplement : je m’en fiche que des immigrés aient une vision rigoriste et réactionnaires de l’islam tout comme je m’en fiche que des français soient catholiques traditionnalistes et réactionnaires. Mais quand les premiers passent d’un islam rigoriste à des discours de haine, puis, dans certains cas, à des activités terroristes, il est évident que je ne m’en fiche plus du tout. Est-ce qu’on doit fliquer pour autant tous les barbus en djellaba de France ? Comme je le disais dans l’article, je vois plus cela comme une question de sécurité/renseignements. Les attentats des années 2010, pour moi, c’est bien plus un échec des renseignements que de l’immigration. Pensons à un Fabien Clain, cerveau de plusieurs attentats, et pur « Français de souche »…

      Il est clair que je suis loin d’avoir fait le tour du sujet.

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